ACTE H
fioures souffreteuses et faméliques me rompt les bras et les jambes et me tire l'estomac dans le ventre. Cela est plus fort que moi, et, quand je rencontre un mendiant, je lui donne mon obole sans le regarder. Pensez à la mine que je ferais dans leurs taudis et leurs galetas. Je ne saurais me retenir de leur montrer mon dégoût, et ma présence, au lieu de les encourager à supporter leur sort, le leur rendrait plus odieux par cette répugnance que je ne pourrais leur cacher qu'ils m'inspirent. .. Ah, je ne prétends pas, mon frère, opposer ma faiblesse à votre fermeté . Je vous la dis seulement, telle que je l'éprouve et j'accepterai l'opinion qu'il vous plaira d'en prendre...
ANSELME
Loin de moi, mon frère, l'idée de vous juger, mais je constate avec chagrin que vous êtes encore bien engagé dans les voies du monde. Fasse le ciel que quelque malheur particulier ne vous rende jamais plus compatissant à celui des autres ! Les fortunes humaines sont diverses et changeantes, et personne n'est à l'abri des traverses et des chagrins.
GÉRONTE, inquiet.
Que voulez-vous dire, Anselme? Sauriezvous quelque chose qui me concernât et dont je n'eusse point à me 'réjouir?
Mais, non... mais non...
GÉRONTE
Voyons, parlez, Anselme, pourquoi cet air de réticence. J'ai du courag^e dans letaractère, et je saurais, tout comme un autre, supporter une fâcheuse nouvelle.
ANSELME, faiblement.
Je vous assure.
GÉRONTE
Là, vous voyez bien... x\llez,je vous écoute, Anselme, je vous écoute... cependant, s'il n'est pas tout à fait nécessaire que je sois informé de ce que vous semblez hésiter à m'apprendre, je vous rendrai grâce de le garder pour vous. Ce sont des choses que l'on sait toujours assez tôt et...