ACTE II
là, puisque vous le prenez ainsi, mais, si quelque événement fâcheux se produisait jamais, n'oubliez pas que je vous aurai averti. Les filles, quoi que vous en puissiez penser, sont mieux à la maison que dans la rue...
GÉRONTE
Pour le coup, Anselme, je vous comprends de moins en moins. Quoi, vous auriez souhaité que j'enfermasse Angélique entre quatre murs? Vrai Dieu, votre prudence m'étonne et je ne vous ai pas connu toujours d'une humeur aussi farouche...
Poussez, poussez, la raillerie vous est facile, mais qui vous assure qu'il ne soit point sans m'en coûter d'être sévère aux autres, quand j'aurais tant de raisons de l'être à moimême? Cependant, ce que je vous ai dit n'est que pour votre bien, et, tenez, laissez-moi, puisque nous sommes sur ce chapitre, l'achever par quelque chose que j'ai sur le cœur...
GÉROiNTE
Eh! faites donc, mon frère, je vous prie et ne vous g-ênez point.
ANSELME
Eh bien ! Géronte, je vous dirai donc franchement que cela me fâche de voir notre Angélique accompagnée partout par Dorine et que...
GÉRONTE
Halte là, mon frère, cessons ce propos, si vous le voulez bien. Que vous blâmiez ma conduite au sujet d'Angélique, passe encore ! mais cette pauvre Dorine qu'avez-vous donc à lui reprocher? N'est-elle pas fidèle, dévouée et depuis longtemps à mon service? Ai-je jamais eu lieu d'être mécontent de ses soins ? Demandez à votre nièce si elle n'a pas toujours eu à se louer d'elle? Ah I je sais bien d'où vient votre prévention à son ég'ard ! Vous en êtes encore aux visions de cet imbécile de Sganarelle! Ehl qu'importe que ce niais ait pris la mouche et soit parti de Verrières sur des ragots et des billevesées I
AGT;:; II
ANSELME
Là , là , comme vous vous échauffez !
GÉRONTE
Je ne m'échauffe pas, mais enfin...
ANSELME
Enfin, mon frère, n'est-il pas au moins singulier qu'ayant g-ardé cette fille chez vous, malgré la rumeur publique, vous Tayez choisie comme suivante à votre Angélique? Car Dorine, quoi qu'il en puisse être réellement, est cependant une personne dont le mari déclarait son malheur à qui voulait l'entendre et dont le nom orne les couplets de chansons gaillardes que sifflent encore aujourd'hui tous les petits polissons d'ici.
GÉRONTE
Peste, mon frère, il me semble que vous vous animez bien, à votre tour! Je ne vous ai pas toujours connu si farouche et n'avezvous pas vous-même à vous reprocher quelques écarts de jeunesse?
ANSELME
Je ne les nie pas, mon frère, mais, vous,
n'est-il pas honteux que vous conserviez encore,pour certaine personne, des attachements qui ne sont plus de votre âg-e...
Eh bien, et quand cela serait ? Tout g-rison que je suis, j'ai de la bonne humeur et de la santé et il ne me déplaît pas...
ANSELME
Fort bien, Géronte... et Ang-élique ?
GÉRONTE, inquiet.
Angélique ? mais pouvez-vous penser qu'elle se puisse douter de quelque chose I C'est une enfant ; je vous le dis et vous le répète. . .
ANSELME
Une enfant... une enfant... mais vous ne vous rendez point compte que les enfants grandissent. Tenez, mon frère, quittons ce sujet de Dorine et revenons-en à Ang-élique. Vous me vantiez tout à l'heure sa figure. Oui, ce visage délicat et charmant, ce regard doux et tendre... Vous ne me ferez pas croire, Géronte, qu'une fdle de cet air et de cette com-