‹ Les scrupules de SganarelleChapitre 36 sur 121 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

plexion ne s'intéresse qu'au ménage et n'ait en tête que le menu de vos repas. Allons donc, pensez-vous qu'elle n'ait pas lu quelques romans et qu'elle s'en tienne à l'almanach !

GÉRONTE

Euh ! Euh ! attendez... il me semble que je lui vois souvent un livre entre les mains... Il faudra que je regarde par-dessus son épaule.

ANSELME

Et dans la rue, êtes-vous certain qu'elle n'ait jamais rencontré quelque beau garçon ? Un billet doux est bien vite glissé.

GÉRONTE, à part.

D ian tre , il a peu t-être raison . . . J'ai rem arqué en effet qu'elle écrit souvent. Je pensais que ce fussent des recettes de petits plats. Il faudra que je m'en assure.

ANSELME

Franchement, Géronte, convenez de votre imprudence. Vos yeux s'ouvrent, mon frère. Que dites-vous maintenant de ce vieux radoteur d'Anselme ?

78 LES SGRUPULliS DS fcGANAHELLE

GÉRONTE, le prenant par le bras.

Il me semble que la tête me tourne, Anselme. Ma fille !...

ANSELME

Que feriez-vous, si un homme parlait à votre fille ?

GÉRONTE

Ah I Anselme !

ANSELME

S'il lui remettait un poulet ?

GÉRONTE

Anselme I

ANSELME

S'il lui donnait un rendez-vous ?

GÉRONTE, agité.

Et Ang-élique qui n'était pas rentrée tout à l'heure... Je vais voir à la maison.

ANSELME, le retenant.

Et un rendez-vous en amène un autre...

GÉRONTE

Anselme I

ACiE II 79

ANSELME

Et les promesses veulent des gages.

GÉRONTE

Anselme !

- ANSELME

On voit, mon frère, des filles séduites .. .

GÉRONTE

Anselme, Anselme, sauvez-moi. Que fautil faire ?

ANSELME

Réfléchir à votre conduite et à votre coupable négligence. Voyez-vous votre fille perdue, Géronte, enlevée.

GÉRONTE, affolé.

Ma fille Angélique, ma fille ! Où est-elle ? Qu'on me la rende !

Calmez-vous, mon frère, tout cela n'est pas encore fait, mais ce n'en sont pas moins des choses assez communes et qui arrivent tous les jours... Léandre, que vous connaissez, et

8o LES SCRUPULES DE SGANARELLE

qui est un gentilhomme de grand mérite, m'entretenait récemment de l'histoire de la nièce de ce Commandeur qui fut séduite par un seigneur espagnol nommé Don Juan. Les choses prirent un tel tour que le Commandeur appela Don Juan sur le terrain et trouva la mort en cette rencontre...

GÉRONTE

Le Commandeur a été tué, Anselme? C'était l'oncle de la jeune fdle, comme vous êtes l'oncle d'Angélique. Ah, je suis certain, Anselme, que vous donneriez votre vie de bien bon cœur pour défendre l'honneur de votre nièce. Vous vous êtes toujours montré bon parent.

ANSELME

Je suis aise que vous le reconnaissiez, Géronte. Aussi ne me repens-je pas de vous avoir parlé. Il me semble que vous voilà plus raisonnable.

GÉRONTE

Raisonnable, vous allez voir, mon frère, que

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