ACTE II
GÉRONTE
Oui, mais où le trouver?
ANSELME
Que vous importe, puisque vous ne voulez pas marier Angélique?
GÉRONTE
Je n'ai pas dit cela... Tenez, Anselme, à vous parler franc, il me semble que si vous me proposiez ce mari dont vous me faites la peinture... oui, sage, honnête, pieux...
ANSELME
Eh, mon frère, qu'y aurait-il donc de si surprenant à ce que vous en découvrissiez un pareil?
GÉRONTE
Eh, mon frère, où voulez-vous que je le prenne, cet oiseau rare, à moins que vous ne sachiez où il niche ?
ANSELME
Comment, Géronte, ce portrait que je vous traçais tout à l'heure ne vous fait donc songer
à personne? Réfléchissez un peu, mon frère, et ne conviendrez-vous point qu'il s'applique trait pour trait à Léandre?
Léandre! mais il est gentilhomme.
ANSELME
Certes, et de fort bonne maison.
GÉRONTE
Je ne nierais pas, en efl"et, que ce ne fût là un fort bon parti et dont nous fussions tous honorés, mais avez-vous songé à ces diff'érences de conditions qui rendent mal assorties des unions les plus faites autrement pour l'être le mieux ?
ANSELME
Léandre, mon frère, n'est pas un de ces petits esprits entichés de noblesse. S'il n'est pas indiff'érent à l'avantage de sa naissance, il est sensible au mérite et à la vertu. Il connaît Angélique depuis son enfance, et la beauté de votre fille lui cause une vive impression. J'ai démêlé à ses conversations ce qui se passe dans