‹ Les scrupules de SganarelleChapitre 38 sur 121 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

est habituée à beaucoup de liberté. Elle se plaindra.

GÉRONTE, perplexe.

Je voudrais bien voir !

ANSELME

Elle récriminera.

GÉRONTE

Suis-je son père, ou non ?

ANSELME

Elle pleurera.

GÉRONTE, ébranlé.

Vous croyez ?

ANSELME

Vous aurez à supporter des reproches, des scènes, des larmes.

GÉRONTE, soucieux.

Ah!

ANSELME

Elle vous traitera de tyran, de bourreau. Que sais-je encore...

GÉRONTE

Il est vrai qu'il est bien affreux de n'avoir qu'une fille, la plus douce, la plus aimable, la plus innocente des créatures et d'être forcé de la tenir prisonnière. Ah! cruelle nécessité I Mon frère, conseillez-moi.

ANSEl^ME, après un silence et hésitant.

Je vois bien un moyen, mais je crains qu'il ne vous plaise guère.

GÉRONTE

Enseignez-le-moi toujours.

ANSELME

Eh ! Géronte, que ne mariez-vous votre fille?

J'avoue, mon frère, que je n'y avais pas pensé et qu'un pareil parti me coûterait fort. Marier ma fille, Anselme, et qui donc me rendra à sa place les petits soins dont elle me gâte? N'est-il pas juste que je profite de ses petites gentillesses et ne concevez-vous pas que j'éprouve quelque répugnance à me séparer de cette enfant?

ACTli II

ANSELME

Fort bien, mon frère, n'en parlons plus, mais vous voilà tout rembruni et je gage qu'à présent la surveillance d'une fille ne vous paraît pas la chose du monde la plus aisée. Où sont maintenant les verrous «, les cadenas et les mousquets?

GÉRONTE

Pardieu, monsieur mon frère, me croyezvous une girouette! Certes, je ferai tout ce que j'ai dit et il faudra bien qu'Angélique s'en accommode.

ANSELME

Comme vous voudrez... mais ne craignezvous pas qu'Angélique, à se voir ainsi environnée de barrières, ne prenne d'elle-même une idée qu'elle n'a peut-être point? Et quand, plus tard, vous lui voudrez faire épouser quelque honnête homme, elle ne lui trouvera point cette figure de héros de roman qui convient à délivrer les belles enfermées.

Il faudra bien qu'elle en passe par où je

voudrai et vous ne prétendez pas que je consente jamais à donner ma fille à quelque fat?

ANSELME

Non, mon frère, non, et je suis en cela de votre avis. Le mari qui convient à Angélique doit être à la fois raisonnable et tendre, savoir la guider et la conduire, cultiver son esprit et satisfaire son cœur. Je verrais même volontiers qu'il ne fût plus de cette première jeunesse où le caractère n'est pas formé.

GÉRONTE

Vous avez raison.

ANSELME

Je souhaiterais un homme sérieux.

GÉRONTE

C'est cela.

ANSELME

Honnête.

GÉRONTE

Oui, oui.

ANSELME

Pieux.

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