SCÈNE II y
LES MÊMES, SGANARELLE. Il a un emplâtre sur l'œil et s'approche de Géronte.
GÉRONTE, sa bourse à la main.
Passez, mon ami, passez. Je n'ai rien avons donner. [A Anselme,) Il vaut mieux garder ses aumônes pour les gens d'ici. Ces vagabonds les empochent, n'en disent mot, et personne ne sait rien de ce qu'on a fait pour eux.
Ahl monsieur Géronte.
GÉRONTE, à Anselme.
Et d'où donc me connaît-il?
ACTK II 01
Bonjour, monsieur Géronte.
ANSELME
Cette voix, cette fig-ure longue, ce nez tombant, ces gros sourcils, mais c'est l'homme de tout à l'heure. Il me semblait bien que je l'avais \u déjà quelque part. Et vous, Géronte, ne le reconnaissez-vous pas ? Comment, c'est toi, Sganarelle?
GERONTE
Sganarelle !
C'est bien moi, monsieur Géronte; moimême, monsieur Anselme.
GÉRONTE
Et qui, diable, t'amène ici, Sganarelle ? Je te croyais mort, mon garçon.
Ah, monsieur Géronte, eussiez-vous pu croire que j'eusse quitté cette vie sans avoir pris congé d'un si bon maître?
Alors, c'est pour moi que tu es venu ici? (A Anselme.) Il y a chez ces g"ens du commun des délicatesses qui les mettent parfois audessus de leur condition et qui auraient de quoi toucher les cœurs les plus endurcis. {A Sganarelle.) Et tu viens de loin, sans doute? si j'en juge par le temps que tu as été absent? Mais, Sg-anarelle, serais-tu allé à la guerre que tu as l'œil couvert d'un emplâtre? .
Oh! que non, monsieur Géronte, mais j'avais tant d'empressement à vous revoir que le pied m'a glissé sur le mauvais petit pavé d'ici.
GÉRONTE
Pauvre Sganarelle, viens que je t'embrasse. {A Anselme.) N'y a-t-il pas certaines circonstances qui rapprochent les gens les uns des autres et qui effacent ce qui sépare les condi- , tions ? Et n'avez-vous pas remarqué aussi que certains hommes ont le pouvoir d'inspirer aux autres un attachement particulier ?