ACTE II
ANSELME
Mais, mon frère, Sganarelle se moque avec son emplâtre. (^ Sganarelle.) N'est-ce point bien plutôt tout à Theure que tu as reçu ce horion en te gourmant avec ce drôle qui porte une cape doublée de soie bariolée et dont le visage ne me revient pas? Vous étiez si occupés à vous houspiller que vous m'avez presque renversé en passant.
SGANARELLE, penaud.
Aïe ! Imbécile de Leporello !
Qui était donc ce malappris qui se colletait avec toi ? Il m'a semblé quelqu'un de ces valets maures, comme il est de mode, paraît-il, d'en faire monter derrière les carrosses. Seriez-vous au même maître? Je ne t'en fais pas mon compliment; et lui-même ne serait-il pas ce gentilhomme au teint basané, vêtu d'un habit rouge, que j'ai aperçu, ce matin, à la porte de l'hôtellerie?
GÉRONTE
Mais, alors, Sganarelle, que disais-tu donc? Tu n'es pas venu ici exprès pour me voir, si tu n'as fait qu'y suivre ton maître. Bah! ne prends pas cette mine contrite,je suis content tout de même que tu sois là. Apprends-nous plutôt quel est le seigneur que tu sers.
ANSELME
Oui, d'autant que sa figure ne me prévient pas en sa faveur. Il m'a paru hautain, arrogant et fat, à la façon recherchée dont il s'habille et à l'air dont il toise ceux qu'il regarde. Il est étranger, n'est-ce pas, et je lui donnerais volontiers quelque chose d'espagnol.
SGANARELLE, se forçant à rire.
Espagnol, Espagnol, voilà qui divertirait fort le seigneur Valère! Mais, monsieur Anselme, mon maître, est tout bonnement un gentilhomme de Picardie. Si vous l'entendiez parler vous lui en reconnaîtriez l'accent...
ANSELME
Ah, Sganarclle, tu nous la bailles belle,