SCÈNE VI LES xMÊMES, ANGÉLIQUE
ANGÉLIQUE
Ahl mon papa, je vous cherchais par toute
la maison. {Elle l'embrasse.) Bonjour, mon oncle Anselme.
ANSELME
Bonjour, mig^nonne.
ANGÉLIQUE
Bonjour, Lëandre. {A Géronte.) Mon papa, qui est cet homme-ci ?
GÉRONTE
Regarde-le bien. Son visage ne te rappelle rien ? -^
Attendez, mon papa, mais oui... il me semble... je crois... {Elle rougit.) C'est Sganarelle.
GÉRONTE
Cette enfant a une mémoire étonnante. Elle n'avait que cinq ans, lorsque tu partis. Cela tient du sortilège.
Elle m'a reconnu ! Ah ! mademoiselle Angélique, comment se peut-il? Tenez, je pleure de joie.
Il se mouche violemment. Son emplâtre tombe.
AGîE 11 Il3
Tant pis, je suis guéri !
ANGÉLIQUE
Bon Sganarelle, comme tu étais bon pour moi ! Tu me défendais quand Rustaud voulait me lécher la figure avec sa grande langue rose; tu me portais sur ton épaule pour que je pusse atteindre les pots de confitures sur le rayon ; tu me faisais des moulins en papier et tu soufflais dessus en gonflant tes joues. Quel vent t'a donc traversé la cervelle que tu aies été absent si longtemps ? Mais aussi quel plaisir de te revoir !
Elle bat des mains.
Ecoutez-la, monsieur Géronte, est-il rien de plus touchant?
ANSELME, à part.
Ma nièce a bien de la vivacité aujourd'hui. Tout cela est-il pour Sganarelle?
ANGÉLIQUE, à son père.
Maintenant que le voilà, mon papa, il ne faut plus qu'il nous quitte.
Il4 LES SCRUPULES DE SGANAUELLE
GÉRONTE
Comment?
ANGÉLIQUE
Oui, mon papa, dites-lui qu'il faut qu'il reste avec nous. Je veux Sganarelle.
GERONTE
Tu veux Sg-anarelle! et pour quoi faire?
ANGÉLIQUE
Je ne peux plus m'en passer, mpn papa chéri.
GÉRONTE, à part.
Que dit^elle? garder ici Sganarelle... et Dorine !
ANGÉLIQUE
Il demeurera à la maison comme auparavant.
GÉRONTE
Sga?...
Oui, mon papa. N'avons-nous pas besoin de quelqu'un qui remplace Pierrot, votre petit laquais, et sur qui je puisse me décharger de