ACTE II Il
bien des soins dont il faut que je m'occupe et qui, parfois, me paraissent un peu pesants I Est-ce bien ce qui me convient que d'aller, comme je le fais, marchander dans les boutiques, courir le marché à goûter le beurre et à tâter le ventre aux volailles ? N'est-il pas des soins plus relevés et qui siéraient mieux à la fille de Géronte?
ANSELME
Elle a raison, mon frère, et n'est-ce point ce que je vous disais ? (A part.) Cette délicatesse est bien subite.
ANGÉLIQUE
Ne me refusez pas ce que je vous demande, mon petit papa, et donnez-moi Sganarelle.
GÉRONTE
Mais, ma fille, Sganarelle n'est point du tout le serviteur qu'il faudrait. Ce n'est pas un mauvais sujet, mais il a d'assez vilains défauts. Il est paresseux, négligent.
Ah I monsieur Géronte, épargnez-moi ; les
Il6 LES SCRUPULES DK SGANAREI LE
voyages m'ont bien changé. Cela forme les caractères.
Laisse donc, petite, nous trouverons mieux que lui. (A part.) Eh bien ! Dorine pousserait de beaux cris ! (Haut.) D'ailleurs, il y a certaines choses que -je ne puis t'expliquer au sujet de Sganarelle.
ANGÉLIQUE
Quoi, mon papa, est-ce que c'est que Sganarelle était le mari de Dorine? Mais Dorine ne cesse de m'entretenir de lui à tout propos.
Par exemple, voilà qui est fort !
ANGÉLIQUE
Tellement que c'est au portrait qu'elle m'en a fait cent fois que je l'ai reconnu tout à l'heure. Oh, papa, elle sera si contente de le revoir! Accordez-moi ce que je vousdemande. Je vous aimerai hien.{E lie F embrasse.) Je vais prévenir Dorine. {Elle va en courant vers la maison et en criant:) Dorine ! Dorine I