ACTE II
donc que je force les serrures, que j'enfonce portes, que j'escalade les fenêtres, que je mette le feu à la maison et aux quatre coins de la ville? Ne sais-tu pas que rien n'a jamais arrêté mon désir et que, s'il y a pour lui des obstacles, il n'en est point que je ne sois capable de surmonter ? Obéis donc, Sganarelle, et mets-toi en mesure d'accomplir ce que je t'ordonne sans perdre ton temps à en vouloir raisonner.
Eh bien ! non. Monsieur, à la fin, c'en est trop et je me refuse à vous aider en cette abominable machination. A d'autres, Monsieur, et ne comptez plus sur Sganarelle pour une pareille besogne. Mais j'aime mieux croire que vous voulez rire et que ce n'est qu'une façon de m'éprouver.
DON JUAN, les sourcils froncés.
Regarde-moi, Sganarellle. As-tu jamais vu rire Don Juan quand il s'agit de sa passion ? C'est toi qui railles, Sganarelle, et prends garde que...
l44 LES SCRUPULES DE SGANARELLE
Ah, Monsieur, laissez donc, il n'est point beau de vouloir faire peurà un pauvre homme comme je suis.
DON JUAN, le saisissant à l'épaule.
Tu parleras à Angélique ainsi que je te l'ai dit et tu feras ce que je t'ai ordonné. Obéis, maraud, et tu n'auras pas à t'en repentir, autrement...
Obéir, obéir, mais ce n'est plus à vous que je dois obéissance. Suis-je à votre service ou à celui de Géronte? Vous savez le proverbe, Monsieur : « On ne peut servir deux maîtres. » Eh quoi, seigneur Don Juan, rentrez en vousmême. Géronte m'a accueilli comme l'enfant prodigue et vous voudriez qu'en récompense de sa bonté j'aille introduire le déshonneur à son foyer et répéter à la douce Angélique des paroles qu'elle ne saurait entendre?
DON JUAN
Mais, imbécile, situ es si assuré de laverlu de cette fdle, comment crains-tu d'accom-