SCÈNE PREMIÈRE SGANARELLE
Ah ! pauvre Sganarelle, connais-tu rien de plus à plaindre que le pauvre Sganarelle! Voilà donc où aboutit mon projet de redevenir honnête homme ! et je vois maintenant qu'il n'est pas si facile de s'amender qu'on le croit communément. Que je voudrais donc que tous ces beaux parleurs de vertu se trouvassent dans une situation pareille à celle où je suis! Si je rapporte à Angélique les propos dont je suis chargé pour elle, je me conduis comme le plus vil des coquins ; si je me tais
et si je n'accomplis pas le message qu'il m'a confié, Don Juan me tuera de sa main ou me fera étrangler par ce maudit Leporello. D'ailleurs,furieux de ma trahison, sais-je à quelles entreprises peut se porter son funeste génie ? J'ai vu, tout à l'heure, briller dans son regard une flamme infernale. Que faire, hélas I et que devenir? J'ai envie d'aller jusqu'à l'église faire brûler un cierge... Mais que vois-je, Dorine? Oui, c'est bien elle^ toujours vive et brunette. Comment va-t-elle m'accueillir? Attention, Sganarelle, de la réserve, de la dignité! C'est que la pendarde n'a pas pris une ride ni un cheveu gris. Ah! elle m'a aperçu! Composons-nous un maintien.