ACTE III
regarder avec un regard si tendre et si vif que l'on s'en sentirait toute troublée et qu'on ne pourrait oublier, vécût-on cent ans, l'instant où on l'a vu.
DORINE
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'il y a bien dans le portrait que vous faites quelque chose de ce cavalier que nous avons rencontré aujourd'hui, avec cette différence que notre oiseau bleu portait un plumage du plus beau rouge et dont vous paraissez, Mademoiselle, garder un reflet aux joues.
ANGÉLIQUE
Oh! tais-toi, Dorine !
DORINE
Bon ! bon ! voilà justement Léandre qui vient voir l'effet qu'ont produit sur vous les conseils de votre oncle Anselme.
ANGÉLIQUE
Ne nous laisse pas, je t'en conjure, Dorine.
DORINE
Bah! vous ne seriez guère aise si j'empè-
chais Léandre de vous confier ce qu'il a àvous dire. D'ailleurs il faut que j'aille bassiner le lil de mon coquin de mari. Ne faites donc pas cette mine d'une aune. Il est toujours agréable d'entendre parler d'amour, et c'est un exercice utile aux filles.