ACTE III
avouer qu'il n'est guère des jours où elle a duré où je ne me sois entretenu de vous avec votre oncle Anselme? Il vous chérit tendrement.
ANGÉLIQUE
J'en suis certaine, comme je Je suis aussi qu'il vous veut beaucoup de bien, Léandre.
LÉANDRE
Oui, Anselme m'a toujours montré les sentiments d'un père. Il était l'ami du mien, qui Tétait également du vôtre. Nos familles sont liées de longue date, Angélique, et je rends grâce au ciel de ces anciennes amitiés qui ont rapproché ma jeunesse de votre enfance. Aussi est-ce votre oncle Anselme qui m'a encouragé à la requête que je veux vous présenter aujourd'hui. Ne vous doutez-vous pas un peu de son sujet ?
Eh ! comment le saurais-je ? Quelque pauvre à qui mon oncle voudrait intéresser mon père ? Il a eu quelquefois recours à mon entremise, et mes petits succès en ces démar-
ches m'ont rendue toute fière. Bon oncle Anselme. Son cœur est tout aux malheureux î
LÉANDRE
Vous ne pourriez mieux dire , Angélique, aussi est-ce d'un malheureux qu'il s'agit.
ANGÉLIQUE
Quel est-il, Léandre, et que faut-il que Ton fasse pour lui ?
LÉANDRE
Il est devant vous, belle Angélique, et vous pouvez d'autant mieux le secourir que vous êtes la cause de son malheur.
ANGÉLIQUE
Vous m'étonnez, Léandre, en quoi ai-je pu vous nuire ?
LÉANDRE
Hélas! Angélique, n'est-ce pas nuire à quelqu'un que d'avoir troublé la paix de ses jours et le repos de ses nuits, de l'avoir rendu distrait, solitaire, languissant, incapable d'aucune occupation suivie, indifférent à tout ce