ACTE III
cieuse, évaporée, et c'est à celle-là, Léandre, à qui vous eussiez eu affaire et dont j'ai voulu vous éviter la rencontre et la surprise.
LÉANDRE
Non, Angélique, vous vous calomniez ! Mais fussiez-vous telle que vous vous dépeignez, pensez-vous qu'il j ait là de quoi rebuter mon amour? Cette Angélique dont vous parlez, comme je mettrais tout mon cœur à la guider, doucement et tendrement, loin d'ellemême! Non! non, ne cherchez point à me détourner de vous, en vous représentant à moi sous les fausses couleurs d'une image mensongère ! Cessez ce stratagème inutile, il ne m'égare point et ne fait que me rendre plus cruelle la force de votre éloignement pour moi. Bien plus, hélas î il me fait entrevoir la vérité !
Léandre cache sa tète dans ses mains et se tait un instant.
La voici qui m'apparaît maintenant. Oui, Angélique, il y a une autre raison à vos refus que celle que vous dites, et celle-là, je sens bien que ni mes prières, ni mes supplications
ne prévaudront contre elle. Adieu donc, espoir de bonheur si longuement caressé 1 Adieu, cher désir de ma vie auquel il faut que je renonce I Angélique ne sera pas à Léandre. Malheureux, elle n'écoute même pas la plainte de ton regret ! Pendant que tu lui parles de ton vain amour, ses yeux cherchent une image séduisante. Ah ! quel peut être le mortel fortuné qui a su toucher le cœur d'Angéhque ? Hélas î Léandre, Angélique aime, et ce n'est pas toi qui es aime I
Léandre se dirige vers le fond du théâtre ; tout à coup, il s'arrête devant Don Juan qui vient à lui.
Les deux hommes se considèrent, se croisent et tous deux se retournent pour se regarder encore, puis sortent chacun dans une direction différente. Angélique n'a pas vu ce jeu de scène.