‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 13 sur 48 · ŒUVRES DE MICHEL COLOMBE Z · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MICHEL COLOMBE Z

pas sans valeur : c'est que le tombeau de Notre-Seigneur est exécuté en pierre de Touraine, comme Michel Colombe était accoustumé de faire en pareil cas. Ces pierres de Bourré descendirent facilement le Cher et la Loire, pour remonter ensuite la Maine et la Sarthe et arriver à pied d'œuvre, au prieuré de Solesmes.

L'ouvrage le plus célèbre et le plus authentique de Michel Colombe, celui que le Maître cite comme son chef-d'œuvre, est le tombeau qu'Anne de Bretagne fit élever à la mémoire de son père, François II, et de sa mère, Marguerite de Foix. Il fut terminé en 1 507 et nous pouvons l'admirer encore dans la cathédrale de Nantes. Moins ancien que l,e monument de Solesmes, il porte plus que lui l'empreinte de la Renaissance. Les marbres de couleur, les détails d'architecture et les arabesques sont dans le goût italien, mais la sculpture est toute française. Michel Colombe s'en déclare l'auteur, et dit qu'il a été très-bien servi et aidé par son neveu, Guillaume Regnault. Il y a une parenté évidente entre les figures des saintes femmes qui assistent à l'ensevelissement du Christ et les vertus cardinales qui sont aux angles du tombeau. C'est le même style et la même finesse de ciseau ; les anges qui veillent sur les nobles trépassés, rappellent par la grâce de leur pose et la beauté de leur expression, ceux que nous avons admirés au calvaire et dans la grotte de Solesmes.

Si nous étudions maintenant les sculptures faites au château d'Amboise, à la même époque, par les artistes tourangeaux^ nous trouverons encore des ressemblances frappantes et des rapprochements très-curieux sur les commencements de la Renaissance. 1495 est la date la plus précise de l'invasion de l'art italien en France, et c'est le château d'Amboise qui fut sa première conquête. « Le roi, dit un vieil auteur, s'en retourna à Amboise qui estoit la place du monde qu'il aimoit le mieux, parce que c'estoit le lieu

de sa naissance et qu'il y faisoit bastir un très-beau et somptueux édifice (i). »

De toutes les constructions de Charles VIII à Amboise, il ne reste que la charmante chapelle de Saint-Hubert et la grosse tour, au haut de laquelle ont peut monter en voiture. Le reste a été détruit en 1802 par le vandalisme sénatorial de Roger-Ducos.Ce grand seigneur de la Révolution vendit les pierres du château qu'il avait charge de conserver et battit monnaie avec le plomb des tombes de l'église de Saint- Florentin. C'est alors que disparut le tombeau de Léonard de Vinci qui y avait été enterré (Athenceum français, 25 nov. 1854).

La chapelle de Saint-Hubert peut être citée comme le chef-d'œuvre le plus gracieux du xv e siècle. L'architecture en est toute française ; sur le tympan qui orne la porte est sculptée la chasse de saint Hubert ; l'encadrement de la scène rappelle complètement celui du tombeau de Notre- Seigneur à Solesmes ; c'est le même feston d'arcs tribolés, les mêmes rinceaux de feuillage, de chardons fouillés avec une délicatesse extrême. Les personnages, les animaux et le paysage ont le style et les qualités de notre vieil art national, La Renaissance n'apparaît que dans le couronnement de la grotte de l'Ermite ; elle est surmontée d'un petit édicule à plein cintre, sur lequel une bande de petits génies tiennent une guirlande de fleurs. Ces petits génies sont certainement d'origine italienne.

La grosse tour est construite par un architecte français ; son portail ogival, la galerie crénelée qui le surmonte, les voûtes qui supportent la rampe tournante des voitures le prouvent avec évidence. Les sculptures qui soutiennent la retombée des nervures, pétillent de verve nationale et même quelquefois un peu rabelaisienne. L'art italien n'a

(1) Histoire de Charles VIII, p. no.

DATE DU MONUMENT 3g

rien à y réclamer ; mais il a écrit son nom dans la partie supérieure. Le motif d'architecture qui en décore l'entrée et qui a été malheureusement martelé par les barbares du xviii 6 siècle, appartient à la Renaissance. On y retrouve les gracieux feuillages, les vases, les candélabres, les oiseaux qu'on voit sur les pieds-droits du monument de Solesmes ; on les dirait sculptés par les artistes que Jean d'Armagnac amena, pour terminer le tombeau de Notre- Seigneur et qui mirent au bas de leur œuvre, avec cette date MCCCCIIII"XVI°, le nom de leur protecteur :

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