ARTISTES DU TOMBEAU DE NOTRE-SEIGNEUR
en i5o8, « maistre masson » de l'église de Saint-Martin de Tours, a bien pu en dessiner et en exécuter l'architecture. Les documents précieux publiés par M. Grandmaison nous permettent de nommer un imagier du monument de Solesmes, et de montrer qu'il existait des rapports artistiques entre le Maine et la Touraine. L'histoire de l'art français au xv 6 et au xvi e siècle, compte plusieurs peintres et sculpteurs qui portent le nom de Courtois et qui sont originaires du Maine. Un Robert Courtois travaillait dans le Maine en 1498, et un Charles ou Chariot Courtois faisait partie de l'atelier de Michel Colombe à la même époque. Il se marie à Tours à Marie Hardouin, et le contrat, qui est du 3 novembre i5o8,lui donne le titre de « tailleur d'ymaiges ». Son témoin est le neveu de Michel Colombe, Guillaume Regnault, aussi tailleur d'images. La femme apporte à la communauté des terres et des rentes. Mais le mari, qui est étranger au pays, n'apporte, avec son talent, que deux cents livres tournois « qu'il dit avoir de présent entre les mains, qui sera semblablement réputé l'acquest des dessus dicts futurs conjoints. » Ces deux cents livres tournois qui composaient la fortune de l'artiste, avaient été peut-être en partie gagnées en sculptant le monument de Solesmes, où Michel Colombe a dû le faire travailler pour le rapprocher de sa famille.
Nous avons remarqué que le monument avait été terminé par des artistes italiens que Charles VIII avait ramenés de Naples et de Florence « avec 97,000 livres pesant de tapisseries, librairies, peintures, pierre de marbre et de porphyre et autres meubles. » Dans la quittance du payement pour le transport de ces objets d'art, de Naples à Lyon et de Lyon au « chastel » d' Amboise, il est fait mention de la nourriture de XXII hommes de « mestier »,à la raison de XL sous par jour, « Lesquels icelluy seigneur a fait venir du dit Naples pour ouvrer de leur mestier à son devis et
plaisir (i) ». Parmi ces artistes, se trouvait messire Passello de Mercogliano qui avait tracé à Naples les jardins de la villa Poggio reale et les jardins de Mars à Florence. Charles VIII lui fit tracer les jardins du château d'Amboise, et Louis XII les jardins du château de Blois. Ce sont ces jardins à lignes géométriques, s'inspirant de l'architecture, que Le Nôtre a naturalisés jardins français. Nos poètes du moyen âge nous parlent de vergers qui devaient moins s'éloigner de la nature et ressembler beaucoup à nos jardins anglais (2).
Jean d'Armagnac ne paraît pas avoir accompagné le roi en Italie ; car on ne trouve son nom cité, ni dans les conseils des princes, ni dans les rangs de l'armée, tandis que celui de son frère, Louis d'Armagnac, duc de Guise, y figure avec honneur ; il commandait l'arriêre-garde à la bataille de Fornoue et fut nommé vice-roi de Naples où il fut tué en i5o5. Jean d'Armagnac partagea l'enthousiasme du roi pour l'art italien et voulut que les trois figures principales fussent exécutées par les nouveaux artistes. Michel Colombe dut souffrir de ce changement ; car ces figures, malgré leur mérite, ne sont pas dans les mêmes proportions que celles qui les entourent et nuisent par conséquent à l'unité de l'œuvre.
Aux preuves historiques dont nous avons appuyé notre attribution, nous ajouterons des preuves artistiques, en comparant le monument de Solesmes à d'autres ouvrages de Michel Colombe et de son école. Mais auparavant, on nous permettra de donner une preuve matérielle qui n'est
(1) Le Château d'Amboise, par Vatout, p. 401.
(2) Dans son excellente Histoire du Château de Blois, 7 e édit., p. 176, M. de la Saussaye parle aussi de Pacello de Mercoliano, jardinier-concierge du jardin du roi, qui était chanoine de la collégiale de Saint-Sauveur. Le titre de concierge équivalait alors à celui de chef ou de gouverneur.