‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 16 sur 48 · PRIORAT DE JEAN BOUGLER · texte numérisé non relu

PRIORAT DE JEAN BOUGLER

sion, en 1495, tout en conservant sans aucun doute, une grande influence dans le prieuré. Jean Bougler déploya aussitôt une étonnante activité ; il renouvela l'esprit religieux par la fidèle observance des règles et par l'amour des études monastiques qu'il sut inspirer ; il enseigna luimême TEcriture sainte, la théologie et la science des Pères et des Conciles. Il s'était déjà fait une réputation comme orateur, au Mans ; il continua ses prédications à Solesmes, dont il était curé primitif, et le dimanche, on accourait de toutes les paroisses voisines pour l'entendre.

UEssai historique nous montre Jean Bougler aussi capable d'administrer le temporel que de gouverner le spirituel. Il rebâtit le cloître, la sacristie, l'aumônerie, et disposa pour la bibliothèque, une salle commune où tous pouvaient venir travailler et consulter les livres. Cette salle existe encore. Malgré toutes ces dépenses, il augmenta les revenus, racheta plusieurs fermes qui avaient été engagées et fonda le registre des rentes et des droits du monastère, qu'il laissa, à sa mort, libéré de toutes dettes. (Essai hist., p. 46.)

Ce prieur modèle faillit être enlevé à l'affection des nombreux religieux qui étaient venus se ranger sous son autorité. Michel Bureau était mort en i5i8, et François I er s'était empressé de nommer abbé commendataire, Jean Colluant, évêque de Senlis. Les moines de la Couture qui croyaient cette nomination contraire au concordat conclu à Bologne avec Léon X, voulurent s'y opposer et choisirent eux-mêmes pour leur abbé, le prieur de Solesmes dont ils connaissaient le mérite. Jean Bougler accepta, non par ambitîo>n, mais par dévouement. Cet honneur était la lutte jusqu'à la persécution et à la prison. Il dut céder à la violence et revint à Solesmes dont il fut le dernier prieur régulier.

Il entreprit la restauration et les embellissements de

l'église, commencés par Philibert de la Croix et Guillaume Cheminait. Il construisit les six voûtes de la nef du transsept sur le modèle de celle du chœur et il éleva sur la base de l'ancien clocher, une flèche qui n'avait pas moins de 220 pieds de hauteur. Pour exécuter une oeuvre aussi considérable, il fallut nécessairement remanier toute l'église, élever les pignons et consolider les murs qui n'avaient plus à porter de simples charpentes, mais qui devaient résister à la poussée des voûtes. Ces travaux effacèrent de plus en plus les caractères de l'église du xi° siècle, dont nous avons essayé de retrouver le plan primitif.

Jean Bougler, pour consolider la tour et supporter la flèche qu'il voulait élever, bâtit un contre-mur intérieur qui rétrécit la nef en cet endroit (i), mais les précautions prises furent insuffisantes, puisque la flèche s'écroula et que de graves accidents, survenus dans les voûtes du transsept, ont nécessité des arcs supplémentaires qui en dénaturent les lignes.

C'est après avoir terminé cette restauration de l'église que Jean Bougler couronna son œuvre, en élevant dans la chapelle gauche du transsept le monument que nous allons étudier.

Quand on entre dans cette chapelle, on ne peut voir sans étonnement cet ensemble d'architecture, cette profusion d'ornements et cette multitude de personnages s'exprimant par des gestes ou des inscriptions. Jamais peut-être l'art n'a entassé tant de choses dans un si petit espace. Mais une fois revenu de cette première surprise, on ne tarde pas à remarquer un défaut d'unité dans le style comme dans les sujets. On admire ce poëme en l'honneur de la Vierge, sa

(i) Le même moyen a été employé pour soutenir la flèche de Saint- Sernin, à Toulouse, et l'entrée du choeur en a été rétrécie.

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