‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 17 sur 48 · ÉTAT PRIMITIF DE LA CHAPELLE · texte numérisé non relu

ÉTAT PRIMITIF DE LA CHAPELLE

mort, son ensevelissement, son Assomption, sa vie dans TÉglise, et on se trouve tout à coup en présence d'une scène de la vie de Notre-Seigneur dont le mérite est d'une infériorité flagrante. L'architecture qui l'encadre ne se raccorde pas avec les parties environnantes ; les lignes principales sont à des hauteurs différentes, et tout indique d'autres artistes et même une autre époque.

L'unité est la grande loi des œuvres d'art, et les artistes capables d'exécuter un monument si remarquable ne pouvaient pas la violer. Ils ont dû faire, pour la décoration de cette chapelle, un plan qui embrassait les trois côtés. Le côté qui est éclairé par la fenêtre devait s'harmoniser avec les deux autres ; pourquoi ce plan n'a-t-il pas été suivi ? A-t-il été interrompu ou bouleversé ? Comment y a-t-il, entre ces diverses parties, un demi-siècle d'intervalle ? Il y a là un problème qu'il serait bon de résoudre, avant d'entreprendre l'étude du monument.

Il est impossible d'abord de supposer que le plan n'a pas été suivi ou qu'il est resté inachevé. Quand on élève un monument, on commence parla base, et c'est dans la partie supérieure, ou dans les ornements qu'il reste inachevé. Deux côtés de la chapelle ont été terminés et très-richement sculptés. Comment le troisième n'eût-il pas même été commencé. Le temps n'a pas manqué à l'œuvre de Jean Bougler. Quelque considérable qu'elle soit, peu d'années ont suffi pour l'exécuter et nous avons trouvé dans la chapelle de droite une colonnade où nous avons reconnu la main des artistes qu'employa Jean Bougler. Si cette colonnade n'a pas été faite pour la chapelle, elle a été faite après, et alors le temps n'a pas manqué pour suivre le plan tout entier. Nous avons dit que cette colonnade faisait partie de ce plan, et nous espérons prouyer qu'elle était primitivement placée en face de l'autel de la Pâmoison.

Nous devons d'abord expliquer pourquoi elle a été

déplacée et remplacée par une œuvre très-inférieure qui ne s'harmonise en rien avec le reste de la chapelle. Nous répondrons avant tout, à une objection très-juste et d'une précision toute mathématique. La colonnade enlevée mesure 4 mètres 55 centimètres de développement, tandis que l'espace occupé par ce qui la remplace n'a que 3 mètres 8o centimètres. Que faire des 75 centimètres d'excédant ? C'est précisément cette objection qui, en nous forçant à un examen plus minutieux, nous a conduit à la solution du problème.

Si on considère le grand arc qui sépare la chapelle de la nef de l'église, il est facile de voir qu'il n'a pas le même axe que les voûtes et qu'il n'a été construit que pour soutenir l'arc primitif. Cet arc supplémentaire a un pied-droit plus fort du côté de l'entrée de l'église que du côté opposé, et sa direction montre le défaut d'alignement qui existe entre le mur de la nef et le mur de l'ancien chœur sur lequel s'appuie la plus ancienne voûte. Pour quiconque s'est occupé tant soit peu d'architecture, cet arc supplémentaire et cette jambe de force qui déparent le transsept de l'église, ont été faits pour réparer un vice de construction qui a dû occasionner des accidents très-graves dans la voûte de la chapelle. Cette voûte, qui a de nombreux croisements de nervures, contient une grande quantité de pierres et la poussée doit être énorme. Le point le plus faible pour appuyer cette masse, est certainement l'angle formé par le mur de la nef et le mur de la chapelle, tandis que le point opposé de l'arc est contrebuté par le mur de l'ancien chœur qui dépasse la ligne de la nef et par un gros mur qui l'appuie à angle droit. La voûte a faibli et il a fallu, pour la rétablir, construire l'arc à plein cintre qui soutient maintenant l'arc primitif. Nous aurons à donner d'autres preuves de cette ruine de la voûte, et nous en indiquerons la cause occasionnelle. Ne nous occupons pour

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