‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 33 sur 48 · ÉCOLE FLAMANDE · texte numérisé non relu

ÉCOLE FLAMANDE

rable. Ceux qui s'étaient formés à l'école de Jehan Juste se rendaient à Paris ou à Fontainebleau, pour obtenir, comme Germain Pilon, des commandes royales. Tours perdait de son importance. La Cour n'y résidait plus et les troubles que faisait naître la propagande protestante y causaient dans les arts et l'industrie une rapide décadence.

La Flandre, au contraire, se ressentait encore de l'intelligente administration de Marguerite d'Autriche, et son neveu Charles-Quint y développait par sa puissance, une grande prospérité. Ses artistes étaient connus de toute l'Europe. Les ducs de Bourgogne et le roi René les avaient attirés en France, et nous ne devons pas être surpris de les voir y chercher des travaux que leur patrie ne pouvait leur fournir avec assez d'abondance.

L'école flamande est très-curieuse à étudier dans ses rapports avec la Renaissance. La passion pour l'art italien lui fit perdre ses qualités nationales, et lorsque le génie de Rubens voulut les lui rendre, elle ne retrouva pas le charme et la virginité de ses premières années. Cette école était née sur les bords du Rhin, et il serait facile de lire son acte de naissance dans quelques beaux manuscrits de Cologne. Les frères Van Eyck transportèrent son berceau à Bruges et relevèrent dans la foi naïve de l'Église et dans l'amour pieux de la nature. Elle atteignit rapidement une véritable perfection. Les Van Eyck doivent leur réputation à l'invention de la peinture à l'huile qu'on leur attribue. Ils en ont probablement amélioré les procédés, mais leur plus grande gloire est d'avoir fondé cette école que Memlinc conserva dans sa toute sa pureté, jusqu'à la fin du xv 6 siècle.

Ces peintres flamands n'avaient pas pour se former, comme les peintres italiens, les traditions de l'art, l'étude des chefs-d'œuvre antiques, les belles ruines et les horizons historiques ; mais ils trouvèrent dans la sincérité de

leur foi, dans le charme de la nature et la paix de la famille, un art vraiment chrétien qui séduit Pâme par ses ingénieuses compositions, comme il captive l'esprit et les yeux par les délicatesses du dessin, la transparence dç la lumière et l'harmonie de la couleur. On aime cette peinture, comme on se plaît sous un toit hospitalier où tout exprime l'union, l'innocence et le bonheur. L'Italie de la Renaissance, dans l'ivresse de ses progrès, ne méprisa pas les œuvres de l'école flamande et rechercha les tableaux de Van Eyck et de Memlinc comme les gravures de Lucas de Leyde et d'Albert Durer. Elle y admira des qualités qu'elle ne possédait pas et elle voulut se les approprier. Ce n'était certainement pas l'art traditionnel et le style monumental de ses fresques ; mais il y avait dans ces peintures de petite dimension, une recherche du vrai, une naïveté de sentiment qu'on ne pouvait s'empêcher d'aimer. Le ciel et la terre s'y reflétaient comme dans les eaux pures d'un lac tranquille.

L'artiste flamand ne cherchait pas à suivre des types anciens, ou à en créer de nouveaux. Il prenait les modèles autour de lui et copiait ses Madones et ses saintes dans le sanctuaire de la famille, en les ornant de vertus, le plus qu'il lui était possible. Son enfant lui servait à représenter , Celui qui s'est fait enfant pour nous sauver, et la tendresse qu'il avait pour lui, devenait de la dévotion sur le visage des donateurs agenouillés.

La douce lumière qui éclairait ses compositions était comme une image de son existence. Elle montrait tous les détails de son intérieur, ses beaux meubles sculptés, les riches étoffes de l'industrie flamande ; et par une large fenêtre apparaissaient un ciel sans nuage, des horizons profonds, un paysage où l'œil ne se lasse pas de découvrir et d'admirer, des jardins, des fleurs, des oiseaux, des réalités charmantes qui indiquent une vie heureuse. Rien de

"LA RENAISSANCE EN FLANDRE 8g •

passionné, de tourmenté, de violent ; tout est calme et simple, même dans les grands sujets que les artistes fia- . mands ont traités quelquefois avec autant d'élévation que • de poésie, comme le Triomphe de l'Agneau, que composèrent les frères Van Eyck, et l'admirable poëme que Memlinc peignit à la gloire de sainte Ursule. On s'obstine à regarder l'école ombrienne comme l'école mystique par excellence, mais l'école de Bruges est beaucoup plus pieuse et plus chrétienne.

Et dire que cette école s'épanouit et se conserva dans sa fraîcheur et sa pureté pendant tout le xv e siècle, au milieu des guerres et des agitations politiques. Les luttes des ducs de Bourgogne contre la Maison de France et le règne turbulent de Charles le Téméraire ne purent la troubler. Elle habita les cours sans se corrompre, et ce furent •

seulement ses rapports avec l'Italie qui finirent par la perdre.

Lorsque Roger de Bruges, l'élève favori de Van Eyck et le maître de Memlinc, fit le voyage de Rome pour gagner le jubilé de 1450, il fut admiré et fêté parles artistes italiens. Mais il ne partagea pas leur passion naissante pour l'art antique et la mythologie ; ses éloges furent pour Gentile de Fabriano, et sans doute, son affection la plus vive pour Fra Angelico, qui peignait alors ses chapelles du Vatican. Il resta fidèle à sa patrie et il y revint peindre, prier et soulager les pauvres, comme il l'avait fait toute sa vie.

Ce fut Jean Gossart de Maubeuge (1470- 1 532) qui se passionna le premier pour la Renaissance. Il suivit en 1 507, à la cour de Jules II, l'ambassadeur de Charles- Quint, Philippe de Bourgogne, qui lui fit dessiner les monuments antiques de Rome. Il rechercha la société des grands seigneurs, dont il obtint les commandes et partagea les vices. On voit dans ses tableaux la route nouvelle où

s'engage l'école flamande. C'est une jeune fille qui abandonne son costume national pour revêtir les modes étrangères ; ce qui est un mauvais signe. Elle néglige peu à peu les Madones pour les divinités païennes, et Jean Gossart, en peignant Danaê recevant la pluie d'or, a écrit son histoire. Bernard Van Orley (1470- 1542), le peintre préféré de Marguerite d'Autriche, visita aussi l'Italie, non par dévotion, mais par amour delà Renaissance, et il en revint enthousiasmé. Il renia ses ancêtres, les vieux maîtres de Bruges, pour se faire l'imitateur des peintres de l'école romaine.

Michel de Coxie (1499- 1592), son élève, suivit ses traces et voulut aller se perfectionner à Rome où il étudia surtout les œuvres de Raphaël. A son retour dans sa patrie, on l'appela le Raphaël flamand, titre qui surpassait tout éloge et qu'on prodigua sans plus de vérité à d'autres artistes. Frans Floris, son contemporain, le reçut comme lui, quoique ses préférences fussent plutôt pour Michel- Ange que pour le peintre d'Urbin.

Frans Floris ou François de Vriendt, fut le chef de l'école intermédiaire entre l'école de Van Eyck et celle de Rubens. Cette école, malgré ses mérites, fut une école de décadence. Non-seulement elle abandonna les traditions chrétiennes du xv e siècle, mais elle perdit, dans sa passion pour l'Italie, les qualités qui avaient fait la gloire des peintres flamands : cet amour sincère de la nature, cette vérité de dessin et ce charme de la couleur que nous avons signalés. Et lorsque les artistes qui suivirent, retrouvèrent ce patrimoine perdu, ce fut pour le dépenser dans les bacchanales de Jordaens ou dans les fêtes rustiques de Teniers.

Frans Floris personnifie parfaitement cet art flamand italianisé que nous avons reconnu dans les sculptures de Solçsmes, et en fait comprendre les éléments variés, les

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