PORTRAIT DE JEAN D'ARMAGNAC
tement détruit, il est impossible de le déterminer. Jean d'Armagnac pouvait avoir reçu de Charles VIII un collier d'ordre dont il s'est paré dans son portrait et celui de saint Michel se présente naturellement à l'esprit. L'objection qu'on pourrait tirer de la chaîne n'est pas admissible; car l'article 3 des statuts est ainsi conçu : « Les chevaliers de l'Ordre devront porter un collier d'or faict à coquilles lacées, l'une avec l'autre d'un double las, assises sur chaînettes ou mailles d'or, au milieu duquel aura une image d'or de Monsieur saint Michel qui reviendra pendant sur la poitrine. Ceux qui fauldront à le porter, seront passifs d'une amende de VII sous, VI deniers tournois, et d'une messe; il y a certains cas où les chevaliers pourront ne pas porter le grand collier, mais ils ne devront jamais quitter l'image de Monsieur saint Michel. »
Jean d'Armagnac n'a pas quitté Yimage de Monsieur saint Michel qui a été brisée sur sa statue, mais il a pu ne pas porter le grand collier sans encourir l'amende, parce qu'un collier plus simple était plus facile à représenter en sculpture. Pourquoi d'ailleurs le bon roi René eût-il été placé dans le monument de Solesmes, vingt-six ans après sa mort. M. Lachèse répond, parce que le bon roi René qui aimait beaucoup les arts, avait bien pu donner l'idée du monument très-longtemps avant son exécution. Cette raison est trop invraisemblable pour la réfuter et nous maintenons Jean d'Armagnac, duc de Nemours, seigneur de Sablé et bienfaiteur de Solesmes, dans la possession de son portrait. Nous tenions beaucoup à établir ce point, parce qu'il est très-important dans nos recherches sur les artistes du monument.
Les deux soldats placés à l'entrée de la grotte sont dans un triste état de mutilation. La chronique rapporte qu'ils ont été. autrefois victimes de la piété des habitants de Solesmes, qui voulaient venger sur eux les outrages faits à
Notre-Seigneur. On aurait pu adoucir cette dévotion un peu barbare, en disant que ces deux personnages n'étaient pas des satellites de Pilate, envoyés pour garder son tombeau, mais des soldats convertis au Calvaire, comme le Centurion et Longin, qui venaient assister à l'ensevelissement du Sauveur. Nous y verrons simplement deux seigneurs de Charles VIII, revenant d'Italie et désirant figurer dans cette scène avec leurs brillantes armures dont les beaux ornements sont dignes des plus habiles ouvriers de Naples et de Florence.
Aux sculptures que nous attribuons à l'art français de cette époque, nous joindrons la statue de saint Pierre, placée à l'entrée de la nef, sous une arcade romane. Elle est sans doute du même artiste que le David et l'Isaïe dont nous avons parlé ; la tête est remarquable par son caractère et son exécution. Les traits en sont larges et les détails finement travaillés. L'aube est brodée de riches dessins et la chape ornée de charmantes figures. Sur le fermail qui la tient se voient les armoiries de Guillaume Cheminart. Cette statue un peu courte de proportions, a été remaniée dans la partie inférieure pour y placer le pied de bronze doré que les fidèles embrassent. A cette marque de dévotion sont attachées les mêmes indulgences qu'on gagne en embrassant le pied de la Statue de saint Pierre à Rome. Sur la base se lit cette inscription en trois langues :
Contemple le Dieu Verbe,
La Pierre
Divinement taillée dans l'or.
Établie sur elle
Je suis inébranlable.
Nous ignorons où était placée dans l'origine cette statue du patron de l'Église, mais lorsqu'on transporta à l'autel de la Compassion, les colonnes qui s'y voient encore, on