PREFACE, III
lement disposer d'une partie de sa fortune, M. de Caumont créa un groupe et fut suivi par quelques hommes intelligents dans cette Association Normande, qui eut sa raison d'être et son action particulière de 1830 à 1860.
Les recherches archéologiques partirent donc avec un ensemble imposant de Rouen et de Caen. Elles se modifièrent naturellement; mais l'étude de la céramique, qui vint se greffer sur le tronc archéologique, fut encore essentiellement normande, Rouen ayant eu le privilège de donner naissance, au xvii^ siècle, à un art rayonnant et vigoureux.
Toutefois un jeune artiste était resté fidèle à l'art de pierre. Architecte et graveur, mieux qu'un autre il comprenait que, malgré tant de lumières projetées sur l'ensemble des monuments de sa province, les murailles n'avaient pas
IV PREFACE
encore livré le secret de leur ornementation.
Continuant la mission de Langlois son compatriote, M. J. Adeline grava d'une pointe habile les anciens édifices de Rouen disparu, et sans répandre d'inutiles larmes sur tant de vieilles bâtisses que, malgré leur curiosité, les villes modernes ne peuvent conserver, il en donna la représentation aussi exacte que possible et dit clairement, grâce à son burin : — Voilà les maisons que vos pères ont habitées et dont je représente la silhouette.
L'artiste offrait ainsi aux enfants de la nouvelle génération, sinon les portraits de leurs aïeux, du moins un souvenir figuré des toits qui les abritaient.
Tel est le lot de l'archéologie : regards profonds sur le passé, intimité ravivée des foyers éteints, état des habitudes, des travaux, du concours des citoyens aux besoins de la cité.
PRÉFACE, V
Vous voyez dans les corridors des vieux manoirs des portraits de gens de robe et d'épée, de marquises travesties en Dianes, d'abbés galants qui ne baissent pas les yeux devant les échancrures de corsage des comtesses fardées. Ce sont les aïeux de la noblesse.
Nos aïeux, à nous bourgeois, forment corps avec les murs des cathédrales.
Qui sait combien d'ancêtres nous comptons dans les manoeuvres, maçons, tailleurs de pierre, serfs et cor\'éables, qui travaillèrent à l'érection de ces monuments ?
Et n'est-ce pas, indépendamment de l'intérêt d'art que ces murailles nous inspirent, un vague souvenir de famille qui nous les rend chères? Nos parchemins, notre généalogie sont sous ces portails, dans ces tours; chacun des enfants des classes moyennes se dit que
VI PRÉFACE
ses pères y ont peiné, d'où notre émotion naturelle en face des monuments du moyen-âge.
Peut-être préoccupé de semblables souvenirs, M. J. Adeline, abandonnant les questions d'ensemble, était attiré par les détails pour les mieux étudier. Suivant la tendance moderne, qui est micrographe par excellence et à laquelle l'étude du détail a rendu tant de services, l'artiste recherchait le pourquoi de tant de sculptures troublantes par leurs grimaces et qui font de la façade des anciennes églises, peuplée d'anges et de démons, un Christ entre le bon et le mauvais larron.
Ce fut ainsi que M. J. Adeline emplit ses cartons de figures bizarres, entourées d'un nimbe de points d'interrogation, jusqu'à ce qu'il jugea à propos de donner corps à ses croquis et de demander à