VIII PREFACE
Caricature soudé à antiquité constituait, il y a vingt ans, une sorte de blasphème; c'était au moins une profanation que d'accoler deux mots si divergents. Et pourtant, malgré les réserves de l'érudition toujours un peu revêche et académique, un ancien directeur de l'Ecole d'Athènes, membre de l'Institut, M. Georges Perrot, vient d'imprimer un mémoire archéologique, sans craindre d'inscrire sur la couverture, ce mot honni et malencontreux : LE TRIOMPHE D'HERCULE, caricature grecque d'après nu vase de la Cyrénaïque (i).
Ce n'est pas le moment de revenir sur la question de cette forme de comique chez les Grecs. Il importe toutefois de noter que le savant M. Georges Perrot, se prononce avec autorité contre M. Chassang, maître des conférences à
(j) Paris. Typ. Chamerot, 1876, in-4".
PREFACE. IX
l'Ecole normale, qui voyant la pente glissante sur laquelle, suivant lui, je m'engageais témérairement, me suppliait de ne pas appliquer le même système aux sculptures parfois irreligieuses et cyniques des monuments du moyenâge.
Sans m'arrêter à ces timidités, je poursuivais ces études et j'en étais récompensé par les sympathiques encouragements d'un maître, M. VioUet-le- Duc. Le savant architecte qui, plus qu'un autre a étudié l'ensemble et les détails des cathédrales dans une vie consacrée à la science, me donnait raison dans un de ces importants articles qui paient le chercheur de ses efforts, l'encouragent et le réconfortent.
La science n'était pas d'accord avec la réserve esthétique universitaire ; mais que compte celle-ci dans le plateau de la balance où pèse celle-là ?
X PREFACE
C'est sans doute grâce à de semblables semences, que dut germer l'idée de la publication de M. J. Adeline qui, de sa ville, suivait le mouvement d'érudition laissant encore tant de place aux interprétations.
On a fortement discuté de part et d'autre sur les inductions à tirer du symbolisme du moyen-âge, et l'imagination des commentateurs s'en est donnée à cœur-joie en face des détails satiriques, obscènes ou plaisants, de pierres sans vergogne.
En l'absence de textes contemporains sur ces écarts des sculpteurs, le champ était ouvert à toute déduction.
Je n'ai trouvé depuis la publication de
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mes études qu'un fil bien mince pour sortir du labyrinthe construit par ceux que je me suis permis d'appeler les (( symbolisateurs à outrance )).
Le miniaturiste du Bréviaire de BelleviUe (fonds des manuscrits de la Bibliothèque nationale) a donné une explication des peintures qui ornent le manuscrit. Il est le seul, à ma connaissance, qui ait tenté de jeter quelques lueurs sur son sujet; mais sa clarté est trouble et de son commentaire les modernes ne peuvent raisonnablement se servir que des quelques lignes suivantes :
Le miniaturiste parle, dit-il, « de deus manières » ; dans l'une, il se sert du <( sens gros et matériel » dans l'autre, du « sens soutil [subtil] et esperituel ».
Le sens (c subtil », on l'a subtilisé à l'excès, le sens (c gros et matériel », malgré les lacunes qu'il laisse dans