‹ Les secrets de l'épéeChapitre 19 sur 19 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

< — Cependant, interrompit un des assistants, un tireur habile peut les employer, et alors ils sont doublement dangereux.

^Aft5G© 278 ©S^flA^

— Sans nulle doute, cette hypothèse peut être admise, quoiqu'il soit bien rare qu*un tireur habile se décide à se servir de semblables moyens. — S'il est en face d'un adversaire ignorant , qu'a-t-il besoin d'avoir recours à de tels stratagèmes î — Si , au contraire , il a devant lui un tireur également habile et de sang -froid, il ne peut oublier combien, en agissant ainsi, il donne , en cas d'insuccès , de prise • contre loi.

Vous savez, n'est-ce pas,— ou du moins, je crois avoir précédemment appelé votre allention sur ce point , — que la première préoccupation de l'homme qui attaque doit être de ne pas se livrer inconsidérément, afin de se trouver, à son tour, prêt à la parade, si son attaque a échoué.

C'est donc pour toutes les causes que je viens de vous énumérer, qu'il faut se méfier, marcher prudemment sur l'inconnu, et le tenir toujours àdistance.

En rompant aussitôt que vous êtes en garde.

vous avez déjà fermé la voie aux surprises, aux attaques furieuses et aveugles.

Lorsque vous vous trouvez à portée, croyez-moi, ne donnez pas d'épée, et maintenez-vous toujours, autant qu'il vous sera possible de le faire, à une distance qui ne permette pas l'attaque de pied ferme.

Ne vous trompez pas sur la significatioa de ces mots : — Ne donnez pas (Ccpce, et ne croyez pas que cela veuille dire de vous mettre complètement à découvert, en éloignant sans cesse votre fer de la ligne ; — ce serait une erreur.

Seulement :

Que votre épée évite soigneusement d'être rencontrée par celle de votre adversaire. — En la dérobant à son appel, vous empochez les croisés, les battements, les Umenis d'cpce, la panconade, tous ces coups enOn qui ne procèdent qu en s'emparant violemment de Tarme ; — ce sont les plus dangereux, car ce sont les plus sûrs.

Je dis les plus sûrs, parce qu'en tenant votre fer sous leur pression, ils le dominent, le maintiennent, et s'opposent à toute tension d*épée, ou aux chances du coup double.

Certes, il y a différents moyens de combattre les absences d*épée, mais ils sont difficile^, et demandent une grande habitude. — Le plus souvent, l'adversaire, inquiet, ne sachant dans son attaque où prendre un point d'appui, hésitera , et ses coups perdront ainsi de leur rapidité d'exécution.

S'ils sont compliqués, — vous pourrez tendre prudemment, en rompant d'une demi-mesure, et fatiguer, tourmenter, énerver celui que vous avez à combattre.

S'ils sont simples, — votre adversaire craindra le coup pour coup : — car, plus l'homme que vous ^vez devant vous est habile, plus il aura de pru-

dence; et, comme je vous Tai dit en parlant de Tassant, vous pourrez atténuer le danger d'une attaque franche, en rompant vivement, soit d'une demi-mesure, soit d'une mesure entière. — De cette façon, vous rendez la parade plus facile, vous augmentez la distance, et vous combattez, par un double moyen, la rapidité de l'attaque adverse.

Si vous êtes touché^ — vous l'êtes légèrement, on certes beaucoup moins profondément que vous ne l'eussiez été en voulant parer de pied ferme. — Si, au contraire, vous êtes arrivé à la parade, vous avez évité le corps à corps et donné plus de certitude à votre riposte.

Maintenant prenons l'hypothèse contraire.

Vous attaquez, — soit parce que vous comptez plus sur la rapidité de votre main que sur la sûreté de vos ripostes, — soit parce que votre adversaire, ne voulant pas quitter la défensive, vous contraint à ce rôle. — La prudence doit être plus encore votre Ici.

->A^5SÊ) 282 SigZj^A/»

En vous signalant, tout à Theure, les avantages de tenir votre fer dégagé, aOn d'éviter ce que Ton peut appeler les attaques de Vépée, c'était vous dire de ne jamais attaquer vous-même, sans avoir cherché préalablement à vous emparer du fort de répée adverse.

Surtout, point de feintes, — vous en connaissez les dangers ; — mais seulement des coups simples, procédant d'abord, soit par le maintien du fer ennemi, soit par un engagen^ent, soit par une pression, soit par un battement fort ou faible, selon la ligne où vous voulez entraîner son arme. Cela vous deviendra plus facile, si le tireur que vous avez devant vous donne de Vépée,

Si, au contraire, vous avez à combattre un homme qui ne la donne pas, il faut, par adresse ou par agilité, parvenir à vous en emparer, et n'achever votre

attaque qu'après vous en être rendu mattre, ou bien lorsque celle-ci, en voulant vous fuir et se dérober, aura laissé le corps complètement à découvert. — Le coup droit, en ce ca^, arrive avec certitude.

La tension cTépée, que l'on appelle également le coup cTarrcf, — voilà ce qu'il faut craindre. C'est le coup que tentent le plus fréquemment ceux qui se tiennent par principe arrêté sur la défensive.

Dans ce cas, les demi -attaques réussissent»

presque toujours, si elles sont franchement dessinées. — Ou l'adversaire cherche la parade, ou bien il tend le fer; — c'est alors que vous vous en emparez subitement, et que vous achevez votre attaque à fond, sans absence d'épée, et surtout sans feinte.

Vous devez comprendre qu'il m'est impossible d'énumérer dans une conversation tous les coups différents qui peuvent se présenter, les pièges que

•>A«35i9 284 Ocj^iiA^

VOUS pouvez tendre, comme ceux qui peuvent vous être tendus. — Ce sont choses d'intuition, de sentiment, d'inspiration; et elles appartiennent au caractère et à l'organisation physique et morale de chaque individu.

Certes, l'exercice de la lutte est un art qui ne s'apprend qu'après de longues études, et qui obéit à des combinaisons savantes et régulières.

Voyez deux* lutteurs.

Suivez-les du regard. — Tantôt ils se relèvent; tantôt ils se ramassent sur eux-mêmes, se jetant à droite, à gauche, se saisissant, s'enroulant l'un dans l'autre ; puis ils se lâchent, s'éloignent d'un bond, reprennent haleine en s'observant toujours d'un regard acéré, et recommencent la lutte. — Croyez -vous que tous ces mouvements, toutes ces subtilités du corps, tous ces élans soudains, tous ces brusques arrêts, puissent être régulièrement indiqués ou étudiés à l'avance? — Non.

En toute chose, l'homme avec son intelligence

-'v^iQS 285 (3£:?j»A^

s*empare de la science, fruit de ses veilles et de ses études, et la force à lui obéir. — Dans les combinaisons qu'il invente, dans les calculs qu'il médite, il l'interroge, il en recherche les secrets cachés, il la fouille dans ses replis, et la façonne, pbur ainsi dire, à son gré jusqu*à ce qu'il ait atteint le but.

Je dois, pour compléter ces conseils, vous pré-^ munir contre un défaut, dont on prend malheureusement la funeste habitude dans les salles d'armes, et qui peut coûter la vie; — c'est de s'arrêter après avoir touché, au lieu de se mettre, tout de suite, hors de portée et sur la défensive. — N'oubliez pas ce point important;

— sans quoiy dans un duel, votre adversaire, quoique blessé, pourrait vous porter un coup mortel ;

— et il serait dans son droit.

Combien de fois, en effet, ne voit-on pas, dans les assauts, celui qui est touché riposter néanmoins et vous toucher presque simultanément à son tour, d'autant plus facilement que vous avez négligé de reprendre une garde sévère?

-^A«5St9 286 ©es^pA^

Rappelez-vous qu'un coup d'épée, — même si la blessure est mortelle, — laisse toujours une seconde ou deux avant qu'on n'en ressente les effets, soit en chancelant, soit en lâchant subitement son arme, soit en s'affaissant sur soi-même.

Aussitôt que vous penserez avoir touché, — Car vous pouvez, en outre, vous tromper, — rejetez-vous vivement en arrière, prêt à continuer le combat

xn

« -*- Je ne vois plus, messieurs, ajoutai-je après un moment de silence, d'autres conseils généraux sur lesquels je puisse appeler votre attention ; la pensée ne doit, à l'heure décisive d'une rencontre, s'attacher qu'aux points importants, et ces points se résument dans ces seuls mots : — confiance en soi, — prudence raisonnée, — énergie calme et réfléchie.

« — Certes, s'écria le comte de C..., ce que vous

Page 1