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Ton veut réellement faire, et en le forçant à se laisser devuler à son propre insu.
« — Je ne sais, messieurs, interrompis-je, si je me suis fait bien comprendre, et si vous pouvez suivre la progression dans laquelle je voudrais marcher pas à pas t
c — Parfaitement, parfaitement, répondirent toutes les voix d*un commun accord, et nous vous écoutons avec la plus scrupuleuse attention.
c — Je traite ces sujets un peu longuement peutêtre; mais n'oubliez pas, qu*il me faut, après vous avoir signalé un danger ou donné un conseil, vous indiquer les moyens de combattre ce danger par un conseil inverse.
Vous voilà donc à portée d*épée, — soit que
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vous ayez rejoint vptre adversaire, — soit qu*il ait marché sur vous.
Si vous êtes cet homme ignorant entièrement Tescrime dont je vous parlais hier, je vous ai déjà dit ce que, selon moi, vous deviez ou pouviez faire; je ne m'arrête donc plus à cette hypothèse.
Aujourd'hui , les deux adversaires que nous avons l'un devant l'autre savent manier l'arme qu'ils tiennent à la main. — Les considérations que je vais envisager doivent donc forcément toucher, par différents points, à celles qui ont fait l'objet d'une de nos précédentes conversations sur l'escrime, et principalement sur l'assaut.
La seule différence est celle qui existe entre un jeu et un combat sérieux, — entre un fleuret boutonné et une pointe de fer qui tue.
En outre, — dans l'assaut, on obéit à des principes convenus à l'avance, réglés et appris, on ne cherche point à toucher son adversaire en dehors
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des règles reçues et enseignées. — Un masque est sur le visage , un plastron protège la poitrine.
Mais les fautes que Ton s'applique à éviter dans un assaut, on les cherche au contraire dans un combat, afin d'intimider le jeu de son adversaire, et d'y semer l'hésitation. — Car l'escrime,
— n'en déplaise à messieurs les professeurs,
— est peut-être la science dans laquelle les fautes peuvent, à un moment donné, tourner le plus à l'avantage de celui qui les commet. — Autrement, ce serait un livre à apprendre par cœur, plus ou moins complètement, et celui qui le saurait en entier n'aurait alors plus rien à redouter; — ce que je n'admets pas.
L'escrime ne donne point au plus habile cette omnipotence. — Croire le contraire, serait un étrange abus de confiance en soi-même et une erreur dangereuse.
Est-ce là un bon ou un mauvais côtét
A mon avis, c'est ce qui rehausse, ce qui ennoblit
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rescrime à Theure du combat : car le plus faible même trouve des moyens imprévus de salut, des hasards protecteurs, des chances heureuses qui empêchent le duel de devenir un assassinat.
Si la science des armes était exacte et mathématique, comme un problème à résoudre, quel est l'hommequi, certain de n'avoir aucnn danger à courir, et sûr de frapper son adversaire, oserait honorablement et loyalement tirer Tépée contreluiî
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Vous le voyez, messieurs, malgré moi une pensée, soudainement venue, m*a écarté du sujet que j*allais aborder; mais, en y réfléchissant bien, cette digression, qui peut vous paraître inopportune, se rattache cependant par un point essentiel ' |)i but de notre entretien.
Ainsi, en vous disant, une fois de plus, combien, en dehors de tous les calculs et de toutes les prévisions, le hasard peut faire pencher la balance
du côté opposé» vous comprendrez de quelle importance il est de s'entourer des précautions les plus minutieuses.
La méfiance dans les armes est donc un des points les plus essentiels de cet art difficile. — C'est, en d'autres termes , l'étude de l'ennemi que l'on a devant soi.
Par une méfiance prudente et raisonnée» on n'écarte pas seulement de soi les dangers; — on en crée à son adversaire.
Je vous disais avant-hier que je ne croyais pas oua? bottes secrètes^ et que ces coups, ainsi faussement dénommés, ne sont que des coup^ exécutés en dehors des règles ordinaires et généralemeq| admises. — L'inconnu est, je ne dirai pas leur seule force, mais leur seule chance. — ^Détruisez ce faux prestige ; et loin d'être dangereux pour vous.
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ces coups le deviendront, au contraire, dans une proportion terrible pour celui qui les aura tentés.
En effet, ili^ ne se divisent qu'en deux seules catégories; —• les coups d'attaque et ceux faits contre ou sur les attaques.
Ils ne peuvent s'écarter d'une certaine voie :
Soit, en attaquant, retirer subitement le bras après un premier élan, afin que l'adversaire ne rencontre que le vide dans la parade ; puis s'élancer aussitôt sui^ui, en se jetant complètement de côté, et le frapper dans le flanc. — Ou bien , après une fausse attaque, se dérober en se couchant à terre pour éviter la parade et la riposte, et atteindre dans les lignes basses l'adversaire qui ne s'attend pas évidemment à cette subite disparition du corps.
D'autres encore, en s'élançant, poussent un cri aigu, et, rejetant le bras en arrière pour fuir l'épée, profitent du mouvement involontaire d'arrêt, que
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provoque parfois ce cri sauvage et inattendu, pour atteindre n'importe où, et n'importe comment.
D*autres s'emparent de l'épée, et font une demivolte pour dégager le corps, en portant en avant le pied qui était en arrière.
Si, au contraire, c'est contre l'attaque que ces coups, irréguliers et bien près d'être illégaux, sonj tentés, ils se font alors en sens inverse.
J'attaque franchement mon adversaire; celui-ci, au lieu de chercher à parer, s^ette d'un bond de ' côté, hors la ligne. — Absence d'épée, absence de corps; je ne trouve plus rien devant moi. — Mon attaque se perd dans le vide, et mon adversaû*e m'atteint, en tendant le fer de côté.
Ou bien, s'appuyant sur une main, il se couche à terre et laisse passer par-dessus sa tête l'attaque inoffensive, tandis qu'en même temps il me frappe, toujours dans les lignes basses.
Ou bien encore, en s'emparant de l'épée, il
tourne sur lui-même, arrive ainsi subitement corps à corps, et, avant que j'aie pu soit rompre, soit me remettre en garde, m'atteint en retirant ou en cavant la main.
; Je pourrais multiplier les citations à Tinfini; 'mais vous voyez que tous ces coups procèdent, à peu de chose près, de la même manière, et ne diffèrent que par des nuances.
Il est donc facile de comprendre, sans avoir besoin de le démontrer, combien celui qui a fait appel à ces étranges tentatives se trouve livré luimême à l'épée ennemie, s'il n'a pas réussi , — car le seul danger réel de ces coups ainsi combinés consiste dans une exécution résolue et dans un élan sans réserve.