PARADES DE CONTRE
Contre de quarte. — Contre de tierce. — Cercle.
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Voilà un enseignement bien peu compliqué.
« — Mais , interrompit un des assistants , vous oubliez dans votre nomenclature un grand nombre dç coups ou de parades; car il n*est pas possible que cette série de noms et de passes différentes, qui font des livres d'escrime un grimoire souvent indéchiffrable, se réduise à une aussi simple expression.
« — Je les oublie volontairement , mon cher monsieur, très-volontairement, parce que, selon moi, ils ne servent qu'à embarrasser l'intelligence d'un élève. — Plus vous simplifierez les moyens d'action, plus vous en rendrez l'exécution facile et l'enseignement prompt.
Je l'ai dit bien souvent : ce n'est pas la dimension d*un volume qu'il faut, pour satisfaire aux
« exigences d'un traité d'escrime, mais une feuille
de papier tout au plus, et encore, remarquez que dans le nombre , pourtant si restreint , des parades, des attaques et des ripostes que je viens de vous énumérer, il y en a plusieurs que j'aurais pu retrancher logiquement, car elles ne sont que les différentes formes d'exécution d'un même coup.
Ainsi, par exemple : Vm^ deux — se composent de deux dégagements^ — l'un, exécuté dans la ligne de quarte , — l'autre dans la ligne de tierce.
Le battement tiré droit — se compose d'un battement du fer et d'un coup droit.
Le battement dégagé^ — d'un battement et d'un di^ gagement.
Le menacé coupé ^ — le menacé dégagé^ — sont également les différentes applications les plus usuelles du coup droit, ou du dégagement, les deux coups fondamentaux de l'escrime.
Le coupé lui-même est aussi, à vrai dire» une
sorte de dégagement , puisque parti du même point, il arrive au même but, et se pare par les mêmes parades; — seulement» le dégagement passe par-dessous l'épée, — le coupé par-dessus.
Le tour d'épée en quarte — est-il autre chose que le contre de quarte^ dessiné et complété ici comme attaque, tandis que, tout à l'heure, il était exécuté comme parade?
Le tour d'èpée en tierce — tient également du contre de tierce.
Vous voyez donc, qu'en fait, la multiplication des coups, loin de s'étendre à l'inGni, se réduit à une très-petite proportion.
Tout le reste, selon ma conviction, n'est qu'un dédale inutile dans lequel il faut bien se garder d'entrer.
Mon raisonnement, est je crois, facile à comprendre.
Ces attaques et ces parades parcourent les dit-
lérentes lignes par lesquelles l'épée peat nous atteindre; c'est-à-dire le dessus ^ — le dessous ^ — le dedans^ — le dehors.
L'esprit du tireur dégagé de cet imbroglio de parades et de demi-parades , voit plus clair dans ce qu'il combine, et dans ce qu*il doit combattre.
La main eUe-même reçoit le contre-coup de cette lucidité ; — eUe va droit à son but, elle n'hésite pas, elle ne s'égare pas, et double alors de rapidité et de franchisé d'exécution.
Or, n'oubliez pas que la vUesse de la main est, avec ce qu'on appelle : — le jugement en armes ^ la qualité la plus essentielle, la plus importante, la plus mdispensable.
Tenez, messieurs , puisque notre conversation roule aujourd'hui sur ce chapitre -là, mettons tout de suita en présence les trois mots qui composent la langue de l'escrime.
Le Jugement.
La Régularité.
La tiÀPwrri.
Gelni qui posséderait ces trois qualités, serait le modèle accompli du plus parfait tireur.
U jugement en armis, — Mais, au nom du ciel ! ne vous en effrayez pas, comme d'une hydre à cent têtes qui défend Feutrée du sanctuaire.
Est-ce autre chose que cette part d'intelligence que chaque individu apporte dans ce qu'il fait?— Dans toutes les conditions de la vie, depuis les plus infimes jusqu'aux plus grandes, là, où il n'y a pas intelligence, il n*y a rien.
En armes, le jugement c'est surtout la méfiance, la ruse, la prudence sage, Tinterrogation muette de l'épée, la justesse de l'appréciation par la pensée.— Or, tout cela trouve déjà un aliment par le (ait même des leçons du professeur, et votre in- IffUi gAiiAft oatorelle, venant eUe-ujéme prendre sa
part, l'expérience fera germer ces bonnes semences. — Ne vous en préoccupez pas ; la préoccupation nuit le plus souvent à la lucidité de notre esprit
Ce n'est pas sans motif que je me suis servi l'autre jour de ces mots : — l'alphabet des armes.
Les armes forment une langue par demandes et réponses. Du moment que vous en saurez les mots, vous pourrez la parler et la comprendre. — Vouloir faire de chaque chose une étude à part, c'est encore nuire à ce que je recherche par-dessus tout, — à la simplicité et à l'unité de l'enseignement.
La régularité — est aussi une qualité qui s'acquiert peu à peu par l'élude ; c'est le résultat de l'assouplissement du corps et du poignet, c'est l'union de tous les mouvements entre eux.
Mais, de même que, pour — le jugemmt en
armes, — ce résultat ne peut s'obtenir de prime abord ; il est la conséquence la plus immédiate et la plus naturelle des enseignements du maître. — Il prend sa source dans les études journalières ; sachez donc l'attirer à vous et l'attendre, comme on attend sur un arbre ce fruit que le soleil dore et mûrit graduellement. — Qu'il vienne naturellement, sans secousse, s'incrustant, pour ainsi dire, en vous.
ÉAi rapidiU, — entendons nous bien, la rapidité non-seulement de la main , mais celle des mouvements du corps, est une des grandes forces, soit comme attaque, soit comme défense, soit comme retraite. — C'est dès le commencement, selon moi , le point capital.
Aussi, je crois qu'il faut bien se garder de pousser à l'excès le mode d'enseignement qui consiste à répéter sans cesse :
€ Allez doucement, — éludiez lentement les différents coups ; — réglez votre main , — décom-
posez vos mouvements, — ne tous pressez pas; — mon Dieu ! vous irez vite assez tôU »
Certes, il est utile de régler sa main par Fexercice de la leçon au plastron, mais il n*est pas utilp de la régler lentement. — Une fois le mécanisme de chaque coup indiqué, forcez l'élève à prendre tout aussitôt l'habitude de la vitesse; — la lenteur est si commode, par la facilité qu'elle donne comme exécution, facilité dangereuse qui réagit sur le jugement et habitue l'intelligence à la paresse.
SU sous prétexte de régler la main, de décomposer les coups, vous laissez au contraire prendre des habitudes de lenteur, c'est un germe que tous n'arracherez peut-être jamais.
Quand l'enfant s'essaye à marcher, vous inquiétez-vous^ de ce que chancelant, inhabile, il pose irrésolûment ses petits pieds sur le sol ; vous le soutenez, mais vous le laissez marcher. L'enfant peu à peu prend des forces, comme l'oiseau prend desaOes.
L*élève est cet enfant. — A mesure que la science et l'expérience grandiront en lui , beaucoup de défauts disparaîtront d'eux-mêmes, ou se rectifieront plus facilement par le raisonnement.
La vitesse est une force mécanique qui ne se
raisonne pas, ne s'analyse pas, mais qui se produit.
Alimentez le feu et ne le laissez pas s'éteindre.
Croyez-vous qu'il suffise de dire à un moment donné : — c faites vite, ce que jusqu'à présent vous avez fait lentement. »»
C'est un nouvel ordre d'idées dans lequel il faut entrer. — Ce sont de nouvelles difficultés à surmonter.
Voilà, messieurs, dans leur ensemble les principes essentiels de l'escrime.
Je ne sais, si je vous ai démontré à quel point la leçon ainsi simplifiée, perd delà terreur qu'elle inspire à ceux qui, par mégarde, ont ouvert un traité d'armes, mais j'ai la conviction qu'un sem-
blable enseignement amènerait promptement de très-bons résultats.
Pour compléter ma pensée, puisque nous sommes ici entre nous, et qu'il n'y a pas de professeurs, je vais vous indiquer sommairement comment je procéderais, si j'enseignais les armes.
Je demanderais d'abord à un élève de donner pendant le premier mois, une demi-heure par jour à Texercice des armes ; puis ensuite de le continuer, trois fois par semaine.
La première leçon serait consacrée & lui démontrer par le raisonnement et la pratique l'importance capitale qui réside dans l'union et l'équilibre parfait des mouvepients entre eux.
C'est la loi fondamentale de tous les exercices du corps , qu'ils s'appellent : — équitation , natation, gymnastique ou escrime.
Je le ferais marcher en avant, — en arrière, — se développer, — se relever en conservant son aplomb.
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Cette première leçon suffit à l'intelligence la plus étroite , pour comprendre le mécanisme de ces différents mouvements qui prennent leur base dans la nature et dans l'instinct de notre propre organisation.
« — Tenez mon cher C*** ajoutai-je en me levant, vous ne vous êtes jamais occupé d'armes, je le crois du moins. —Voulez-vous me permettre de me servir de vous comme démonstration ?
« — Avec grand plaisir, mais je serai bien gauche.
u —Pendant quelques minutes peut-être, c'est la loi commune et nul n'y peut échapper.— Ainsi, placez-vous en garde. — Ce mot seul vous dit le but que vous voulez atteindre.
« Etre en garde, — vous garder, —c'est-à-dire, vous tenir prêt à l'attaque comme à la défense.
« Ployez les jarrets. — Permettez-moi une expression peut-être impropre , mais qui explique
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plus clairement ma pensée. — Asseyez-vous sur vous-même.
c Votre bras droit doit être à demi-tendu. — Comme principe général, le poignet est à la hauteur des pectoraux. — Plus tard, vous pourrez, selon le penchant instinctif de votre organisation modifier ces études élémentaires. Le point important, c*est de conserver sans roideur la liberté des mouvements, l'aplomb du corps. — Dans cette position, répée est plus à même de parcourir toutes les lignes qu'elle doit surveiller.
Je marche sur vous. — Pour vous éloigner et maintenir toujours votre distance, vous n'avez qu'à porter le pied gauche en arrière et à le faire suivre immédiatement du pied droit.
Pour avancer vers moi ; c'est la même chose, en sens inverse. —Le pied droit se porte en avant et le pied gauche le suit.
Bravo î — vous marchez comme un professeur.
Ayez soin de conserver les jarrets ployés, le corps
bien d*apIoinb, toujours prêt à la défense et à la retraite. — Si vous vous sentez une propension à rincliner, que ce soit plutôt en avant, qu'en arrière. — En portant le corps en avant, vous ne vous exposez pas davantage ; car le corps, par son inclinaison se garantit lui-même, diminue sa surface et rend les coups qui doivent le toucher, plus difficiles à pointer; — mais si vous le rejetez en arrière, vous perdez toute vitesse, soit dans Tattaque, soit dans la riposte. — Êtes-vous fatigué?
c — Non.
« —Tant mieux! cela montre que votre position est bonne, qu'il n'y a point contraction dans les muscles, et qu*elle ne paralyse aucun de vos mouvements. — Il est convenu , n'est-ce pas, que vous cherchez, en vous effaçant, à offrir le moins de prise possible à votre adversaire.
Ceci c'est la défense.
Passons à l'attaque.
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Pour attaquer; — voife vous développez, en portant vivement la jambe droite en avant et en tendant le jarret gauche, de manière à donner à votre corps toute son extension.
Que votre attaque soit simple ou composée, — les mouvements de la main et le déploiement du bras, bien que liés étroitement au développement du corps, — doivent toujours le précéder. — Si les jambes agissent avant la main, l'équilibre n*existe plus.
N'oubliez pas non plus, que la retraite doit toujours être aussi prompte que l'attaque. — Le plus grand péril de celle-ci , c'est l'abandon , car l'abandon ne laisse aucune force, aucune rapidité pour éviter le danger.
« —Mais, interrompit un des assistants, est-il donc d'une nécessité absolue, lorsque Ton est en
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garde, d'arrondir gracieusement le bras gauche, puis, en se développant, de le tendre le long de la cuisse?
« — Ne l'arrondissez pas si vous voulez. J.e n'y tiens pas absolument. — Placez-le derrière votre dos, si cela vous convient; car si vous le mettiez en avant, vous avanceriez forcément Tépaule gauche et offririez, par cela même, ^iux coups de votre adversaire une surface plus grande.
Le bras, remarquez-le, joue le rôle du balancier pour un danseur de corde ; il équilibre les mouvements et égalise le poids du corps.— Puisque vous l'avez, il faut bien le placer quelque part : réfléchissez, et vous verrez que cette position est peut-être encore la moins gênante. Elle a sa part dans l'ensemble, voilà sa seule raison d'être. — Aussi; je ne vous chicanerai pas sur ce point.
Dans l'escrime, les mouvements du corps et des membres ont une grande importance. —Tout le mécanisme des armes repose sur ceux que je viens de vous indiquer.
rai voulu les détailler et les passer devant vous à l'alambic.
Maintenant un dernier mot. — Pourquoi n-t-on choisi cette position et ces mouvements ?
Parce qu'ils sont naturels et instinctifs.
La règle, la voilà. -— Elle est basée sur l'expérience, sur la pratique, sur la vérité.
Quel but veut-on atteindre?
Dans la garde défensive, laisser aux membres leur pleine liberté d'action, — leur souplesse, — leur élasticité.
Dans l'attaque, donner au développement du corps toute sa puis^Nance.
Maintenant, essayez de changer cette position;
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tenez les jarrets tendus ; vous comprendrez bien vite vous-même la difficulté que vous éprouverez à exécuter les différents mouvements, soit d'attaque, soit de défense, soit de retraite.
Le corps perdra son aplomb, et sera eh retard ou en avance sur Faction de la main et le développement du bras.
Les jarrets sont les deux ressorts qui réagissent sur le corps et déterminent ses mouvements "les plus rapides. — A la chasse, si vous voulez franchir un fossé, vous ployez vos jarrets, pour y puiser la puissance d'élasticité dont vous avez besoin.
Si vous vous élancez à terre d'un point élevé, vous ployez également les jarrets, au moment où vos pieds touchent le sol; sans cela, vous sentiriez dans tout le corps un ébranlement terrible.
J'appuie sur ce point, pour bien vous en faire saisir la nécessité absolue, et vous mettre à même de toucher du doigt les effets et les causes. — Pour tout cela, l'instinct a été le premier guide; l'expérience n'est venue qu'après en consacrer les principes.
-•-^i5cS 64 Sczs--^ Mais j'ajoute :
Une fois que vous aurez acquis par la pratique raccord des mouvements entre eux, et compris tout ce que peut vous donner de force, à un moment donné, Taisance et la rapidité de ces mouvements, consultez votre penchant; — et, si après avoir pesé toutes les chances diverses, vous vous sentez, par la nature même de voire organisation, entraîné à modifier ces règles élémentaires de renseignement, faites-le sans crainte, mais toujours avec jugement.— La meilleure position sera celle qui vous permettra d'agir en toutç liberté et de conserver un équilibre parfait. Toutefois, n*oubliez pas que Texcès est un défaut, — dans le laid et le disgracieux surtout.
A demain, messieurs.
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