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Académie de lEspée, par Girard Thibault, d'AD?ers

MDCXXVIII.

Aujourd'hui, vous savez la valeur que Ton attache à un coup au visage, c'est-à-dire sur le masque ; — à tort encore on ne s'en préoccupe même pas. Aussi, je ne désespère point dans un jour de révolution de voir le basr ventre détrôner à son tour la poitrine. — Alors ce serait trop; aujourd'hui ce n'est pas assez. — Mais les révolutions savent-elles jamais ce qu'elles font !

Dans l'assaut, ce qu'il faut avant tout, c'est être soi-même, c'est apporter sa personnification, et ne pas croire qu'il faille réciter, page à page, le livre de ses leçons, mais bien puiser dans sa propre individualité ses inspirations.

Si quelqu'un venait me demander conseil, je lui dirais comme règle non invariable, mais au moins générale :

« Restez autant que vous le pourrez sur la dé-

fensive, en vous tenant hors de mesure pour empêcher votre adversaire de vous attaquer de pied ferme, et le contraindre de marcher à Tépée, l'action la plus dangereuse, et certainement la science la plus difficile à acquérir. — Si Ton attaque sans cesse de pied ferme, à exacte mesure, sans rompre, ni avancer par mouvements inégaux et soudains, sans chercher à surprendre, à étonner par des combinaisons imprévues; — c'est agir, selon moi, sans le moindre jugement, — c'est le contre-sens le plus étrange. »

A celui-là donc qui me demanderait conseil, je dirais encore :

1 Presque toujours, rompez en parant, ne fût-ce -que d'une demi-mesure; il y a tout avantage à le faire, et je n'y vois d'autre inconvénient que d'être le plus souvent très-désagréable à celui qui vous attaque.

< Les bénéfices, au contraire, sont nombreux.

« En rompant, je viens en aide à l'efficacité de ma parade, je double, pour ainsi dire, la vivacité de la main par la retraite du corps.

< Si Tattaque aété faite avec plus de rapidité que la parade n*a été exécutée; en rompant, je pare deux fois : — la première avec mon épée, qui cherche répée adverse ; — la seconde avec mon corps, qui, en s*éloignant , maintient la distance, et fait que le coup qui m^eût atteint,*si je fusse resté de pied ferme, n'arrive pas à ma poitrine.

c Contre les attaques simples, on atténue, en agissant ainsi, leur rapidité d'exécution.

« Contre les attaques composées , ou les feintes, on rencontre forcément la finale, et l'on oppose également par ce moyen une digue aux attaques faites en retirant le bras : car souvent, en restant de pied ferme, la main part trop tôt, et votre fer ne rencontre devant lui que le vide.

c Ce système augmente en outre la confiance du tireur en soi-même.

< Ne croyez pas qu'il nuise à la riposte; il la rend plus sûre et plus facile.

« Presque toujours, lorsque l'attaque a été franchement développée, si le tireur (ce qui arrivQ

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souvent) ne se relève pas aussitôt, les* deux corps se trouvent alors si rapprochés l'un de l'autre, qu*il est très-difficile de placer sa riposte sans raccourcir le bras, et s'exposer ainsi à une remise.

* Une parade et une riposte de pied ferme ont certainement leur mérite, je n'en disconviens pas; mais contre les tireurs de différentes et difficiles sortes que Ton peut être appelé à combattre, il faut ne l'essayer que de temps en temps et presque à coup sûr. — En faire la base systématique de son jeu, serait, selon moi, dangereux et sans raison. »

Si j'appuie, messieurs, d'une façon toute particulière sur ce point, c'est que j'ai presque toujours vu tenir en très-grand honneur la parade de pied ferme, tandis que la parade, en rompant, est regardée, le plus souvent, comme une ressource in vœtremis , dans laquelle on cherche un dernier re-

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fuge, lorsque la main manque de vitesse, ou que le jugement a faît défaut.

C'est se donner deux avantages au lieu d'un, sans perdre aucune des qualités requises, soit de beauté môme académique, soit de régularité; et je me demande pourquoi on se refuserait deux chances de sécurité, pour n'en garder qu'une seule à son service.

Donc j'intervertirais les rôles, et je dirais:

« En général et par principe, parez en rompant, soit d'une demi-mesure , soit d'une mjesure entière, selon l'élan de votre adversaire : — car je n'entends pas, par rompre, éviter un coup par une fuite perpétuelle et précipitée.

« Parez quelquefois de pied ferme, mais lorsque vous serez certain d'avoir amené cet adversaire à développer une attaque que vous attendez depuis longtemps. >

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Entre deux tireurs qui ne se sont pas entendus ou préparés à l'avance, je crois peu à un enchaînement prolongé de parades, ripostes et contre ripostes ; et pour dégager l'esprit autant que possible d'un inutile fardeau de préoccupation, — là encore, je chercherais à simplifier, plutôt qu'avarier.

Ainsi, suivez mon raisonnement, messieurs.

Si un tireur doit se préoccuper des différentes lignes dans lesquelles il peut être attaqué, sa pensée sans cesse en éveil se demande si le fer ennemi se présentera en dedans^ — en dehors^ — en dessus, — en desscms. Il faut donc pour parer utilement et avec justesse, attendre que l'attaque ait indiqué clairement son intention. — Si cette attaque est simple, si la main qui l'exécute est prompte, elle a sur vous une priorité d'élan incontestable. Quelques tireurs doués d'un tact excès-

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