ELISA BACCIOCCHI
L'histoire des princesses Bonaparte est encore à écrire^ et elle est délicate. Je le ferai peut-être un jour.
Des trois sœurs de Napoléon I", Élisa était celle qui lui ressemblait le plus physiquement et moralement. Créée princesse de Lucques et de Piombino en 1805, grande duchesse de Toscane en 1809, elle sut bien gouverner les états que lui avait confiés son frère. Sa correspondance avec celui-ci, que j'ai tirée des Archives nationales^ motivera de tout point ce jugement ; la voici :
Sire,
La cour de Rome qui s'applaudit sans doute d'avoir osé faire l'essai d'une opposition marquée à vos grandes vues libérales, eftrayée
peut-être de son isolement, a employé secrètement son influence sur les préjugés et la superstition du peuple lucquois pour propager dans mes Etats la même résistance contre l'exécution de vos ordres suprêmes.
C'est par ses instigations secrètes que les couvents et le clergé ont refusé le même jour les aumônes et la soupe qu'ils donnaient à six mille pauvres de la ville ; que des murmures se sont élevés de toute part contre le Concordat et le Code Napoléon ; que des provocateurs soldés ont osé appeler publiquement ces décrets de la raison et du génie, la loi dictée par le vainqueur à des peuples vaincus.
On voulait que j'en impose à la malveillance par l'appareil de la force armée, par l'arrivée subite de mon bataillon de Piombino ; j'ai rejeté ces conseils imprévoyants de la faiblesse ; c'est par une volonté ferme et prononcée que le pouvoir sait imprimer aux actes de son autorité la puissance et le respect qui le caractérisent.
L'arrestation des premiers missionnaires de désordre a suffi pour déjouer les projets d'un plan dont la ramification ne franchira jamais les limites de la principauté que vous m'avez donnée.
Votre Majesté aura reconnu par mes dépêches du 4 may, "par Texécution solennelle du Code Napoléon, par le décret cijoint sur la réunion des couvents, que je n'ai mis dans ma conduite ni faiblesse ni imprudence ; mais, Sire, mon zèle est enchaîné par une circonstance sur laquelle j'ai dû prendre vos ordres souverains. L'archevêque de Lucques, vieillard respectable, refuse de prêter le serment prescrit par le Concordat.
Cet exemple, s'il était connu, serait suivi par tous les curés sans exception et pourrait avoir des conséquences funestes.
J'ai rhonneur d'adresser à Votre Majesté la copie de sa lettre à mon Ministre et mes observations, elle y verra que d'après l'opinion qu'il exprime « le Concordat d'Italie n^est point un Concordat pour Lacques et qiiil ne fera rien sans le consentement du Pape, »
Cependant le décret de Votre Majesté est impératif et non conditionnel, il est connu de l'Europe entière et ne peut pas être subordonné à la sanction de la cour de Rome qui ne doit son existence temporelle qu'à votre magnanimité et le nouvel éclat de sa puissance spirituelle qu'à vos grandes vues politiques sur
rinfluence morale de la religion parmi les peuples.
Je me suis bornée dans cette circonstance difficile à employer les armes du raisonnement et de la persuasion, car j'ai craint qu'un zèle trop indiscret ne contrariât vos vues et je me suis réservé le temps de recevoir vos ordres pour les faire exécuter.
Je me recommande à la haute protection de
Votre Majesté.
Je suis, etc.
Élisa.
Lucques, 8 may 1806. ^
Sire,
La difficulté de ma positon s'accroît de jour en jour. Ce n'est plus dans Tombre, mais ouvertement que la Cour de Rome s'oppose à l'exécution de votre décret souverain du 30 mars.
Votre Majesté trouvera dans les deux brefs que je lui envoyé avec mes observations, une opposition formelle à l'application du concordat de France à Piombino et du concordat d'Italie à Lucques.
Elle y verra la défense la plus expresse à l'archevêque de prêter serment et de souffrir la
réduction ou suppression des couvents que Sa Sainteté traite de dépouillement violent et injuste; qu'elle ne souffrira pas que l'on renverse en plein calme des institutions saintes échappées à la fureur des ouragans passés.
Qu'il est temps que la puissance laïque rentre dans les bornes de son autorité et cesse de porter la main à Tencensoir.
Que des articles organiques des concordats de France et d'Italie ont détruit et bouleversé l'ouvrage même de ces concordats.
Que les puissances les plus sublimes de la terre sont obligées comme enfants de l'Église d'en respecter les lois à peine de subir un jugement très sévère.
Enfin il n'échappera pas à Votre Majesté que ces remontrances apostoliques portent le caractère d'une provocation incendiaire de la superstition des peuples contre l'autorité des souverains légitimes et que la puissance du Vatican, pour laquelle le Saint-Père annonce qu'il fera le sacrifice de sa vie, semble commander le même exemple à l'archevêque et aux habitants de Lucques dont les ruses ingénieuses ont sauvé et sauveront V Église malgré le choc des bouleversements politiques.
Déjà des régiments de milice ont refusé de
prêter serment au prince et ont osé faire partager leur coupable audace aux officiers.
J'ai ordonné leur désarmement et publié une proclamation pour annoncer la punition exem- ' plaire des coupables.
J'ai fait éloigner les plus séditieux et j'espère que ma fermeté inébranlable maintiendra la tranquillité publique.
Mais il ne m'appartient pas, Sire, de prévoir le projet de votre haute sagesse, cette provoca^ tiande la Gourde Rome se rattache sans doute Jl des plans plus vastes, à des combinaisons plus profondes.
C'est à Votre Majesté de décider si ses vues politiques pour la création et la dotation de ses duchés grands fiefs de son Empire doivent recevoir leur exécution spontanément; si les lois qui d'après sa volonté sont devenues la constitution nouvelle et fondamentale de mes États à compter du i" may peuvent être suspendues par l'autorité ecclésiastique ; et si le Pontife de Rome peut s'opposer aux décrets souverains du chef suprême de l'Empire français.
De vaines clameurs peuvent intimider des âmes vulgaires, mais les menaces du fanatisme furent toujours l'apanage de la faiblesse et je n'occuperai pas même la pensée de Votre
Majesté des dangers dont on voudrait entourer ma soumission à ses décisions.
J'attends vos ordres, Sire, et tels qu*ils soient, je les ferai exécuter avec cette fermeté et cette prudence qui seront toujours les règles invariables de ma conduite.
Je me recommande à la haute protection de
Votre Majesté.
Je suis, etc.
Elisa.
Lucques 15 may 1806.
Sire,
N'ayant point encore reçu d'instruction de Votre Majesté sur le Bref du Pape, je lui adresse mou projet de réponse à la cour de Rome.
Vos plans politiques, Sire, en matière de religion et de gouvernement pouvant être opposés à mes vues, à mes idées personnelles et surtout à mes expressions dans une circonstance si marquante, je soumets le tout à la décision de votre haute sagesse.
J'aurais pu mettre plus de réserve et de soumission dans le langage du souverain de Lucques, mais je n'ai pas dû oublier mon nom, mon rang et votre puissance.
Si vos ordres me parviennent, je les exécuterai
ponctuellement, ils seront toujours ma loi suprême.
J'adresse également à Votre Majesté un projet de concordat convenable pour ma principauté, si l'intervention du Pape était nécessaire.
Mon secrétaire d'État partait pour son exil, la voiture était attelée, Tofficier de gendarmerie l'attendait, il a imploré son pardon, reconnu ses torts et la bonté de mon cœur a désarmé ma puissance.
Je me recommande à la haute protection de Votre Majesté.
Je suis, etc. Elisa.
29 may 1806.
Sire,
J'ai reçu votre lettre du 17 may. Ma prudence et ma fermeté ont levé tous les obstacles.
Il n'avait point été fixé de jour à l'archevêque pour prêter serment et je n'ai pas voulu créer par Texigence d'une formalité inutile, un prétexte de résistance à l'exécution de votre décret du 30 mars.
La garde nationale est soumise, les curés restent dépositaires des actes de naissance.
mort et mariage, je ne renvoyé ni moine ni religieuse ; les mêmes ordres sont réunis, j'assigne des maisons pour les autres, les dépenses de mon trésor en seront à la vérité plus considérables ; mais je réduis le fanatisme au silence, le peuple est content, les préjugés respectés, l'opposition détruite, et vos ordres exécutés.
Je suis très satisfaite du Sénat, il a pour mon autorité estime, confiance, respect et dévouement. Je vous rendrai compte de la session.
Mais, Sire, sans votre générosité ce petit état serait accablé de ses charges, mon devoir est de vous le dire ; elles réduiraient le peuple à la misère et au désespoir, vous m'avez appelée pour assurer son bonheur, faites que je sois l'heureuse intermédiaire de vos bontés et de sa reconnaissante admiration.
J'ai envoyé un courrier à Turin pour assurer le départ de mes dépêches par l'estafette ; la situation de Lucques, son éloignement et les frais de poste rendront cette voye très dispendieuse ; je n'en userai qu'en cas d'urgence ou d'événement extraordinaire.
Je me recommande à la haute protection de Votre Majesté.
Je suis, etc. Éusa.
Lucques, 29 may (1806).
26o LES SECRETS DES BONAPARTE
Sire,
J'ai reçu hyer la lettre de Votre Majesté du 24 may : j'ai expédié au Saint-Père celle qui y était jointe et je n'ai point donné suite au projet que je vous avais soumis.
Le Bref du Pape à l'archevêque a été commenté par tous les théologiens qu'il a rassemblés et qui ont renouvelé leur prédication de révolte dans la ville et dans les campagnes : chaque courrier apporte des provocations incendiaires des prélats de Rome.
J'ai ordonné au ministre de Votre Majesté de se rendre auprès de l'archevêque : vos intentions seront remplies.
Les religieux sont soumis, mais je suis très mécontente du clergé séculier.
Le peuple est superstitieux, tranquille et poltron.
J'ai fait venir soixante carabiniers de Piombino pour augmenter la garde du Palais qui était nulle, cependant je suis sans aucune inquiétude.
Le projet était de désorganiser toute Tadministration ; déjà les premiers fonctionnaires et les administrateurs donnaient leur démission, le secrétaiTe d'État avait osé refuser de
contresigner les décrets du prince, et les prêtres promettaient à ces fanatiques les palmes du martyre.
L'exil et la prison auraient suffi pour calmer leur ferveur exaltée, mais j'ai instruit Votre Majesté par mes dépêches du 29 may de leur repentir et de la grâce que j'ai accordée ; j'ai fait assez pour l'exemple.
Je me recommande à la haute protection de
Votre Majesté.
Je suis^ etc.
Élisa.
3 juin (1806).
Sire,
J'étais hyer tourmentée par la fièvre quand j'écrivais à Votre Majesté ; je suis mieux aujourd'hui et le travail me fatigue moins.
L'archevêque est entièrement soumis, j'ai exigé une profession de foi publique et le mandement, dont je vous adresse un exemplaire, a suffi pour calmer les consciences et changer en soumission la résistance du clergé séculier.
Le projet qui m'avait été soumis ne contenait que des abstractions et des discussions théologiques; j'ai exigé des paroles claires,
précises, et après trois commuations (sic) inutiles qui n'amenaient aucun résultat, j'ai dicté moi-même le mandement auquel l'archevêque n'a changé que des expressions qui ont pu défigurer le style sans altérer le fond.
Mes dispositions, ma fermeté et le langage de la raison, ont assuré l'exécution de vos ordres, c'est ainsi que la révolution la plus étonnante à cause des préjugés et du fanatisme, s'est opérée sans me laisser le chagrin ou le regret d'avoir usé de sévérité.
Si Votre Majesté avait la bonté de mettre à ma disposition six décorations de la Légion d'honneur, ce serait pour moi un grand moyen d'administration, car c'est par l'estime et la récompense publique des souverains qu'ils honorent, encouragent et développent le dévouement, l'activité et les talents de leurs sujets.
Les couvents sont réunis, le domaine prend possession des biens, les nouvelles administrations s'organisent ; les impôts se perçoivent. Le Sénat a approuvé toutes mes lois et la tranquillité la plus parfaite règne dans ma principauté.
J'enverrai à Votre Majesté un état des biens disponibles, j'ai conservé les propriétés dç
quatre couvents qui ne sont point supprimés, ce qui enlève des ressources à mon trésor.
Si la dette publique, les pensions et les charges imposées à mes États n'étaient pas diminuées, elles absorberaient plus de la moitié des revenus, et jamais en France sous le règne de vos prédécesseurs la dette n'excéda le quart et sous votre Empire elle est à peine le sixième des produits.
Les Lucquois seraient réduits à la misère la plus profonde, et Votre Majesté en me confiant le bonheur de ce peuple, dont je m'occupe exclusivement, m'a imposé une tâche bien difficile que je remplirai avec un dévouement sans bornes ; je prie donc Votre Majesté de ne voir dans mon importunité que ma confiance dans ses bontés et le sentiment de mon devoir.
Je me recommande à la haute protection de
Votre Majesté.
Je suis, etc.
Élisa.
7 juin (1806).
Sire,
J'annonce avec plaisir à votre Majesté que tout est parfaitement tranquille dans la Principauté. La correspondance est toujours très
active avec Rome, mais les esprits sont moins agités. Les dernières lettres adressées à Tarchevéque sont du cardinal Casoni, elles ne contiennent que des lamentations et des exhortations à soutenir les droits de l'Eglise.
Je n'ai pas à me louer du nonce du pape à Florence, Morozzo, et j'ai tout lieu de croire qu'il a beaucoup contribué par ses écrits et ses insinuations à aigrir les esprits. Un dominicain qui s'était adressé à Rome pour obtenir de quitter l'habit religieux a reçu pour réponse que le Saint-Père est scandalisé de voir le grand nombre de moines qui font la même demande, et que l'on ne peut l'accorder que sur de graves motifs.
Le II, je compte partir pour les bains, où il y aura cette année, à ce qu'il paraît, une grande affluence d'étrangers, on en compte déjà 81, et beaucoup d'autres sont annoncés ; parmi ces derniers on nomme le cardinal Consalvi. Si Votre Majesté a des ordres particuliers à me donner. Elle peut compter que mon premier devoir sera toujours de lui obéir. Je ne reviendrai à Lucques que pour y célébrer la fête de Votre Majesté ; je compte ce jour-là faire bénir les drapeaux de la garde nationale et les distribuer aux 17 régiments, je voudrais leur donner
Tesprit militaire, mais ce peuplé est né agriculteur, et comme tous les Italiens, son caractère est dégénéré ; je puis cependant vous assurer, sire, qu'ils partageront mon amour et ma reconnaissance pour Votre Majesté.
Je me recommande à la haute protection de Votre Majesté.
Je suis, etc.
Élisa. Lucques, le 9 juillet (1806).
Sire,
J'ose appeler l'attention de Votre Majesté sur un des objets qui intéressent le plus la prospérité de sa bonne ville de Florence.
Votre Majesté sait de quelle réputation ont joui longtemps les travaux en laine de cette cité : cette branche de commerce quoique moins florissante, s'y soutient encore et attend tout de votre Auguste Règne.
A Florence et dans ses environs, de beaux établissements publics existent dès longtemps consacrés à cette industrie. Dès l'origine, ils eurent pour dotation affectée à leur entretien :
1° Des biens-fonds annexés à ces édifices ;
2° Une rente de 640 écus toscans (3,763 francs 20 c);
3° Un capital de Luoglii di Monte s'élevant à io,io6 écus de Toscane (59,423 fr. 28 ç.).
La propriété de cette dotation appartint d*abord à l'atelier des laines ; par suite de la suppression de cet atelier, le Grand Duc Léopold en confia la gestion à la chambre de commerce de Florence. Enfin, cette chambre ayant été aussi supprimée, le même souverain par rescrit du 5 octobre 1782 en donna Tadministration à \ Opéra del Duomo et par contrat du 13 décembre même année, il fut établi que le produit en serait spécialement affecté à l'entretien des établissements dont il a été parlé.
De cet exposé il résulte que cette dotation a toujours eu la même destination, qu'elle a seulement changé de main pour son administration, mais que ses revenus n'ont cessé d'être consacrés à la conservation des mêmes établissements.
Il paraît que Y Opéra del Duomo a négligé l'entretien dont il était chargé et que de cette négligence ont résulté et résultent encore de grands dommages.
La chambre de commerce de Florence qui a été rétablie demande à rentrer dans l'administration dont elle ne fut privée en 1782 que par le seul fait de sa suppression.
La demande que j'ai l'honneur de transmettre à Votre Majesté rappelle des droits réels, mais elle est surtout fondée en utilité. En effet, qui mieux que cette chambre peut employer les revenus de cette dotation au plus grand avantage d'établissements consacrés à une branche d'industrie aussi importante ?
Sire, j'ai cru que j'entrerais dans les vues de Votre Majesté en devenant auprès d'EUe l'organe du commerce de Florence.
Ci-joint la pétition et les pièces à Tappui, ci-joint aussi un projet de décret que j'ai l'honneur de soumettre à V. M. dans le cas où oii Elle daigne accueillir favorablement la demande qui en est l'objet.
Je me recommande à la haute protection de Votre Majesté.
Je suis avec un très profond respect.
Sire,
De Votre Majesté Impériale et Royale La plus dévouée et soumise sœur
TÉlisa.
Florence le 12 septembre 180^.
{En tête est écrit : Renvoyé à M. Maret par ordre de V Empereur , pour faire un rapport, Schœnhrunn le 23 septembre i8op.)
Sire,
J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté que deux établissements existants à Sienne et à Florence et connus sous le nom à' A rchives générales des contrats étaient destitinés à la conservation des actes passés par devant notaires. La création en est due à Cosme I". Elle remonte à l'année 1569.
Les règlements qui les ont institués et dirigés furent dictés par la prévoyance la plus éclairée, et ces établissements ont conservé jusqu'à présent un ordre digne des plus grands éloges.
La Junte en organisant le notariat en Toscane reconnut qu'il était de la plus haute importance pour la fortune des particuliers de respecter les Archives. Elle prépara un travail pour en consolider l'institution et la mettre en harmonie avec les princiqes de la législation française. Mais le projet de la Junte n'a produit aucun résultat.
J'ai dû porter mes regards sur des établissements d'une aussi grande utilité ; votre ministre
delà Justice a désiré connaître mes vues sur les moyens de les conserver. J'ai, en conséquence, ordonné de nouveaux travaux, je les ai tous examinés, tous ont été discutés avec l'attention qu'exige une matière aussi délicate.
J'ai l'honneur de soumettre à Votre Majesté un projet de décret et un rapport qui en développe les motifs. Il consacre la conservation des Archives de Florence et de Sienne, et me paraît la concilier avec les lois relatives aux obligations des notaires.
Je supplie Votre Majesté de s'en faire rendre compte. Si elle daigne y donner son approbation, ses sujets de Toscane lui devront un nouveau bienfait auquel ils attacjient le plus haut degré d'intérêt.
Je me recommande à la haute protection de
Votre Majesté.
Je suis, etc.
Élisa.
Florence le 14 septembre 1809.
(En tête est écrit : Renvoyé par ordre de V Empereur à M. Maret pour faire un rapport. Schœnbrtmn le 2) septembre i8op.)
Sire,
J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Majesté la mort du vieil archevêque de Florence : il est
urgent de pourvoir à cette vacance et il serait bien important que V. M. daignât y nommer un prélat français dévoué à son auguste personne.
Je ne puis dissimuler que le clergé Toscan a grand besoin d une meilleure impulsion et de meilleurs exemples. Un de ses prélats actuels qu'on nommerait à cet archevêché ne pourrait produire cette sorte de régénération et il serait surtout dangereux d y appeler l'archevêque de Pise qui est actuellement à Paris et qui pourrait faire des démarches pour obtenir ce siège vacant. Cet archevêque, le sieur Alliata, est estimé et mérite de l'être par ses qualités religieuses, mais ses principes politiques sont peu conformes au véritable intérêt de vos sujets du Grand-Duché. Peut-être son séjour à Paris, où moi-même j'ai demandé qu on l'appelât, l'aurat-il guéri de ses erreurs, mais je ne crois pas qu'il fût sage de le remployer en Toscane.
J'ai cru. Sire, qu'il était de mon devoir de mettre sans retard sous les yeux de V. M. ces faits et ces observations.
Je me me recommande à la haute protection
de Votre Majesté.
Je suis, etc.
Elisa.
Pise, le 2 janvier i8io.
VER HUELL (i)
Charles-Henri, vice-amiral, comte Ver Huell, naquit à Dœtinchem (Hollande) le 1 1 février 1764, mourut à Paris le 25 octobre 1845, fut créé pair de France le 5 mars 1819, ministre à Berlin du 3 mars au 9 mai 1831. On trouvera une lithographie le représentant, en tête de sa V/>, parJ.-H. Grandpierre, 1845, in-8°. Il a épousé, le 22 février 1789, Marie-Jeanne de Bruyn, née à Dœtinchem le 6 octobre 1764. Il en a eu trois fils, dont l'un, mort à Paris le 20 avril 1810, est au Père-Lachaise. D'autre
(1) Consulter: 1* Brieven en Bescheiden 1813-1814. Bijdrage vau W. A. G. de Jonge, S' Gravenhage, 1881, in-8" (B. N., in-8', M 5802). Certains documents sont en français; 2* Généalogie de la Famille Ver Huell ^ par A. -A. Vorsterman van Oyen et G.-H. Honig, S' Gravenhage, ^887, in-18 (B. N., in-8% M 2874), en hollandais.
part, une ordonnnance royale du i" juillet 1842 porte que «Charles-Henri -Joseph Rougeot, né à Paris le 4 juillet 1820, est autorisé à substituer à son nom patronymique celui de Ver Huell. » (Sur les rapports de la reine Hortense avec Ver Huell, voir un très curieux extrait des Mémoires de Drouet, cité par M. Pougin dans la Chronique musicale^ IV, 199.)
Voici cinq lettres inédites de lui, sa déclaration à la Chambre des pairs et le décret de Napoléon i*"" qui le crée comte. Je demande grâce pour la langue de Ver Huell, que j'ai scrupuleusement respectée :
Ostende, le 17 fructidor 1804 {sic),
A Sa Majesté V Empereur des Français.
Sire^
Guidé par le plus sincer {sic) dévouement à Votre Majesté et par un véritable attachement aux intérêts de ma patrie, j'ai cru devoir soumettre de nouveau à Votre Majesté la situation dans laquelle se trouve la Hollande par rapport à son gouverneur, et supplie Votre Majesté d'avoir la générosité d'y porter un moment ces regard (sic).
Le conseil d'État, où est concentré le pouvoir exécutif, est composé de douze membre.
choisi, pour la majeure partie, dans la première classe des citoyens, tant du partie appelle Patriotte que des Orangistes. La plus grande partie de ces douze membre pourraient être bon et utiles, si ils étaient bien diriger. Actuellement ce n'en est malheureusement point ainsi^ puisqu'ils se laissent conduire par une poignée d'intriguant.
Le conseil précité est subdivisé en quatre sections consistant en 3 membres pour la marine et les colonies, 3 pour l'armée de terre, 3 pour les finance et trois pour les affaires de rintérieur.
Dans le principe, les différente divisions ont eu assez d'occupation pour régler chacune leurs affaire, mais cela n'a duré que momentanément et les 3/4 des membres du gouvernement n'ont rien à faire à présent, et ont laissé la direction des affaires à ceux qui ont cherché à s'en emparer. Ce devaient être naturellement ceux qui pendant la Révolution avait déjà été dans le gouvernement, et les affaires sont traité d'après le dévouement ou plus tôt les sentiments de ceux-ci.
De là la section de la marine et des colonies est tombé au pouvoir d'un homme qui s'est évidemment trompé dans le choix du gouverneur de Surinam, ainsi que dans les moyens de
défense dans nos possessions aux Indes Orientales que par les instructions ou imense {sîc)^ ou insuffisante donner aux officiers commandant les forces navales de la République dans rinde, est cause que les coups les plus sensible qui eussent pu être porter à Tennemi dans les mers ont été manquer, et qui enfin sous le masque du patriotisme facilite les vues de Tennemi.
Il est de même de la direction des finances mise dans les mains des hommes qui ne connaisse pas cette partie, ou qui se laisse séduire par Tapas des gains ; que toutes les mesures finantielles {sic) deviennent toujours un nouvel objet d'agiotage qui finissent toujours par nuire infiniment aux habitans, et font d'ailleurs manquer le but principal. J'ose assurer Votre Majesté que les deux directions essentielles d'où dépendent et le bien être et l'existence de la République sont mal diriger.
Les abus qui se commettent, d'ailleurs, prennent pour la plus grande partie leur source dans la faiblesse et la timidité du pouvoir exécutif. Ceux qui ne sont ni dévoué à Votre Majesté, ni à la Hollande savent tirer un parti infini de ces défaut éminent dans un gouvernement et ne manquent point d'entretenir auprès
de ces hommes faibles Tinfluence de l'Angleterre, qui ne perd point l'occasion de promettre sa protection trompeuse à tout ce qui s'entreprendra contre l'ordre de chose actuel. L'on fait surtout croire aux Hollandais, qui ne souhaite que le retour du commerce, que la neutralité eût été pour eux le plus grand des biens.
Et comme il est aisé d'éconduire du bon chemin des hommes qui n'ont point assez d'énergie pour se conduire eux-méme, les ministres étrangers savent surtout faire usage de cette facilité, et je me tiens assuré qu'une partie de ceux-ci font infiniment du tort à ces hommes faibles.
Je compte parmi le nombre comme le plus dangereux l'envoyé russe, le comte de Stakelberg et le ministre de Prusse, baron de Cœsar qui, se faisant des bénéfices sur les papiers anglais • qui circule en Hollande, établissent une politique aussi inconsecante que punisable, ce qui serait de peu d'importance sous un gouvernement fort et réglé, mais cela devient très nuisible en Hollande, à présent que cela entretient l'esprit de parti , fait diminuer l'amour et la considération qu'on porte à Votre Majesté, et nourrit l'espoir perfide de
renouveler les relations avec l'Angleterre et les fait enfin supporter les frais de cette guerre avec une extrême répugnance.
De même^ un envoyé du prince d'Orange pour traiter des indemnisations de cette maison n'a pas laissé que de faire beaucoup de mal, d'autant plus que l'on a fait croire aux habitans que cette maison était protégée par Votre Majesté , bruit qu'on n'a pas manqué de répandre dans le public.
J'ose, d'ailleurs, assurer Votre Majesté que les 4/5 des habitants de la Batavie sont ennemis des Anglais et qu'il ne faut qu'un gouvernement énergique pour prouver ceci d'une nianière évidente.
Le gouvernement pour lequel penche le plus le fort de la nation est celui qui accorderait quelque pouvoir aux administrations départementale et municipale pour régler par euxmêmes la régie de leurs finances, afin de faire supporter avec plus d'égalité la portion que chacun doit payer dans les dettes et les impôts selon la richesse des habitants et du sol qu'ils habitent.
Sans me permettre de vouloir m'immiscer dans ce que Votre Majesté a décidé à Tégard de la Hollande, il est constant qu'elle se trouve
dans une crise qui exige de la tirer (s/V), si elle doit rester utile à Votre Majesté, et que des émigrations trop fréquentes ne le perdront pas totalement. Le gouvernement qu'il plaira à Votre Majesté d'établir sera toujours mieux, conduit par un président nommé p.our un certain nombre d'années, qui aura un conseil à stimuler, composé d'un membre de chacun des 8 département et de deux de la Hollande comme le plus fort. Cette forme de gouvernement étant celle qui coïncide le plus avec celle qu'eut autrefois la Hollande, sera le plus agréable à la République, et attachera irrévocablement tous les cœurs à Votre Majesté, surtout si le gouvernement est choisi parmi les hommes probes et modérés des deux partis, car toute division est essentiellement nuisible à la prospérité de la Hollande. L'union peut seule lui faire aspirer à sa force première. Je supplie Votre Majesté par ces raisons, d'accorder sa
haute protection à ma Patrie.
, . , . ^ . , , Ver Huell.
[Archives nationales,)
A Sa Majesté l'Empereur des Français^ Roi d'Italie.
Sire, J'ai Thonneur de rendre compte à Votre
Majesté que, après avoir organisé les équipages de la flotille batave selon les ordres de Votre Majesté et avoir réglé la marche pour se rendre à Boulogne, je me suis rendu à La Haye pour prendre possession de mon poste comme ministre de la marine batave, ce que j'ai fait aujourd'hui. .
Je tâcherai de ce moment d'employer tous mes moyens pour remonter la marine comme unique source de notre existence, le plus que possible.
Qu'il me soit en même tems permis de faire connaître à Votre Majesté que l'état de défence de la Hollande se trouve dans ce moment si [sic) dans une situation extrêmement faible, et les rapports qu'on a ici de l'Angleterre annonce qu'on prépare un embarquement de troupes aux Dunes et, comme l'espèce des bâtiments qu'on emploie pour cet embarquement n'annonce pas une expédition lointaine, il est à supposer qu'on se propose de la diriger contre la Zélande ou la Hollande.
Pour cet eflet nous tâcherons de faire concentrer le peu de troupes qu'il nous reste dans ces deux départements pour être en état de nous opposer à une attaque quelconque qu'il serait possible d'entamer.
J*ai rhonneur de me recommander dans la haute protection de Votre Majesté, et d'être avec le plus profond respect et le plus inviolable dévouement, Sire^
de Votre Majesté le très humble et très obéissant serviteur,
Le vice-amiral, ministre de la marine bat ave,
Ver Huell.
La Haye, le 17 septembre 1805.
[Arch ives n a tiona les . )
La Haye, le 26 octobre.
A . Sa Majesté VEmpereur des Français et Roy d'Italie,
Sire, Profitant de la liberté que Votre Majesté a daigné me donner de m'adresser dans les cas pressant au Prince connétable de la France [Louis), j'ai donné connaissance à Son Altesse de la presque certitude que les troupes russes et suédoises débarquées à Stralsund sont 'en marche et se dirigent sur cette République et la supplie de tenir les renforts destinés pour la Hollande prêts à marcher en cas que ces mouvements des troupes ennemies se réalisent.
28o LES SECRETS DES BONAPARTE
Le courrier qui nous apportait cette nouvelle est parti le 20 octobre dernier. L'envoi des courriers du ministre anglais Jakson était fréquent et on avait des indications vraisemblables que rembarquement qui s'est préparé dans les Dunes serait en combinaison avec les opérations de ladite armée russe et suédoise qu'on peut monter {sic) à environ trente mille hommes.
Si véritablement le Roy de Prusse pouvait faciliter le passage de cette horde barbare, il ne nous restera, Sire, que de concentrer nos forces autant que possible et de nous défendre jusqu'à l'extrémité, jusqu'à ce que la main magnanime de Votre Majesté nous tirera de cet embarras.
On redouble l'activité pour mettre Amsterdam dans l'état de défense, et je prendrai toutes les mesures possibles qui du côté des ports de Hollande nous seront certains (s/'r). Notre garde nationale n'est malheureusement pas encore formée et il sera difficile d'en faire quelque chose de bon en si peu de tems.
Les étonnants et immémorables succès que les armées victorieuses de Votre Majesté viennent de remporter nous donnent cependant l'espérance qu'elles confondront les plans
perfides de Tennemi, et que le Dieu des armées qui est visiblement le génie céleste, qui dirige toutes les marches de Votre Majesté pour donner la liberté à TEurope, nous défendra aussi contre le terrible coup que l'Angleterre paraît nous avoir réservé.
Le Grand Pensionnaire est dans la même situation. Je supplie Votre Majesté de croire à mon inviolable dévouement et de la vénération et le plus profond respect avec laquelle j'ai Fhonneur d'être et de me permettre de recommander ma Patrie et ma Personne dans la haute et magnanime protection de Votre Majesté,
Sire, de Votre Majesté le très humble
et très obéissant serviteur.
Le vice-amiral et minisire
de la marine j
Ver Huell.
{A rch ives nationales . )
A S 071 Excellence Monseigneur le Ministre des Affaires étrangères.
Monsieur le Duc, Le Roi mon maître, désirant de soulager le sort d'un grand nombre de prisonniers hollandais qui se trouvent en Angleterre , est
d'intenlion d'envoyer un agent pour traiter leur échange sur le cartel existant entre la Hollande et l'Angleterre. Mais ne voulant rien faire en ceci qu'avec le plein aveu de Sa Majesté l'Empereur, le Roi m'a chargé, Monsieur le Duc, de prier Votre Excellence de mettre ces intentions sous les yeux de Sa Majesté Impériale.
Cet agent pourrait être chargé en même tems de sonder Tesprit du gouvernement anglais sur ses idées de la guerre actuelle et de ses dispositions pour entamer des négociations de paix.
Je prie, etc.
V ambassadeur de Hollande,
Ver Huell.
Paris, le ii janvier 1810.
[Archives nationales,)
Au Miiiistre des Affaires étrangères.
Monsieur le Duc,
C'est avec la plus vive peine que le Roy, mon maître, vient d'apprendre le nouveau sujet de mécontentement que Sa Majesté l'Empereur a trouvé dans les deux lettres écrites à son conseil d'Etat et au Corps législatif et qui se trouvent insérées dans le journal officiel
hollandais du i" de ce mois. Pour peu que le Roi eût pu prévoir l'effet que ces deux pièces paraissent avoir fait sur l'esprit de Son Très Auguste Frère, certainement Sa Majesté n'aurait pas hésité un seul instant de s'abstenir à les écrire et à les faire publier; mais le but du Roi a été simplement de détourner tant soit peu par celle au Corps législatif l'impression que pouvait avoir sur les habitants le reproche contre eux dans le Af^«/V^/^r du 31 janvier et de préparer par celle au Conseil d'État la nation aux grandes surprises qu'elle devra subir par la cession d'une partie si importante de territoire que celle dont il s'agit dans le traité à souscrire.
Le Roi espère que cette déclaration franche et loyale détournera dans l'esprit de Sa Majesté Impériale l'impression défavorable que la première lecture des deux pièces dont il s'agit a pu faire, d'autant plus que Sa Majesté ose garantir à Son Très Auguste Frère qu'elle mettra tous ses soins, non seulement à éviter tout ce qui pourrait à Tavenir lui donner le moindre sujet de mécontentement, mais encore à rechercher tout ce qui pourra lui être agréable et conforme à ses intentions.
En priant Votre Excellence de mettre le
contenu de celle-ci sous les yeux de Sa Majesté FEmpereur, je lui prie d'agréer, etc.
L'ambassadeur de Hollande^
Ver Huell.
Paris, le 9 mars 1810.
(Archives nationales,)
Cette lettre comble une lacune du livre si intéressant du baron Du Casse, Les Rois Frères de Napoléon /«', 1883, in-8, p. 137.
Déclaration A signer par MM, les Pairs,
Je soussigné, Pair de France, déclare, pour l'expédition de mes Lettres de Pairie,
1° Que je suis né à Dœtinchem, duché de Gueldre, royaume des Pays-Bas, le 11 février 1764,
2° Que j'ai pour prénoms Charles-Henry,
3° Que mes qualités actuelles sont les suivantes :
Vice-Amiral, Grand officier Inspecteur général des côtes de la mer du Nord, Grand cordon de l'ordre royal de la Légion d'honneur, chevalier de Tordre royal du Mérite, ancien
maréchal d'Hollande, ancien ministre de la marine et ancien ambassadeur.
Le Comte Ver Huell.
A Paris, le i8 mai 1822.
{A rchlves nationales,)
Napoléon, par la grâce de Dieu, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération suisse,
A tous présens et à v.enir, salut :
Par l'article treize du premier statut du premier mars mil huit cent huit. Nous nous sommes réservé la faculté d'accorder les titres que nous jugerions convenables à ceux de nos sujets qui se seront distingués par des services rendus à FEtat et à Nous. La connaissance que nous avons du zèle et de la fidélité que notre cher et amé le sieur Verhuele(s/V) a manifestés pour notre service, nous a déterminé à faire usage en sa faveur de cette disposition. Dans cette vue, nous avons, par notre décret du dixhuit janvier mil huit cent onze, nommé notre cher et amé le sieur Verhuele comte de notre Empire.
En conséquence, et en vertu de ce décret, ledit sieur Verhuele s'étant retiré par-devant
notre cousin le prince Archichancelier de l'Empire, à Tefifet d'obtenir de notre grâce les lettres patentes qui lui sont nécessaires pour jouir de son titre, nous avons, par ces présentes, signées de notre main, conféré et conférons à notre cher et amé le sieur Charles- Henry Verhuele, vice-amiral, grand aigle de la Légion d'honneur, grand cordon de Tordre de rUnion, né à Doëlinchem, département de TYssel supérieur, le titre de comte de notre Empire,
Ledit titre sera transmissible à sa descendance directe, légitime, naturelle ou adoptive, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, après qu'il se sera conformé aux dispositions contenues à l'article six de notre premier statut du premier mars mil huit cent huit.
Permettons audit sieur Verhuele de se dire et qualifier comte de notre Empire dans tous les actes et contrats, tant en jugement que dehors ; voulons qu'il soit reconnu par-tout en ladite qualité, qu'il jouisse des honneurs attachés à ce titre, après qu'il aura prêté le serment prescrit en l'article trente-sept de notre second statut, devant celui ou ceux par nous délégués à cet effet; qu'il puisse porter en tous lieux les armoiries telles qu'elles sont figurées
aux présentes : Écartelé au premier de gueules à l'ancre en pal d'argent ; au deuxième d'azur à trois crampons d'argent; au troisième d'or à la barre de sable chargée de trois vannets d'argent; au quatrième d'or à trois anneaux de bouclier, de sable franc, quartier des Comtes tirés de l'armée brochant au neuvième de Técu et pour livrées rouge, bleu, jaune, noir.
Chargeons notre cousin le prince Archichancelier de l'Empire de donner communication des présentes au Sénat, et de les faire transcrire sur ses registres; car tel est notre bon plaisir : et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, notre cousin le prince Archichancelier de TEmpire y a fait apposer, par nos ordres, notre grand sceau, en présence du Conseil du sceau des titres.
Donné à Caen, le vingt-cinquième jour du mois de mai de Tan de grâce mil huit cent onze.
Signé : Napoléon.
Scellé le trente et un mai mil huit cent onze.
Le Prince A rchichancelier de V Empire, Signé : Cambacérès.
[Archives nationales.)
21 février 1816.
Le sieur Duchamp, né à Grenoble, avait conservé des relations avec Pauline Bonaparte (Borghèse). La police avait intercepté à Lyon une lettre qu'elle lui écrivait de Lucques le 2 août, portant que sa tendresse était à V épreuve du malheur,
« Sa tendresse était à Tépreuve dumalheur. »
Elle en disait autant à tous ses amants : « Il faut me rendre amour pour amour », écrivaitelle jadis à Forbin. {Catalogue Morrisson, Bibliothèque nationale^ réserve^, Q.. n, tomei.)
Après la publication du Cabinet noir par le comte romain d'Hérisson, il n'est plus permis de douter que Napoléon I" ait été l'amant de Pauline ; on savait déjà par les Mémoires du valet de chambre Constant qu'il passait pour le père du premier fils de la reine Hortense, mort jeune ; le roi Louis le croyait fermement.