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VILLE DE PARIS. — 2® MAIRIE. — ÉTAT CIVIL

DENUEL ^reg. n**' 28-216)

Extrait dti registre des actes de naissance de Van 1806

Du lundi 15 décembTe 1806, acte de naissance de Léon, du sexe masculin, né le 13 de ce mois, à deux heures du matin, rue de la Victoire, n<> 29, division du Mont-Blanc, fils de demoiselle Eléonore Denuel, rentière, âgée de vingt ans, et de père absent. Les témoins ont été MM. Jacques-René-Marie Aymé, officiertrésorier de la Légion d'honneur, demeurant rue Saint-Georges, n** 24 ; et Guillaume Andral, docteur en médecine et médecin de l'hôtel des Invalides, y demeurant ; sur la réquisition de M. Pierre Marchais, accoucheur, demeurant rue desFossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, n°29, lequel a signé avec les témoins susnommés, et avec nous, Louis Picard, adjoint au maire, qui

avons dressé le présent acte de naissance après lecture faite.

Signé : Marchais, Aymé, Andral et Picard.

Délivré par nous, maire, conforme à l'original, le i6 novembre 1815.

Signé : BoiLEAu.

Vu au Secrétariat. Signé : Mauriceau.

Sur le premier mari de la mère du comte

Léon^ voici un rapport de la sûreté générale

(Archives nationales F. 7 3,757), postérieur

seulement de quelques mois à la naissance du

comte Léon.

20 juin 1807.

Reveî

natif de Grasse (Var), ex-quartier-maître du

15® régiment de dragons.

Il a été détenu pendant plusieurs mois dans la prison de Dourdan pour faux.

Il y avait composé un mémoire dans lequel^ parmi des tracasseries domestiques, il avait mêlé d'une manière très inconvenante le nom de Leurs Altesses Impériales le Grand-Duc et la Grande-Duchesse de Berg. Cet homme d'une imagination exaltée menaçait hautement de faire imprimer cet écrit repréhensible. Arrêté pour ce dernier fait à Etampes et transféré à la

préfecture de police, il a été renfermé à la Force jusqu'à nouvel ordre. (Bulletin du 6 février.)

La détention qu'il vient d'éprouver parait avoir calmé l'effervescence de son cerveau ; il sollicite avec instance la faculté de se retirer à Tours.

Accordé à la charge par lui de partir dans les vingt-quatre heures pour cette ville, où il sera soumis à la surveillance des autorités locales.

Napoléon n'avait eu qu'un caprice pour la mère de Léon ; une rente de 22,000 francs constituée au nom de cet Henry, que nous avons déjà vu, lui fut donnée par contrat reçu le 4 février 1808 devant M« Joussaud, notaire à Paris. Le même jour elle se remariait au lieutenant d'infanterie Pierre-Philippe Augier, qui mourut capitaine au 7® de cuirassiers en 18 12, à l'hôpital de Marienbourg, pendant la campagne de Russie. Elle se remaria de nouveau en 18 14 à Charles- Auguste-Emile, comte de Luxbourg, major au service de Bavière, ministre de Bavière à Paris en 1840 ; elle est morte le 30 janvier 1868, à Paris, boulevard Malesherbes, n° 20.

S'il oublia la mère, Napoléon n'oublia pas l'enfant : il le faisait venir de temps en temps. C'est à cette occasion que fut écrit le billet suivant (1810), adressé à Mnie Loire, auquel il avait été confié :

« La reine de Naples, madame, me charge de vous prier de venir demain, à une heure de l'après-midi, avec l'enfant, et de passer par la grille du jardin. Vous aurez la complaisance de rester dans le boudoir d'argent.

« Agréez, Madame, je vous prie^ mes compliments. »

J. Michel.

« Vendredi matin. »

Pour pouvoir constituer à Léon une fortune indépendante de sa mère et de Revel, on fit dresser l'acte suivant :

L'an 1812, le mercredi 25 mars, avant midi.

En notre hôtel et par-devant nous Jean-Thomas Dufresne, ancien avocat, juge de paix du deuxième arrondissement de Paris, département de la Seine, assisté de M. Joseph Prague, greffier de ladite justice de paix.

Est comparu M. Joseph-Ignace Mathieu, baron de Mauvières, et membre du collège électoral du département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n<'33i.

Lequel nous a exposé qu'un enfant de sexe masculin, né en cette ville et sur notre arrondissement, rue de la Victoire, n° 29, le 13 décembre 1806, de la demoiselle Éléonore Denuelle et de père absent et inconnu, a été inscrit sur les registres de Tétat civil du tnême arrondissement, le 15 du même mois, sous le nom de Léon.

Que ce mineur est maintenant en pension, et quune personne également inconnue, après Vy avoir placé, a frayé jusqu à présent à toutes ses dépenses ;

Que le comparant a été appelé par diverses circonstances à porter lui-même intérêt à cet enfant ;

Qu'il a connaissance que des revenus, au moins suffisant à son éducation, doivent lui être incessamment assurés ;

Que de là paraît naître la nécessité (en l'absence de la mère et même dans le doute où Von est sur son existence^ comme aussi dans V ignorance où Vacte de Vétat civil ci-devant énoncé a laissé relativement au père) de donner à cet enfant un tuteur qui puisse recevoir ses revenus s'il lui en advient en effet, et un subrogé tuteur qui puisse veiller à ses intérêts, s'ils étaient jamais en opposition avec ceux du tuteur ;

Que, dans cette intention, il a convoqué devant nous, sur notre indication verbale, les amis ci-après nommés dudit mineur, à défaut d'aucun parent connu ;

Et a signé sur ce, en pareil endroit de la minute des présentes, Mathieu, baron de Mauvières.

En effet étaient présens et sont intervenus :

Premièrement, M. Frédéric-Pierre Lecordier, maire du premier arrondissement de Paris, et officier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n'* 337 ;

Deuxièmement, M. Denis-Charles-François Bonnomet, membre du conseil général du département de la Seine et du collège électoral du département de Paris, administrateur de tontine, notaire honoraire et avocat près la cour royale, demeurant à Paris, rue du Mont- Blanc, n° 43 ;

Troisièmement, M. Jean -Baptiste -Louis- Anne-Adrien Leroy de Camilly, ancien conseiller à la cour des Aides, demeurant à Paris, rue de la Madeleine, n° 14 ;

Quatrièmement, M. Antoine-Louis Gillet, notaire à Paris, et membre du collège électoral du département de ITonne, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n° 340 ;

Cinquièmement, M. Charles- Auguste-Bernard Fauquet, ancien avocat, demeurant à Paris, susdite rue Saint-Honoré. n^ 346;

Tous amis, à défaut de parens dudit mineur,

Lesquels, ainsi que M. le baron de Mauvières, s'étant constitués, avec nous et sous notre, présidence, en conseil de famille, et ayant promis de délibérer et de donner leur opinion en leur âme et conscience, sous la foi du serment, qu'ilç ont à l'instant prêté devant nous.

Le conseil de famille ainsi formé ayant pris connaissance de l'exposé ci-dessus,

Considérant qu il ne peut qu'être utile audit mineur Léon d'avoir un surveillant ;

Que son sort ne peut qu'y trouver de l'amélioration ;

Qu'il est convenable de lui donner pour tuteur la personne qui déjà lui apporte des soins et de l'intérêt ;

A été unanimement d'avis de nommer, comme de fait il nomme par ces présentes, pour tuteur du mineur, ledit M. Joseph-Ignace Mathieu, baron de Mauvières, à l'effet d'administrer les biens dudit mineur, et de prendre soin de sa personne, l'autorisant en même temps à accepter les donations qui pourraient

2l8 LES SECRETS DES BONAPARTE

lui être faites ; à faire tous placemens en inscriptions sur le grand-livre, actions de banque ou sur les canaux, des sommes qui pourraient lui être remises manuellement, et en même temps immobiliser tout ou partie desdites actions.

Consentant toutefois ledit conseil de fajnille, sur la réquisition expresse dudit sieur baron de Mauvière, que le dernier ne puisse être, à raison de cette tutelle, grevé dans tous ses biens de l'hypothèque légale dudit mineur ; qu'elle soit, au contraire, exclusivement restreinte à un domaine à lui appartenant, appelé Mardilly, situé commune d'Évry-les-Châteaux, arrondissement de Melun, département de Seine-et-Marne, affermé moyennant 9,200 francs, nets d'impôts ; qu'en conséquence, toutes les autres propriétés présentes et futures demeurent libres et affranchies de toutes affectations, à raison de cette tutelle.

Laquelle charge M. Mathieu de Mauvières a déclaré accepter, sous les modifications cidessus exprimées quant aux suites de l'hypothèque légale, et a prêté serment devant nous de remplir bien et fidèlement la fonction qui vient de lui être attribuée, et a signé après lecture.

Le conseil de famille délibérant ensuite hors la présence de M. le baron de Mauvières, sur le choix d'un subrogé tuteur audit mineur, a encore été unanimement d'avis de nommer, comme de fait par ces présentes il nomme à ladite charge, la personne du sieur Le Roy de Camilly, ci-dessus nommé, à Teffet de veiller aux intérêts dudit mineur, toutes les fois qu'ils se trouveront en opposition avec ceux de son tuteur, et dans tous les autres cas voulus et prévus par la loi.

Laquelle charge de subrogé tuteur M. Le Roy de Camilly a pareillement acceptée après serment par lui prêté de bien et fidèlement remplir les devoirs et obligations de cette charge.

Dont acte et de tout quoi avons fait et rédigé le procès-verbal, que tous les dénommés et icelui ont signé avec nous et le greffier après lecture faite.

Ainsi signé, en pareil endroit de la minute des présentes, Bonnomet, Mathieu, baron de Mauvières, Le Roy de Camilly, Gillet, Fauquet, Lecordier, Defresne, juge de paix, et Prague, greffier.

Léon entra en 1812 à la pension Hix, à Paris, avec les enfants de Mauvières, son tuteur.

L'Empire tomba, Waterloo vint, et Revel, qui n'avait jamais soufflé mot, pensa que l'occasion était belle pour faire du bruit ; il pensait intéresser à lui le gouvernement, de la Restauration et se faire une gloire de son déshonneur. Une première fois il voulut faire prononcer la nullité de son divorce, sa demande fut repoussée par jugement du 12 janvier 1816, et, en vérité, on ne voit pas comment elle aurait pu être accueillie. Battu de ce côté, il veut désavouer Léon, et sans avoir égard au conseil de famille que nous avons vu réuni plus haut, non plus qu'au tuteur de Tenfant, il fait convoquer un autre conseil, comme on le verra parla pièce suivante.

L*an 18 19, le samedi 21 août, sept heures du matin.

Par-devant nous, etc..

Est comparu Jean-Honoré-François Revel, ancien capitaine de dragons, demeurant à Paris, rue de Cléry, n® 20 ; lequel nous a exposé que, le 25 nivôse an XIII (15 janvier 1805), il a contracté mariage en la ville de Saint-Germain-en-Laye avec demoiselle Louise-Catherine-Éléonore Denuelle de la Plaigne ; que peu de temps après ce mariage, une demande en

divorce fut formée contre lui par son épouse ; que le divorce, ayant été admis par jugement du tribunal civil de première instance de la Seine, en date du ii avril 1806, fut prononcé par Tofficier de l'état civil du premier arrondissement de Paris, le 29 dudit mois d'avril ; qu'il vient d être instruit que, le 13 décembre de la même année 1806, la dame Revel avait mis au monde en son domicile, rue de la Victoire, n° 29, un enfant mâle, présenté le 15 dudit mois de décembre à la deuxième mairie, et inscrit sur les registres sous le nom de Léon, comme fils de la demoiselle Éléonore Denuelle et de père absent ; que la conception de cet enfant se rapportant évidemment à une époque où le mariage de l'exposant et de ladite demoiselle Denuelle de la Plaigne n'était pas dissous, il y a lieu d'appréhender que cet enfant ne veuille réclamer un jour l'état de fils légitime de l'exposant, en s'appuyant sur les dispositions des articles 312 et 315 du Code civil; que voulant user de la faculté que la loi lui accorde, il entend désavouer pour son fils ledit mineur Léon ; mais que, pour parvenir à ce désaveu, et à la procédure dont il doit être suivi, il est nécessaire qu'un tuteur ad hoc soit nommé à l'enfant ; que pour parvenir à cette

nomination, et en conséquence du réquisitoire de l'exposant du i6 du présent mois, et de notre ordonnance étant en suite, du même jour ; le tout enregistré et par exploit de Moncel, Tun des huissiers audienciers près notre justice de paix, du dix-sept même mois, aussi enregistré, et dont Toriginal est demeuré cijoint, il a fait sommer pour se trouver au jour, lieu et heure susdits : i° le sieur Denuelle de la Plaine ; 2° M. François-Claude Denuelle ; y le sieur Jean-Simon Denuelle, chef de bataillon retraité de la marine ; le premier, père, et le deuxièfne, cousin de la demoiselle Denuelle ; 4° le sieur Giraud ; 5° le sieur Briot : 6'' et le sieur Drely, tous dénommés, qualifiés et domiciliés audit exploit, pour composer le conseil de famille dudit mineur Léon. Requérant à défaut de ceux qui ne comparaîtraient pas, ni personne pour eux ; et pour le profit, qu'il soit passé outre à la délibération pour la nomination dudit tuteur, et donner à ce dernier les autorisations que le conseil de famille croira devoir lui confier, affirmant ledit comparant qu'il n'existe à sa connaissance, soit à Paris, soit à la distance de deux myriamètres de cette ville, de parens plus proches dudit mineur que les sieurs Denuelle, aïeul et oncles,

le sieur Giraud, cousin paternel dudit mineur Léon. A l'appui de son exposé, ledit comparant a déposé sur le bureau expédition d'un acte inscrit au registre des actes de naissance de la deuxième mairie de l'an 1806, constatant que Léon, du sexe masculin, est né le 13 décembre de ladite année, rue de la Victoire, n* 29, fils de dame Éléonore Denuelle, rentière, et de père absent ; et a ce dernier comparant signé, ainsi signé Revel, et s'est retiré.

Sont à rinstant comparus du côté paternel, Jean-Joseph Giraud, propriétaire, demeurant à Paris, rue du Cloître-Saint-Méry, n° 3, cousin ; Auguste-Roland Drely, propriétaire, demeurant à Paris, rue Ménilmontant, n° 73, chevalier de Tordre royal de la Légion d'honneur ; et M. Magloire Le Jeune, employé, demeurant à Paris, rue Neuve-des-Petits-Pères, n" 3, au nom et comme fondé de pouvoir spécial, à Teftet des présentes, de M. Antoine- Marie Briot, jurisconsulte, demeurant à Paris, mêmes rue et numéro ; ledit pouvoir en date du 20 du même mois, enregistré, et dont l'original est demeuré ci-joint, après avoir été certifié véritable par ledit sieur Le Jeune.

Lesdits sieurs Drely et Briot, notoirement connus pour avoir des relations habituelles

d'amitié avec ledit sieur Revel, et appelés par lui à défaut des deuxième et troisième parens de cette ligne.

Du côté maternel : i° M. Dominique Denuelle de la Plaigne, rentier, demeurant à Paris, rue de la Michodière, 6, aïeul;

20 y[ François-Claude Denuelle, cousin;

y Et M. Jean-Simon Denuelle, chef de bataillon, cousin.

Le conseil de famille ainsi composé par nous, juge de paix susdit, après serment en tel cas requis prêté individuellement entre nos mains par chacun des membres; après avoir mûrement délibéré hors la présence dudit Revel, sur son exploit dont lecture a été faite par le greffier, a déclaré ne pouvoir, quant à présent, donner son avis sur l'objet de la convocation du conseil de famille dudit mineur, ayant quelques renseignements à prendre pour éclairer sa religion, et nous a requis d'ajourner la délibération aux jour et heure qu'il nous plaira d'indiquer. Avons signé après lecture. Signé comme dessus.

Sur quoi, nous juge de paix susdit avons donné acte aux susnommés de leur comparution, etc., et avons signé en conséquence; fait et rédigé le présent procès-verbal, etc., et ledit

jour mardi 24 août, audit an, six heures de relevée, en conséquence de Tajournement à ces jour, lieu et heure ; par-devant nous juge de paix, etc., sont comparus lesdits... et de suite le conseil de famille... nomme par ces présentes pour tuteur ad -hoc... Jean-Simon Denuelle...

Signé : Briot, Denuelle de la Plaigne, Denuelle, Dernier d'Orival, Breuillart, etc.

Un jugement du 16 août 1822 repousse la demande en désaveu de Revel, se fondant principalement sur le défaut de commencement de preuve par écrit, sur les différences dans les prénoms de la mère et sur le défaut de représentation d'acte ou écrit émané d'elle et constatant sa maternité.

Revel n'avait pourtant pas complètement perdu sa peine, car il accepta plus tard de Léon, l'enfant de son déshonneur, une rente de 2,400 francs; il mourut en 1835.

Par son testament. Napoléon laissait 72,000 francs de rente à Léon, et par l'article 37 des instructions dictées à Sainte-Hélène le 24 avril 1821 il exprimait ce vœu : «Je ne serais pas fâché que le petit Léon entra dans la magistrature si cela était son goût. » Ce ne fut point son

goût, il n'en eut d'autre que la paresse. Il se fait appeler le comte Léon, fait partie du cortège à la cérémonie du retour des cendres de Sainte-Hélène, allègue constamment sa filiation, difficile à contester, car il ressemble beaucoup à Napoléon. Le jeu engloutit sa fortune, et un jour il est réduit à la misère. Alors il se retourne du côté de sa mère, dépose contre elle une «plainte en escroquerie» et demande aux tribunaux de reconnaître qu'il est son fils naturel et qu'elle lui doit une pension. Voici le jugement' qui intervient, rendu le 2 juillet 1846 par le tribunal civil de la Seine :

Le tribunal joint les demandes et conclusions des parties, et statuant sur le tout par un seul et même jugement :

En ce qui touche la demande à fin de pension alimentaire :

Attendu que, par son arrêt du 17 avril dernier, la cour royale de Paris a décidé qu'il ne pouvait être statué sur cette question qu'après que la question d'état aurait été jugée; qu'en cette position, aucune décision du tribunal ne peut intervenir à cet égard;

En ce qui touche la demande à fin de déclaration, à fin de filiation du comte Léon :

Attendu qu'il est constant, en fait, que le divorce d'entre la dame de Luxbourg, précédemment femme Revel, et ce dernier, a été prononcé et jugé le ii avril 1806, et que Tacte de déclaration de ce divorce est à la date des 24 et 29 du même mois; qu'il est également constant que c'est le 13 décembre 1806 qu'est né le demandeur; qu'il s'est conséquemment écoulé plus de cent quatre-vingts jours entre le divorce de la dame de Luxbourg et la naissance du comte Léon ;

Attendu que les liens d'entre les époux Revel n'existant plus à la date des 24 et 29 avril 1806, l'objection tirée de l'article 335 du Code civil ne peut être valablement opposée au demandeur, puisque entre cette date du divorce de la dame Luxbourg et celle de la naissance du comte Léon vient se placer un terme intermédiaire suffisant pour la gestation dans les termes de Tar^icle 312 du même Code; qu'en cet état il est évident que la demande du comte Léon ne le conduit pas à faire déclarer à son égard un état d'enfant adultérin, mais simplement à faire constater qu'il est né delà dame de Luxbourg, alors divorcée, et conséquemment à établir qu'il serait enfant naturel de cette dernière ;

Attendu que vainement oppose-t-on à cette prétention que les articles 312 et suivants du Code civil ne concernent que les enfants légitimes, ne peuvent être appliqués hors des cas de mariage ; qu'en effet, si la loi, par respect pour le lien conjugal et pour la morale publique, a dû s'occuper nécessairement des enfants nés du mariage, puisque eux seuls constituent la famille régulière, il n'y a dans cette même loi aucune disposition qui empêche de faire par analogie application de ces principes aux enfants naturels; qu'il est à remarquer qu'il ne s'agit pas dans les articles précités de l'exercice d'un droit résultant de la qualité d'enfant légitime, ni d'une fiction de droit telle par exemple que celle de la représentation en matière de succession, laquelle ne peut avoir d'effet qu'à l'égard de l'héritier légitime, mais bien de l'application propre évidemment à toutes les naissances régulières ou irrégulières des lois de la nature que révèlent les articles 312 et suivants;

Attendu qu'en cet état le comte Léon est fondé à invoquer en sa faveur les dispositions dont il s'agit pour établir qu'il ne saurait être soumis à la prohibition de l'article 335 du Code civil;

En ce qui touche l'objection tirée de la chose jugée;

Attendu que le jugement du i6 août 1822 qui repousse la demande en désaveu de Revel, se fonde principalement sur le défaut de commencement de preuve par écrit, sur les diôérences dans les prénoms de la mère et sur le défaut de représentation d'acte ou écrit émané d'elle et constatant sa maternité ;

Attendu que pour qu'il y ait chose jugée, il faut qu'il ait été statué non seulement entre les mêmes parties, mais encore sur les mêmes demandes et sur la même cause ; que, si lors du jugement du 16 août 1822, figuraient toutes les parties actuellement au procès, ce jugement n'a pas décidé d'une manière absolue que le comte Léon ne pourrait jamais réclamer la qualité de fils naturel de la dame de Luxbourg, mais seulement que le fait de la naissance contre laquelle Revel avait introduit une demande en désaveu, n'était pas suffisamment établie, d'où il suit que, dans les conditions même de ce jugement, à l'aide de documents certains et d'un commencement de preuve par écrit émané de la dame de Luxbourg, le sort de la demande alors soumise au tribunal aurait pu être différent ;

Attendu que les dissemblances ou omissions dans les prénoms de la dame de Luxbourg, relevées au jugement dont il s'agit, ne peuvent être un moyen sérieux contre la demande actuelle, que le rapprochement des différents actes intervenus et dans lesquels figure la dame de Luxbourg, établissent suffisamment l'identité de la personne ; que ces dissemblances ne sont pas d'ailleurs seulement opposables aux actes sur lesquels se fonde la demande du comte Léon, mais même qu'elles se retrouvent dans tous les actes de la vie civile de la dame de Luxbourg, et dont elle se prévaut ellemême; qu'elle est donc sous ce rapport mal fondée à pouvoir en exciper;

Attendu, au surplus, que la correspondance actuellement produite, et émanée tant de la dame de Luxbourg elle-même que de sa propre mère, apporte la preuve la plus complète et la plus convaincante que la dame de Luxbourg est véritablement et s'est, antérieurement au procès actuel, toujours considérée et proclamée comme étant la mère du comte Léon; que ses déclarations nettes et explicites ressortent de la correspondance de ladite dame de 182 1, 1823 et 1823, des termes contenus en un acte authentique reçu par Noël, notaire à Paris, le

7 novembre 1840, et de tous les documents du procès ;

Attendu qu'en présence de ces preuves géminées, il devient superflu d'admettre le comte Léon à faire par témoins ou par titre la preuve de la filiation, et qu'il doit être reconnu en qualité d'enfant naturel de ladite dame de Luxbourg;

En ce qui touche la provision demandée :

Attendu que, si la quotité de la pension alimentaire demandée par le comte Léon est soumise à l'appréciation de la cour, il n'en est pas de même de la provision ; que cette dernière nature d'allocation part d'un autre principe que celui qui régit les pensions alimentaires, et qu'une provision peut être accordée par le tribunal en vue des frais du procès dans lequel est engagée la partie qui la sollicite ;

Attendu qu'en Tétat le tribunal doit prendre en considération, d'une part, la multiplicité des procédures, les frais auxquels elles donnent lieu, et, diantre part, le dcnûment dans lequel se trouve le comte Léon, pour arbitrer la somme qui peut lui être légitimement accordée, qu'il convient de la fixer à 4,000 francs;

Par tous ces motifs, le tribunal dit qu'il n'y a lieu à statuer sur la demande à fin de pension alimentaire formée par le comte Léon ;

Sans s'arrêter ni avoir égard aux fins et conclusions du comte et de la comtesse de Luxbourg, dans lesquelles ils sont déclarés mal fondés et dont ils sont déboutés ;

Déclare le comte Léon né et issu de la dame Louise-Catherine-Éléonore Denuelle de la Plaigne, aujourd'hui comtesse de Luxbourg, et ce conformément à l'acte de naissance du 15 décembre 1806;

Ordonne que le présent jugement sera transcrit en marge dudit acte de naissance, fixe à 4,000 francs la provision due au comte Léon ; condamne le comte et la comtesse de Luxbourg à payer ladite somme de 4,000 francs, dit que lesdits comte et comtesse de Luxbourg ne pourront s'opposer au paiement par M. le ministre des Finances, de la provision ci-dessus es mains du comte Léon, sur le montant des arrérages de la rente de 22,000 francs inscrite au grand-livre de la dette publique, etc.

Je ne raconterai pas les longs démêlés du comte Léon avec ses créanciers, ses duels, son projet de duel avec Louis Bonaparte qu'il insulte alors et dont il mendiera une pension sous le second Empire, sa candidature ridicule en 1848. Voici son acte de décès, relevé sur les registres de l'état civil de Pontoise :

« Du quinze avril mil huit cent quatre-vingtun, à une heure de relevée. Acte de décès du sieur Le Comte (Léon) (sic)^ âgé de soixantequinze ans passés, né à Paris le 13 décembre mil huit cent six, rentier, demeurant à Pontoise, rue de Beaujon, n^ 4, décédé à son domicile le jour d'hier, à dix heures du matin, époux de dame Françoise Jonet, rentière, âgée de quarante-cinq ans, demeurant susdite rue de Beaujon, mariés à Paris. Leurs témoins ont été M. Gaston Léon Le Comte (sic)^ âgé de vingttrois ans, employé, demeurant à Paris, rue du Quatre-Septembre, fils du défunt, et M. Joseph Fleury, âgé de quarante-huit ans, propriétaire, demeurant à Vallangoujard (Seine-et-Oise), lesquels ont signé avec nous maire de la ville de Pontoise, officier de l'état civil, après lecture faite et le décès constaté par nous soussigné.

« Gaston Léon, Fleury, Richomme. »

Le comte Léon a laissé trois fils et une fille, légitimés par le mariage de leurs parents; ils portent le nom de de Léon. Charles est né à Saint-Denis (Seine) le 23 octobre 185^, Gaston est né à Paris (12® arrondissement) le i*' juin

L'aîné des enfants du comte Léon a épousé à Saint-Germain-en-Laye, le 27 décembre 1888, la baronne d'Elegert. {Evénement du 31.)

LE COMTE WALESWKI

Je laisse à Mme de Rémusat le soin de nous raconter comment Napoléon connut Mme Walewska. Voici donc ce qu'on lit, tome i*"", page 120, de ses Mémoires :

« Quand l'Empereur faisait quelque voyage ou même quelque campagne, il lui arrivait de ne point négliger un genre de distraction qu'il plaçait dans les courts répits de ses affaires ou de ses batailles. Son beau-frère Murât ou son grand maréchal Duroc étaient chargés de s'informer pour lui des moyens de satisfaire ces fantaisies passagères. Lors de la première entrée en Pologne, Murât, qui l'avait précédé à Varsovie, reçut l'ordre de chercher pour l'Empereur, qui allait arriver, une femme jeune et jolie, et de la prendre de préférence dans la noblesse. Il s'acquitta adroitement de cette commission, et détermina à cet acte de complaisance une jeune et noble Polonaise, mariée

à un vieux mari. On ne sait quels moyens il employa, et quelles furent ses promesses; mais enfin elle consentit à tout arrangement, et même à partir un soir pour le château de Varsovie où l'Empereur s'était arrêté.

« Voilà donc cette belle personne expédiée et arrivant assez tard au lieu de sa destination. Elle a conté elle-même cette aventure, avouant (ce que Ton croira facilement) qu'elle arriva émue et tremblante. L'Empereur était renfermé dans son cabinet. On lui annonça la nouvelle venue; sans se déranger, il ordonne qu'on la conduise à l'appartement qui lui est destiné, et qu'on lui propose un bain et à souper, ajoutant qu'après elle sera libre de se mettre au lit. Cependant il continue son travail jusqu'à une heure assez avancée dans la nuit.

« Enfin, ses affaires étant terminées, il se rend à l'appartement où il était attendu depuis longtemps, et se présente tout à coup avec toutes les apparences d'un maître qui dédaigne l'inutile des préparations ; puis, sans perdre un seul instant, il entame la plus singulière conversation sur la situation politique de la Pologne , interrogeant cette jeune femme comme il eût fait d'un agent de police, et lui demandant des notes fort circonstanciées sur

tous les grands seigneurs polonais qui se trouvaient alors à Varsovie. Il s'informa soigneusement de leurs opinions, de . leurs intérêts présents, et prolongea longtemps ce bizarre interrogatoire.

« On se figure letonnement d'une femme de vingt ans qui ne s'était point préparée à un semblable début. Elle satisfit à tout de son mieux, et lorsqu'elle n'eut plus rien à répondre, alors seulement il parut se souvenir que Murât avait au moins promis en son nom quelques paroles d'un genre plus doux.

« Quoi qu'il en soit, apparemment que cette façon d'agir n'empêcha point la jeune Polonaise de s'attacher à lui, car cette liaison s'est prolongée pendant plusieurscampagnes(i). Plus tard, elle est venue à Paris ; elle y mitau monde (erreur : sonfils est né au château de Walewit:^^) un fils, objet des espérances des Polonais, qui plaçaientsursa tête l'espoirde leur indépendance future. J'ai vu la mère présentée à la cour impériale, exciter d'abord la jalousie de Mme

(l) « Ud bam, un souper et Walewska », écrit cyniquemeut Napoléon 1" à son vaL't de chambre, le 14 décembre 1812. — Sur le voyage de Mme Wiilewska à l'ile d'Elbe, je renvoie à Inng, Lttcien Bonaparte et ses Mémoires, III, 199-201.

Bonaparte, et après le divorce (erreur encore : Madame Walewska connut Napoléon en i8oç).

devenir au contraireà La Malmaison la compagne assez intime de l'Impératrice répudiée à qui elle amenait souvent son fils.

« On a assuré que, fidèle à l'Empereur dans son malheur, elle levisita plus d'une fois à Tile d'Elbe ; il la retrouva en France quand il fit sa dernière et funeste apparition. Mais, après sa seconde chute (je ne sais à quelle époque elle était devenue veuve) elle se maria (en 1816) et elle est morte à Paris cette année même 1818 (erreur : le 10 décembre iSiy). Je tiens ces détails de M. de Talleyrand. »

Au sujet de Mme Walewska, une lettre intéressante de Napoléon i" a été publiée par la Revue rétrospective^ 1885, II, 192 :

Ati baron de la Bouillerie

J'ai reçu votre lettre relativement au jeune Walewska, je vous laisse carte blanche, faites ce qui est convenable, mais faites de suite, ce qui m'intéresse c'est surtout l'enfant, et la mère

après.

Nap.

Nogent 8 février 18 14.

(Archives nationales.)

Suit copie d'une déclaration de Mme Walewska constatant la remise au porteur de 60 actions au porteur mobilisées par décret du 30 août 1813, lesquelles appartiennent à son fils.

J'ajouterai ici que le second mari de Mme Walewska, née Marie Laczinska, fut Philippe- Antoine d'Ornano, le futur maréchal, troisième fils de Louis d'Ornano et d'Isabelle Bonaparte, cousine germaine de Charles Bonaparte, père de Napoléon l"] elle en eut Rodolphe- Auguste d'Ornano, né à Liège le 9 juin 1817, député au Corps législatif sous le second empire, mort près de Tours le 14 octobre 1865, qui a laissé postérité (i). Elle est enterrée au Père-Lachaise, mais sa tombe ne laisse plus de traces.

Une ordonnance de Louis-Philippe du 3 décembre 1833 naturalisa « le comte Florian- Alexandre- Joseph Colonna-Walewski, né à Walewitz, en Pologne, le 4 mai 1810. » Le comte Walewski a laissé des Mémoires; il a été marié deux fois : 1° le i" décembre 1831, à

(1) Voir Carré de BusseroUe, Armoriai de la Touraine, au mot Ornano ; Borel d'Hauterive, Annuaire^ 1887, 275 ; Bulletin de la Société généalogique et héi'aldique de France, 1886, p. 162.

Catherine-Caroline, fille du comte Sandwich- Montaigu, morte le30 avril 1834; 2° à Florence (juin 1846) à Anne-Alexandrine-Catherine- .

Clarisse Cassandre de Ricci, fille de Zanobi de Ricci et d'Isabelle Poniatowska, petite-fille par les feram.es de Machiavel, petite-fille du prince Stanislas Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, remariée le 20 janvier 1877 à Joseph d'Alessandro. Il a eu de celle-ci :

i« Charles-Zanobi-Rodolphe, né le 4 juin 1848, capitaine au 76® d'infanterie le 25 mai 1884, attaché militaire près l'ambassade de Chine le 8 juillet 1886, marié en 1885 à Félicie- Marie-Elisa Douay, fille du général Félix Douay ;

2° Élise-Joséphine-Marie, mariée à Paris (8® arrondissement) le 9 octobre 187 1, au comte de Bourqueney (Marie-Victor-Félix)', fils du sénateur, secrétaire de légation à Washington, puis premier secrétaire d'ambassade à Berlin, d'où plusieurs enfants dont Alix, morte à Berlin le 2 avril 1887, à 1 5 ans. (Gaulois des ^ et 28 avril.)

3° Eugénie-Louise-Irène-Marie, née à Paris (10* arrondissement) le 30 mars 1856 (l'Empereur fut parrain et l'Impératrice marraine), mariée le 15 juillet 1875 à Eugène-Auguste-Frédéric Matheus, auditeur au conseil

d'État, morte à Arcachon dans la nuit du 22 novembre 1884, d'où Louis-Napoléon Matheus.

On trouvera sur la liaison de Walewski avec Rachel une lettre de celle-ci dans V Artiste du I*' mars 1870, page 411. Leur fils, Alexandre- Antoine-Colonna Walewski, né le 3 novembre 1844 à Marly-le-Roy (Seine-et-Oise), reconnu par Walevs^ski, consul à Turin, a épousé à Paris (8* arrondissement) le 17 novembre 1868 Jeanne-Claire-Marie Sala, morte en 1882, d'où Charlotte-Élisabeth-Madeleine, née en 1869, et André- Alexandre-Maurice.

Le portrait du comte Walewski, fils de Napoléon I", a été peint par Flandrin ; la famille Ta fait figurer à l'exposition des portraits du siècle (page 30 du catalogue).

Le Dictionnaire de la Conversation dit dans son supplément que Napoléon III créa Walewski comte de Liiciennes ; je ne trouve rien de pareil.

A trois reprises le Figaro a fait allusion à la naissance de M. Adrien-Marie Devienne, né à Lyon le 15 pluviôse an X (3 février 1802), de Marie-Anne-Jeanne-Émilie Fontaine , épouse d'André Devienne. Neuf mois auparavant, le

premier consul passait à Lyon pour aller présider la consulte italienne. M. Devienne, mort à Lyon en juillet 1883, a eu un fils et une fille de Marie-Caroline-Béatrix Vincent, son épouse. Le fils, André-Victor, né à Lyon le 16 décembre 1833, conseiller à la Cour d'appel de Lyon, puis mis à la retraite, a épousé à Bordeaux (décembre 1860) Mlle de Ravignan, d'où au moins une fille, Marie-Adrienne-Élisabeth, mariée en 1883 à Marie-Louis-Jules Mayaud.

La fille Marie-Gasparine-Émilie, a épousé en mai 1 858 Marie-Ray mond-Gustave de Lacroix baron de Ravignan. Elle est morte le 26 février 1874, à Paris, à trente-sept ans.

Les Papiers secrets et Correspondance du second Empire^ 6® édition Poulet-Malassis, p. 332, indiquent comme fils de Napoléon I*^ un M.

Auchard, qui en 1853 touchait 12,000 francs de pension de Napoléon III.

On lit àznsV Événement du 14 octobre 1882, sous la signature de Charles Monselet :

Léon Gozlan, dans sa jeunesse, avait connu un Napoléon noir, dont il a raconté l'histoire tout au long, histoire tragique s'il en fut. Si ce

Napoléon noir vivait aujourd'hui, il s'ajouterait sans doute à la liste de tous les prétendants de ce nom. Mais, hélas! il s'est laissé guillotiner à Aix^ vers 1824, tout Napoléon qu'il fût.

Il avait alors vingt-six ans et était venu d'Egypte à Marseille. « Le grand homme »

l'avait semé, pendant son étonnante expédition, à l'ombre de quelque sphinx de granit. Il était non pas précisément noir, mais mulâtre, cuivré, petit et doté d'une ressemblance prodigieuse avec papa.

Il avait à Marseille deux oncles négociants, qui lui avaient fait donner une excellente éducation. Ajoutez à cela de nombreux voyages accomplis en Nubie, en Ethiopie, à travers le Jourdain, la connaissance approfondie des langues grecque et arabe, une imagination brûlante, dévorante.

La conscience de sa haute naissance avait inspiré à Napoléon Tard... un orgueil démesuré. Dans ses confidences à Léon Gozlan, sous les platanes du cours Belsunce ou sur le quai du Vieux-Port, il né rêvait rien moins que de reconstituer un empire d'Orient.

L'Orient est à moi, disait-il avec exaltation, comme l'Occident fut à Napoléon, mon père... je dirai mon sang, mon nom. mes projets ; je me mettrai à la tête, non des Turcs, mais

LES SECRETS DES BONAPARTE 2à}

des Arabes ; les Turcs sont finis. Avec les Arabes, je reprendrai la civilisation des Ptolémées. Je parle leur langue, je suis de leur race, de leur chair; ils m'écouteront ; j'appellerai chaque ville, chaque hameau, chaque homme, chaque enfant par son nom. Tout viendra à moi...

Et c'était la transformation complète de l'Egypte.

Je ferai pour TÉgypte ce que mon père n'a pas eu la générosité de faire. Il la destinait à un grand chemin pour passer aux Indes, au lieu de la rendre indépendante. Elle sera avec moi, et par moi, libre; plus debeys, ni de pachas, ni d'esclaves ; Taflranchissement comme au temps des califes ! Et alors nous rouvrons les saintes bibliothèques, nous appelons chez nous la science esclave en Europe; le grec de Platon, le latin de Tacite courent les rues d'Alexandrie ; la lumière vient de nouveau d'Orient, et les prophéties s'accomplissent !

Gozlan, que tout paradoxe séduisait, goûtait un plaisir singulier à écouter cet étrange jeune homme. Malheureusement leurs relations furent brusquement brisées. Napoléon Tard...

avait demandé à ses deux oncles une assez forte somme d'argent, destinée à l'aider dans la réalisation de ses projets. Les oncles refusèrent.

d'un commua accord. Le Napoléon noir en conçut une vive irritation.

Laissons Léon Gozlan raconter le reste.

« Je me promenais avec lui sur le port de Marseille lorsque, tout à coup, il se prit à jouer avec un couteau de deux ou trois pouces de longueur ; puis il me pria de l'attendre. 11 revint ensuite me dire froidement :

« Je viens de faire partir mes oncles pour TAmérique... Dans votre langage, je viens de tuer mes deux oncles. »

Rien n'était plus vrai.

On trouva les manières du jeune Egyptien beaucoup trop expéditives, et il comparut devant la cour d'assises d'Aix. Vainement essaya-t-on de le faire passer pour fou, ce qu'il était assurément au double chef; mais on se garda bien d'invoquer son illustre origine ; cela aurait été une médiocre recommandation, le parti napoléonien n'existant encore qu'à l'état de chanson de Béranger. D'ailleurs, quelques efforts qu'on eût tentés pour le sauver, Napoléon Tard... les aurait tous fait échouer par l'audace de son attitude et le dédain silencieux qu'il afficha. Il fut condamné à mort sans hésitation. On le conduisit à l'échafaud, par un

beau soleil, sur la place du marché d'Aix. Sa fière contenance ne se démentit pas.

De ses deux oncles frappés par lui, un a survécu à sa blessure.

Monselet a trouvé l'histoire du Napoléon noir dans Paris ou le Livre des cent et ««, i832,VIII, page 91. Contre son habitude, Gozlan n'a rien inventé ; d'après le Moniteur des 14 et 20 octobre 1824, le Napoléon noir s'appelait Alexis Tardieu et avait 24 ans lors de sa mort. Son oncle, qui mourut de la blessure, s'appelait Tardieu, et l'autre victime, beau-frère de celuici, s'appelait Ronchon.

Pour ne rien oublier, je copie ceci sur le Moniteur du 26 février 1837, compte rendu de la Chambre des députés du 25 :

« Le sieur Bonaparte (Frédéric), se disant fils naturel de l'Empereur Napoléon, à Paris, demande à être entendu sur des prétentions qu'il aurait manifestées en France et en pays étranger.

« La commission a jugé cette proposition et le contenu dans le surplus (sic) de la pétition peu dignes de fixer l'attention de la Chambre, et elle m'a chargé de proposer l'ordre du jour. (Adopté.) »

On lit dans Amédée Pigeon (i), V Allemagne de M. de Bismarck^ 1884, in-8, 175-6 :

7 mars 1883.

A Lindenthal, près de Cologne, vient de mourir une vieille fille si pauvre que la commune dut faire les frais de son enterrement.

Elle se nommait Mlle Falkenberg. Elle habitait une misérable chambre, remplie de portraits de la famille Bonaparte. Il y a quelques mois, elle tomba malade, et se sentant bientôt en danger de mort, elle dit à la garde-malade qui la veillait d'ouvrir une commode et de lui donner un paquet de lettres, qu'elle brûla aussitôt. Dans son délire, elle dit qu'elle était la fille de Napoléon.

Un journal de Mulheim, la MiilheimcrVolks- {citiing^ dit qu'il sait de source certaine qu'en 181 1 une enfant est née dans le palais de l'archevêque de Cologne ; que cette enfant avait pour mère une demoiselle noble, non mariée, qui aurait eu des rapports intimes avec Napoléon. L'enfant eut pour parrain Guillaume III et reçut le nom de comtesse de Falkenberg.

Elle fut élevée à Montjoie aux frais de Napoléon, puis emmenée en Italie dans un couvent

(l) Pseudonyme, d'après Lorenz.

d*où elle ne sortit qu'à Tâge de trente ans. Aimant trop le luxe, disent les uns, donnant trop d'aumônes, disent les autres, elle dépensa tout son patrimoine, qui était assez considérable. La comtesse, ruinée, revint à Cologne, âgée de cinquante ans.

Un notable citoyen de la ville envoya une pétition à Napoléon III, demandant des secours pour elle ; la pétition resta sans réponse. La comtesse fut obligée de travailler pour vivre et devint Mlle Falkenberg, couturière, elle vécut misérablement. Cest elle qui est morte la semaine dernière. Le Tagblatt de Berlin prétend savoir que la morte recevait une pension de 30 marcs par mois qui lui était payée par une riche famille habitant les bords du Rhin. Cette famille descend, illégitimement, de Jérôme Napoléon, roi de Westphalie.

On lit dans les Débals du 25 mai 1886 :

UN FILS DE NAPOLÉON l*'

Que jérômistes et victoriens se rassurent : ce prétendu fils de Napoléon I", né à Sainte- Hélène, ne leur fera pas ombrage, car il vient de mourir et il est maintenant enterré dans le cimetière de Lone-Mountain, à San-Francisco.

Voici comment le World^ de cette ville, raconte son histoire :

« La lingère de la prison de Napoléon I«% ou plutôt la gouvernante donnée par le gouvernement anglais au monarque exilé, était une femme d'âge moyen, encore très attrayante et possédant la plus belle chevelure qu on puisse imaginer. Napoléon, comme Jupiter, dans le poème immortel de Dryden, grava son image dans le cœur de la « belle Olympie », égarée dans la solitude de Sainte-Hélène et eut d'elle un enfant lui ressemblant tellement que sa vue eût fait rougir ses descendants légitimes.

Après la mort de l'Empereur, la gouvernante quitta Sainte-Hélène avec son enfant pour rentrer à Londres où elle épousa un horloger du nom de Gordon. Celui-ci, en épousant la mère, adopta l'enfant, lui donna son nom et lui apprit son métier. Devenu homme, le jeune Gordon-Bonaparte alla s'établir à New-London (Connecticut) où il ne tarda pas à acquérir une certaine influence politique. Il faisait même du journalisme à ses heures de loisir, et il a écrit notamment de nombreux articles dans le Bulletin de Norwick et dans le Star de New- London. Dans ces derniers temps, il s'était retiré à San-Francisco, où il vient de mourir.

Gordon-Bonaparte tenait de son père une grande intelligence qui lui a beaucoup servi dans les affaires ; mais il avait un caractère taciturne et très réservé, et ses relations, en dehors des affaires, ne s'étendaient guère audelà d'un cercle très restreint de quelques amis privilégiés. C'était le portrait vivant de son père naturel, et les personnes qui ne connaissaient pas le secret de sa naissance ou le voyaient pour la première fois étaient frappées de sa ressemblance étrange avec Napoléon P*". D'ailleurs, Gordon ne parlait jamais de son illustre origine que lorsqu'il était sous Tinfluence de la boisson, mais alors il n'eût permis à personne de mettre en doute, en sa présence, qu'il fût le fils du « conquérant corse ».

Enfin on lit dans Victor Hugo [Choses vues^ j 1^ ' 1887, in-8) :

i*» P. 31 : «M. Duchâtel, ministre de l'Inté- 1 rieur (qui passe pour fils de l'Empereur, soit dit { en passant)... » '

Je fais les réserves les plus formelles sur ce dire de Hugo, qui a tant commis d'erreurs.

2<» P. 63 : « Le. chapelain de la reine, qui assistait le curé de Neuilly au moment de

rextréme-onction (du duc d'Orléans en 1842)^ est un fils naturel de Napoléon, l'abbè ***, qui ressemble beaucoup à TEmpereur, moins Tair de génie. »

Le seul prêtre attaché à la maison de la reine à cette date est Tabbè Guillon, évêque de }A2Lr oc [Al m a nach national pour 1842^ p. 46). Or il était né en 1766, avant Napoléon I" I

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