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Les secrets des Bourbons

Elle s'appelait Amy Brown, et la manière dont sa vie se trouva liée à celle du duc de Berry, est une page d'histoire qui demande à être écrite avec les documents sous les yeux.

Amy Brown était née à Maidstone, petite ville du comté de Kent, située près de Londres sur {la Medway, affluent de la Tamise. Voici son acte de naissance :

Extrait du registre de baptêmes de la paroisse de Tous les Saints à Maidstone (page 17.) 8 avril 1783, Amy, née de Joseph et Mary Brown. Je certifie conforme la copie -ci-dessus extraite du registre de baptêmes de l'église paroissiale de Tous les Saints, de Maidstone, par moi vérifié le 18 novembre i88o, — j. DEALTHY, pasUur.

Le père d'Amy, Joseph, était pasteur de l'église anglicane; il est mort à Maidstone le 8 avril 1824, k soixante-dix-sept ans. Sa mère, Marie-Anne Deacon, y était morte le 10 mars 1806, à cinquante-neuf ans.

Amy avait nombre de frères et sœurs; la tombe de la famille indique les suivants : George, mort le 13 février 1779, à quatre ans; John, mort le 18 février 1783, à quatre ans ; Richard Deacon, mort le 16 août 1792, à quatre ans; Mary, morte le 27 septembre 1792, à onze ans; Elisabeth, morte le 27 juin 1793, à ; vingt-un ans; auxquels il faut ajouter le père de M. Brown, actuellement

fabricant de pompes à Maidstone, et probablement le père ou la mère de la comtesse de Poisvert. .

De l'enfance d'Amy, de sa jeunesse, on ne sait rien, sinon qu'elle était grande, fort belle et d'une parfaite distinction.

11 est vraisemblable qu'elle eût passé sa vie entière dans ce milieu si calme, dépeint par Goldsmith avec tant de charme dans le Vicar of Wakefield, si le contre-coup de notre Révolution ne l'avait mise en présence du duc de Berry; elle avait vingt-un ans (1804).

Charles - Ferdinand duc de Berry avait alors vingt-six ans; on peut dire sans injustice que lui et son frère, le duc d'Angoulême, étaient un bel exemple d'hérédité; nuls, fils de parents nuls. C'est l'expression qu'emploie le comte de Mercy- Argenteau, si longtemps ambassadeur de Marie- Thérèse à la cour de France (tome II, page 400, de la 2« édition du si curieux recueil de d'Arneth et Geflroy), en parlant du comte et de- la comtesse

lO LES SECRETS

d^Artois; Joseph II (tome DI, page 57, du même recueil) traite cette dernière « d'imbécile absolument. » Sur le duc d'Angoulême, les témoignages sont aussi concluants, et quant au duc de 'Berry, tout ce qu'on peut dire en sa faveur, c'est qu'il était brave, mais d'intelligence médiocre ; physiquement, il avait certaines qualités qui séduisent les femmes.

La passion fut vive des deux parts; Amy succomba, et le 20 avril 1805 elle accouchait à Londres d'un fils, qui reçut les noms de Georges Granville Brown. Ce fut l'enfant du [mystère, et il est toujours resté tel.

L'Empire s'était fondé en France ; Napoléon i*"" régnait et déjà pesait d'un poids si lourd sur l'Europe, que son œuvre semblait devoir durer longtemps. Les Bourbons étaient profondément oubliés; une nouvelle génération grandissait, qui ne connaissait même pas leurs noms ; beaucoup de leurs partisans désertaient leur cause. Une Restauration

devenait tous les jours moins probable. Le duc de Berry se décida à épouser Amy. Le mariage eut lieu à la chapelle catholique de King-Street, (i) Porthman-square, à Londres (1806); depuis deux ans Amy s'était convertie au catholicisme. Les époux furent mariés suivant la loi anglaise ; on sait que le mariage civil n'existait pas à cette date en Angleterre. Lr mariage ne fut pas clandestin^ car il eut des témoins. Ni le comte d'Artois^ père de l'époux, ni Louis XVIII, son oncle, ne protestèrent. La comtesse d'Artois était morte le 2 juin 1805.

Ici se pose dès maintenant la question de loyauté. Le duc de Berry était-il de bonne foi?. Qu'il tînt le mariage pour valable, ce n'est pas douteux, puisqu'il a cohabité avec Amy jusqu^en 1814, puisqu'il Va traitée comme sa femme jusqu'au dernier jour de sa vie.

I . C'est dans cette même chapelle que fut prononcée le 26 novembre 181 o par Tabbé de Bouvens Toraison funèbre de Marie Joséphine Louise de Savoie, femme de Louis XVIII et sœur de la comtesse d'Artois.

Mais faisait-il des réserves mentales? Un fait grave, décisif, apporte la réponse. L enfant né avant le mariage nejut pas légitimé par le mariage; Amy, ignorante des lois françaises, des usages particuliers de la cour de France, ne vit pas la portée de cette omission, et personne ne Téclaira.

'Sous le régime du Code civil, toutes les fois que des époux se marient, ayant eu au préalable un enfant, le bon sens, l'honneur, la loyauté veulent qu^il soit légitimé expressément par le mariage. Si le duc de Berry était de bonne foi, pourquoi ne le fît-il pas ?

Le 13 juillet 1808, Amy mit au monde une fille, Charlotte-Marie-Augustine. Voici la traduction de son acte de naissance ;

Extrait du registre des actes de baptême de la chapelle de Sa Majesté catholique à Londres,

Aujourd'hui samedi, 30 novembre. Tan 1809, a été présentée une fille nommée Charlotte-Marie-Augustine, fille de Charles Ferdinand et de Amy Brown, laquelle a .

été ondoyée le i8 de juillet, Tan 1808, par M. l'abbé Chené, à la chapelle française de King-Street, et j'ai suppléé aux autres cérémonies du baptême, le parrain le comte Auguste de la Ferronnays et la marraine Marie- Charlotte, comtesse de Montsoreau, qui ont signé avec nous, comte Auguste de la Ferronnays, M. C. F. de Nantouillet, comtesse de Montsoreau, P.-A. Massot, curé de Saint-Sylvain de Mortainville, diocèse de Bayeux, et prêtre sacristain de la chapelle de Sa Majesté catholique.*

Certifié le présent extrait tiré mot pour mot du registre de baptêmes de la chapelle de S. M. C. à Londres, ce 15 janvier Tan 18 10. — p.-a. massot, prêtre sacristain de la chapelle de S. M, C.

Cet acte appelle plusieurs réflexions : le père y est dénommé Charles-Ferdinand (i) simplement, dénomination que Ton verra désormais reproduite dans tous les actes que nous publions; déplus, voilà

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