‹ Les secrets des BourbonsChapitre 2 sur 23 · I. Le comte de Chambord s'appelle Henri Charles Ferdinand · texte numérisé non relu

I. Le comte de Chambord s'appelle Henri Charles Ferdinand

une enfant, néele^ 13 juillet 1808, ondoyéele 18, et qui cependant n'est inscrite sur un registre officiel que le 30 décembre 1809, c'est-à-dire presque un an et demi plus tard. On peut dire que le duc de Berry et ses conseils avaient pris le temps de la réflexion et soigneusement pesé les termes de l'acte à rédiger, car on remarquera aussi que Charles- Ferdinand et Amy Brown n'y sont pas qualifiés d'époux. D'autre part, il faut bien se rappeler que 1808 est Tannée de la guerre d'Espagne, où des esprits clairvoyants, Talleyrand entre autres^ virent le germe de la chute de l'Empire ; dès lors^ il est difficile de ne pas reconnaître dans la rédaction de cet acte étrange la trace de préoccupations et d'arrière-pensées.

Le 19 décembre 1809, Amy accoucha à" Londres d'une seconde fille, Louise-Marie-Charlotte.

Les années suivantes virent décroître la passion du duc de Berry pour Amy;, il lui fit des infidélités; du reste, il était et fut toujours incapable

de rester longtemps attaché à la même femme.

18 12 vit. la retraite de Russie, 1813 la bataille de Leipzig : on put pressentir de plus en plus la chute de l'Empire. Le commencement de 18 14 dessilla les yeux d'Amy : elle entrevit alors que ' rhomme qui l'avait aimée, séduite, épousée, allait se jouer d'elle ; elle lé lui reprocha durement. Depuis lors, elle garda le silence, seul digne d'elle, et, quoiqu'il soit arrivé depuis,» elle ne l'a jamais rompu, même lorsqu'on l'insultait.

Louis XVin, monté sur le trône, adressa au .Pape une demande en annulation du mariage du duc de Berry, se fondant sur ce que ce mariage avait eu lieu sans le consentement du chef de la famille royale (i).

Le mariage était-il valable ? Au point de vue de la loi anglaise, çans nul doute, puisqu'il avait été

I. Un double de sa demande existait encore il y a quelques années dans les archives de l'ambassade française près le Saint- Siège.

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contracté suivant la loi anglaise; et il est encore valable à ce point de vue, puisque la cour du banc du roi, seule compétente, n'a jamais prononcé le divorce ou l'annulation. Au point de vue de la loi française, on peut dire ceci : Le prince, exilé, était un simple particulier, comme tel soun^is à k loi commune ; or, son père n'a j'amais demandé Tannulation; de plus il y a eu possession d'État et cohabitation pendant huit ans, sans protestation d'aucun des intéressés; une seule formalité prescrite par la loi fut omise, l'inscription de l'acte de mariage sur le registre du consulat français, mais il y a eu cas de force majeure, puisque l'Empire fiit toujours en guerre avec l'Angleterre, ne fut jamais reconnu par elle, partant n'eut jamais de consuls chez elle; du reste, ce moyen d'annulation n'^ jamais été formulé, et la puissance civile, représentée par les tribunaux aujourd'hui, par le Parlement sous l'ancienne société, avait seule droit de prononcer l'annulation.

Nombre de familles françaises contractèrem à cette époque des mariages dans les mêmes conditions que le duc de Berry et, sauf un, qui fut célébré à nouveau en France, ils eurent tous leurs eflfets civils ; on peut trouver la preuve de ceci aux Archives nationales, dans les papiers de la chambre des pairs. Au point de vue religieux, le mariage était parfaitement valide .

Enfin, si tout cela avait été bien régulier, pourquoi les représentants autorisés de la légitimité. Chateaubriand à la mort du duc, Berryer lors du procès Paterson, ont-ils nié formellement et pubUquement l'existence du mariage avec Amy Brown ?

Le pape rendit un bref qui annulait h mariage, mais déclarait les deux fJles issues du mariage légitimes; la cour de Rome a rendu une sentence identique récemment, pour la princesse de Monaco. Amy ne forma pas la moindre opposition : elle était restée à Londres et voulut tout ignorer.

S'il faut en croire M. Henri Martin, {Histoire de

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France depuis ijS^y IV, 228), dès cette même année 1814 (i), le gouvernement de la Restauration refusa pour le duc de Berry la main d'une sœur de l'Empereur de Russie. Ces projets d'une nouvelle union, interrompus par les Cent Jours, turent repris en 18 15, cette fois avec les Bourbons

I. Voici ce qu'on lit dans la Correspondance inédite du prince

de Talleyraudet du roi Louis XV III pendant le congrès de Vienne,

publiée sur les manuscrits conservés au dépôt des affaires étran-

. gères, avec préface, éclaircissements et notes par G. Pallain,

i88î, in-80 :

« M. le duc de Berry m'a demandé si vous me parliez de son mariage; il m'a montré un peu d'humeur de la rigidité papiste et romaine du roi. Je lui ai répondu que vous ne m'en disiez rien. » (faucourt à Talleyrand, 29 octobre 1814.)

« M. le duc de Berry est fort occupé de son mariage, n'iraporte avec qui ; sur ce point, il a raison ; il est nécessaire qu'il soit marié et qu'il ait des enfants. » (Jaucourt à Talleyrand, le' novembre 1814.)

ff Je sors de chez Monsieur ;• à la fin de sa conversation,

il est revenu à parler de Vienne, du mariage de son fils, qu'il a trouvé entièrement décidé à ce grand parti ; pour chercher des causes dans les petits sentiments cachés au fond du cœur, la naibsance d'un jeune prince de la famille royale (le duc de Nemours) pourrait bien y contribuer. » (Jaucourt à Talleyrand. 9 novembre 1814.^

DJgitized

■Je Naples. Le gouvernement napolitain, avant •d'accorder la main de Marie-Caroline, exigea la preuve de l'annulation par le pape du premier mariage; une correspondance eut lieu à ce sujet, •entre lui d'une, part, les cours de France et de Rome d'autre part. Sur ma demande appuyée par le marquis d-e Noailles, notre ambassadeur près le roi d'Italie, M. Cairoli, ministre des affaires étrangères, a fait faire des recherches aux archives diplomatiques de Naples et il résulte de la réponse qui m'a été transmise tant par M. de Noailles que par le consul d'Italie que cette correspondance a disparu. D'autre part, M. de Freycinet, ministre des affaires étrangères, a fait faire à ma requête des recherches dans les archives diplomatiques de France, et il a été constaté que les pièces ont aussi disparu (i). Mais les documents dont je signale la

I . On a fait avec soin le silence sur tout ce qui concerne Amy Brown ; c'est ce qui explique pourquoi je n'ai rien trouvé sur -elle aux Archives nationales, section de la sûreté

disparition existent toujours (i) et Thistoire les connaîtra^certainement.

Le i6 avril i8f6, le duc de Berry épousa Marie- Caroline par procuration et en personne le 17 juin; entre temps, le 8 mai, le divorce avait été aboli; suprême hypocrisie, on l'abolissait pour les simples citoyens, on le rétablissait dans la plus inique des causes.

Amy comprit cependant qu'elle avait des enfants dont l'avenir était précaire; elle se décida à venir en France, elle laissa en Angleterre son fils, dont la présence eût pu créer de graves difficultés au gouvernement, et il est vraisemblable, du reste, qu'elle ne l'y laissa pas de son plein gré. Elle séjourna quelque temps (1815) au château d'Augerville (Loiret), depuis propriété de Berryer. Puis,

générale, alors qu'on y trouve des pièces, et quelles pièces I sur la duchesse d'Angoulême.

I . Le général de Charelte les a tous réunis, y compris l'acte de]mariage, que j'ai vainement cherché en Angleterre^ et pour cause.

par les soins du duc, on acheta pour elle à Paris un terrain, limité d'un côté par la rue de Clichy, de Tautre par la rue Blanche, et au milieu d'un grand jardin s'éleva un petit hôtel (i). C'est là qu'Amy vint cacher sa vie. Plus tard elle habita rue Neuve-des-Mathurins, 14, aujourd'hui rue des Mathurins, un hôtel (2) situé au fond d'un jardin avec terrasse sur la rue. Presque chaque jour, vers les quatre heures, le duc venait voir ses filles, il est à peine permis de dire qu'il venait voir Amy. Le 13 février 1820, il fut assassiné (3); nous

i.Sur cet emplacement s*est élevée en 1830 l'insiitution Saint- Victor, depuis collège Chaptal ; c'est aujourd'hui une <^cole communale.

2. Aujourd'hui démoli et remplacé par une grande maison à plusieurs étages.

3 . A rOpéra, alors situé sur l'emplacement actuel du square Louvois. rue Richelieu. Dans un mouvementde passion royaliste, on démolit l'Opéra — pauvre Opéra — et un monument expiatoire fut élevé en l'honneur du duc. Naturellement, le monument fut démoli après 1830. Aujourd'hui les enfants jouent à la même place et quel passant sq souvient de tout ceci ?

L'oraison funèbre du duc fut prononcés à Nantes le 22

laisserons parler l'historien officiel du duc. Châteaubriand :

« Un prince qui ne règne plus, un banni sans patrie, un soldat qui ne fait plus la guerre, est le plus indépendant des hommes. Il arrive souvent qu'il cherche dans les affections du cœur de quoi remplir le vide de ses journées. Userait inutile de taire ce que la mort chrétienne et héroïque du prince a révélé. Le duc de Berry faillit comme François P"" et Bayard, Henri IV et Grillon^ Louis XIV et Turenne... Il y a deux espèces de fautes qui, toutes graves quelles doivent être aux yeux de la religion, sont traitées avec indulgence dans k patrie d'Agnès et de Gabrielle.* » {Mémoires sur le duc de "Berry, 1820, in-8°, 105-6.)^

mars 1820, à Montpellier le 15, à Troyes le 19 par Mgr de Boulogne, à Beauvais le 3 , à Paris, en Vendée, à Saint-Denis par Mgr de Qjaélen, etc., etc. Il est permis de douter que la fidélité du prince à la foi jurée y ait été célébrée. Enfin, pour que rien n'y manquât, son éloge fut mis au concours par TAcadémie de Dijon et le prix fut décerné le 25 août 1820.

Je ne sais trop ce que Chateaubriand, qui savait la viritéy peut entendre par une faute grave aux yeux de la religion et comment il peut la trouver dans un ràariage béni par un prêtre catholique, dans une chapelle publique, en présence de témoins. Il ajoute :

« On z déjà raconté que Mgr le duc deBerry, libre en Angleterre, avait eu une de ces liaisons que la religion réprouve et que la fragilité humaine excuse.., Mgr le duc de Berry, cherchant en vain, dans sa conscience, quelque chose de bien coupable, et nY trouvant que quelques faiblesses, voulait pour ainsi dire les rassembler autour de son lit de mort pour justifier au monde la grandeur de son repentir, et la rudesse de sa pénitence. Il jugea assez: bien de la venu de sa femme poui lui avouer ses torts et pour lui témoigner le désir d'embrasser les deux innocentes créatures, filles de son long exil. « Qji'on les fasse venir, s'écria la jeune princesse, « ce sont aussi mes enfants. » Les deux petites

étrangères arrivèrent au bout de trois quarts d'heure; elles se mirent à genoux en sanglotant au bord du lit de leur seigneur, les joues baignées de larmes et les mains jointes. Le prince leur adressa quelques mots tendres en anglais pour leur annoncer sa fin prochaine, leur ordonner d'aimer Dieu, d'être bonnes et de se souvenir de leur malheureux père. Il les bénit, les fit relever, les embrassa; et, adressant la parole à M"' la duchesse de Berry : « Serez-vous assez bonne, lui dit-il, pour prendre « soin de ces orphelines ? » La princesse ouvrit ses bras où les petites filles se réfugièrent ; elle les pressa contre son sein et leur faisant présenter Mademoiselle, elle leur dit : « Embrassez votre sœur. — « Pauvre Louise, s^écria Mgr le duc de Berry, en s' adressant à la plus jeune, vous ne verrez plus votre père ! » On était partagé entre l'attendrissement pour le prince et l'admiration pour la princesse. M"** la vicomtesse de Gontaut, qui n'était pas prévenue, paraissait étonna. Madame s^en

aperçut et lui dit : <t Elle sait tout, elle a été sublime, »

J'estime qu'il y eut en tout ceci une comédie assez réussie : i° de la part de Chateaubriand qui connaissait tout; 2° de la part du duc^ qui mentit au moment de mourir ; 3° de la part de Madame, duchesse d'Angoulême, qui savait bien ce que le duc cachait ; 4° de la part de la duchesse de Beriy, qui n'ignora jamais complètement les négociations dont son mariage fut précédé.

On remarquera qu'il ne fut nullement question du fils, car pour parodier le mot de Bossuet, le duc lut prudent même envers la mort. Ce fils^ tenu si soigneusement éloigné *de France,- durant toute la Restauration, n'a pu revoir sa mère et venir en France qu'après la révolution de 1830 (i).

La duchesse de Beriy était bonne et fit son possible pour réparer les torts dont elle était la cause

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