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RICHEMONT

Celui-ci fut le plus intelligent et le plus énigmatique de tous. Qu'était ce nom de Richemont ? Quels étaient ses vrais noms ? Quelle était la date de sa naissance ? Il est impossible de répondre d'une façon satisfaisante à toutes ces questions. Dans le procès qui lui fut fait en 1834, il raconta une sorte de roman sur sa vie, on ne saurait dire ce qui peut s'y trouver de vrai. Le personnage, qui a encore ses croyants, quoiqu' étant mort depuis bientôt trente ans, est resté enveloppé d'une ombre épaisse que je ne puis percer. Tout dans le peu qu'on sait de lui est étrange. Condamné sous Louis-Philippe, il s'évade assez facilement et on le laisse revenir en France sans l'inquiéter. Quand il

meurt, sous le second Empire, on met les scellés sur ses papiers, comme s'il 'était détenteur de secrets d'Etat. Enfin, il n'est pas jusqu'à son acte de 'décès, avec l'annexe insolite qui lui est accolé, sur lequel on ne puisse épiloguer sans fin. Parmi les publications de son entourage, le livre de Suvigny est fiiit avec un talent véritable ; la plupart des témoignages y sont sophistiqués il est vrai, mais on peut aisément soupçonner sous cet appareil un point de départ souvent juste et des faits vrais qu'il a dû savoir d'original.

Par une étrangeté de plus, le jugement du 5 novembre 1834 n'a été donné qu'incomplètement par la GuT^etU des tribunaux ; le voici cependant tel quel :

« La cour, après en avoir délibéré, considérant qu'il » résulte de la déclaration du jury que Henri Hébert, » se disant Esthelbert-Louis-Hector-Alfrcd, baron de » Richement, est coupable :

« 10 D'avoir, ea 1830, 1831, 1832 et 1833, par une » résolution d'agir, concertée et arrêtée entre deux » ou plusieurs personnes restées inconnues, formé un » complot ayant pour but la destruction du gouveme- » ment et l'excitation à la guerre civile, etc, etc. ;

« 2° D'offenses envers la personne du roi, par des » écrits imprimés, etc., etc. ;

« 30 D'avoir été possesseur d'une imprimerie clandes- » tine et porteur d'une arme prohibée par la loi ;

« Faisant application, etc, etc, condamne :

« Henri Hébert, se disant Esthelbert-Louis-Hector- » Alfred, baron de Richemont, à douze années de » détention, ordonne la destruction de la presse clan- » destine et des écrits saisis. »

Voici encore un document étrange :

«Passeport à l'étranger, délivré le 7 février 1849, » par M. le préfet des Bouches-du-Rhône, à M. Louis- » Charles de France, natif de Versailles (Seine-et-Oisej, » demeurant à Paris, pour aller à Naples.

« Signalement : Agé de soixante-trois ans, taille d'un

Il8 LES SECRETS

» métré soixante-neuf centimètres, cheveux gris, front » haut, sourcils gris, yeux bleus, nez moyen, bouche » moyenne, barbe grise, menton rond, visage ovale, « teint coloré. »

Richement mourut au château de Vaux-Renard, à Gleizé, près Villefranche (Rhône),chez la comtesse d'Apchier^ dont le mari avait été page à la cour sous Louis XVI, d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Sur sa tombe fut gravée l'inscription suivante :

Ci-gît

Louis-Charles de France

né à Versailles le 27 mars 1783

mort à Gleizé le 10 août 1853.

En 1858 (pourquoi attendit-on cinq ans? encore une énigme) le ministre de l'intérieur, M. de Persigny, donna ordre au sous-préfet de Villefranche de faire disparaître rjnscription et ceci fut mis à la place :

nul ne dira sur ma tombe :

pauvre LOUIS

que tu fus à plaindre !

Priez pour Lui

Yoici maintenant l'acte de décès de Richemont :

Extrait du registre des Actes de Vétat civil de la commune de GleiTJj département du Rhône.

N° 19. Décès de Monsieur Louis-Charles de France.

L'an mil huit cent cinquante-trois et le onze août, -à dix heures du matin, par devant nous René de Vauxonne, maire et officier de l'état civil de la commune de Gleizé, canton de Villefranche, département du Rhône, ont comparu : i° Monsieur André Marie Enncmand de Nolhac, propriétaire, demeurant à Lyon, rue Vaubecour, n® 12, présentement à Gleizé, âgé de quarante-sept ans ; 2° Monsieur Dominique Lâchât, âgé de •quarante-six ans, curé de la comipune de Gleizé, y demeurant, lesquels nous ont déclaré que mercredi dix août,

à dix heures du matin, est décédé à Gleizé, hameau des Rousses et au château de Vaux-Renard, Monsieur Louis- Charles de France, natif de Versailles, rentier, demeurant à Paris, rue de Condé, N° 12, âgé de soixante-huit ans, célibataire,porteur d'un passe-port visé pourAix('Savpie) et délivré à Paris le vingt-sept juillet mil-huit cent cinquante trois, et ont signé avec^nous, Messieurs de Nolhac et Lâchât, témoins déjà nommés ; dont acte après lecture faite.

Signé au registre : MM. Lâchât, curé, Ennemand de Nolhac etR. de Vauxonne, maire.

Pour copie conforme délivrée à Gleizé, le dix-neuf octobre mil huit cent cinquante-cinq.

Le niaire de Gleizé, . „ R. DE Vauxonne.

Et voici l'annexe de cet acte :

Extrait ait registre des Actes de T état civil de la commune de Gleiié, département du Rhône.

(Suite au n» 19. Complément de l'acte de décès de Monsieur Louis-Charles de France.)

L'an mil huit cent cinquante-trois et le neuf septembre, par devant nous René de Vauxonne, maire et officier de Tétat-civil de la commune de Gleizé, se sont présentés : MM. 1° Jacques Philibert Pictet, propriétaire, demeurant à Lyon, rue de Sarron, n*» 1 1 ; 2° Denis Foyatier, propriétaire^ sculpteur, demeurant à Paris, rue Madame, n° 54; 3° Durant Tranchard, propriétaire, demeurant à Lyon, rue Sainte-Hélène, n® 33, lesquels, dans le but de suppléer à ce qu'il y a d'incomplet dans l'acte dressé le onze août dernier, à la suite du décès de Monsieur Louis-Charles de France, décédé à Gleizé, au château de Vaux-Renard, et comme amis du défunt, nous ont prié de recevoir la déclaration suivante, savoir qu'il est à leur connaissance que Monsieur Louis-Charles de France, décédé au château de Vaux-Renard, le dix août dernier, était habituellement porteur d'un acte de naissance délivré à \^ersailles, sous le nom de Louis- Charles de France, né à Versailles le vingt-sept mars mil sept cent quatre-vingt cinq, fils de Louis seize et Marie-Antoineette, reine de France, cette pièce ne s'étant pas trouvée lors de la rédaction de l'acte de décès et l'apposition des scellés empêchant de la rechercher,

les déclarants, comme amis particuliers du défunt, ont demandé à consigner la présente déclaration pour compléter cet acte et servir à telles fins qu'il conviendra.

Fait à Gleizé, les jours, mois et an susdits.

Signé au registre : MM. Tranchard, J. P. Pictet et

FOYATIER.

Pour copie conforme, délivrée à Gleizé, le dix-neuf octobre mil huit cent cinquante-cinq.

Le maire de Gleizé, R. DE Vauxonne.

Voici enfin l'acte de naissance dont il est question dans la pièce ci-dessus, acte d'une authenticité incontestable et qui ne sera pas déplacé dans ce livre :

Extrait du registre des actes de naissance de la ville de Versailles pour Vannée 1785.

L'an rail sept cent quatre vingt-cinq, le vingt-sept mars, très haut et très puissant prince Louis-Charles de France, duc de Normandie, né de ce jour,fils de trèshaut, trés-puissant et très-excellent prince Louis-Auguste, roi de France et de Navarre, et de très-haute, .

trés-puissante et très-excellente princesse Marie-Antoinette-Joséphe-Jeanne, archiduchesse d'Autriche, reine de France et dé Navarre, son épouse, a été baptisé dans la chapelle du roi, par Monseigneur le prince Louis- René-Édouard, cardinal de la sainte Église romaine, évêque et prince de Strasbourg, landgrave d'Alsace, prince d'état d'Empire, grand aumônier de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, en présence de nous, soussigné, curé. Le parrain a été très haut et très puissant prince Louis-Stanislas-Xavier de France, Monsieur, frère du roi, et la marraine, très-haute, très-puissante et très-excellente princesse Marie-Charlotte-Louise de Lorraine, archiduchesse d'Autriche, reine des Deux-Siciles, sœur de la reine, représentée par très-haute et très-puisr santé princesse Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène de France, sœur du roi, en présence de Sa Majesté, et ont signé. Signé : Louis, Louis-Stanislas-Xavier, Élisabeth-Marie-Hélène-Philippine, Marie-Adélaïde-Vic- TORiNE-LouiSE, L. P. J. d'Orléans, le cardinal.DE Ro- HAN et BROcauEViLLE, curé. ,

Ppur extrait conforme délivré le i8 avril 1848.

Lambinet.

Nous, président du tribunal de première instance séant à Versailles, certifions véritable la signature de M. Lambinet, maire de cette ville, apposée ci contre. Bernard de Mauchamp.

A Versailles, le i8 avril.

Inutile de dire que, si cet acte est parfaitement authentique, il ne confère aucun droit, aucune identité au porteur, puisque les registres de l'état civil sont publics et que des extraits doivent en être délivrés à toute réquisition, à la seule charge d'acquitter les droits.

BIBLIOGRAPHIE

1 . Pétition à la chambre des pairs y datée de Luxembourg, 2 février 1828. Manuscrite (auteur : Richemônt).

2. Proclamation^ datée de Luxembourg, 6 janvier 1830 (auteur : Richemônt).

3 . Protestation contre V élection de Louis-Philippe, 2 août 1830 (auteur : Richemônt^.

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