L'abbé Lebœuf place ce fait en l'année 11 16 ou
2. Une bulle du pape Adrien V, donnée en ii55, avait investi Henri II, roi d'Angleterre de la terre d'Irlande, que plusieurs familles se disputaient les armes à la main. Cette même année ce roi attaqua et soumit la partie méridionale de ce pays, composées des comtés de Dublin, de Kildare, de Louth et de Méat, malgré l'héroïque résistance de Roderic O'Connor. En 1171, Jean, tils du roi d'Angleterre fut le premier vice-roi d'Irlande.'(Bachelet et Désobiy, Dictionnaire historique et biographique).
HERVK I-. 5i
y termina ses jours dans la retraite et la prière. Quelques auteurs ont écrit que ce fut au monastère de la Trinité de Cantorbéry qu'Hervé se retira et finit ses jours.
4*^ Albcric de Montmorency;
5*^ Ilavisc^ mariée au chevalier Nivelon, seigneur de Pierrefonds, lequel, à la sollicitation de son frère, alors évêque de Soissons, donna Téglise de Saint-Mesme, près de son château, à l'abbaye de Marmoutiers, du consentement de Havise de Montmorency, son épouse, de Pierre, Auscoul, de Nivelon,et Dreux de Pierrefonds, ses fils.
SEIGNEUR DE MONTMORENCY, ECOUEN, CONFLANS, MARLY, FEULLARDE, SAINT-BRICE, EPINAY-SUR- SEINE ET HÉROUVILLE
L'un des grands événements qui marqua la fin du XI® siècle est assurément la prédication de Pierre TErmite et la réunion du concile de Clermont. A la voix du pontife, à celle de Tobscur religieux qui avait vu la misère des chrétiens de la Palestine, à cette voix qui criait et pleurait, et à la sollicitation du pape Urbain II répondent des milliers de voix : Diex le volt ! « Dieu le veut! » et tout chevalier s'apprête à affronter les infidèles et à délivrer de leurs mains le tombeau du Christ.
La croisade de 1096, à défaut du roi de France, eût dû avoir un des princes du sang à sa tête ; mais tels
n'étaient pas sans doute les desseins de la Providence. Le pieux Godefroid de Bouillon devait être le chef de cette croisade et le premier roi chrétien de Jérusalem. Le premier baron chrétien, le sire de Montmorency, lui aussi, manqua à ce rendez-vous de la foi, auquel la noblesse française ne fit pourtant pas défaut. Ce n'est que cinquante ans plus tard que les champs de la Judée verront la croix du Sauveur peinte sur Técu des Montmorency, et que ce terrible défi : « Dieu aide! » sera jeté au sein de la mêlée par ses descendants. Tandis que tous ces preux s'acheminent vers la ville sainte, voyons ce que fait Bouchard de Montmorency, puisque les ardentes supplications de Pierre l'Ermite ne l'ont pas entraîné, et que sa place auprès du roi et le soin de ses domaines l'ont empêché de voler à la conquête du Saint-Sépulcre.
En l'an iog6, le sire de Marly approuva ou confirma la donation que son père avait faite à l'abbaye de Coulombs des deux églises de Marly. Il céda aussi plusieurs rentes sur le territoire de Franconville aux monastères de Sainte-Honorine de Conflans, de Saint-Martin de Pontoise et de Saint-Pierre de Cluny • et, peu de temps après, donna son hôtel d'Ermenonville et celui d'Ecouen avec la dîme, aux religieux de Saint-Martin des Champs; il augmenta aussi le revenu du prieuré de Deuil.
Bouchard fit ensuite uue visite de dévotion à l'abbaye de Saint-Martin des Champs, en laquelle, avec la permission du roi, Hugues P'', abbé de Cluny, avait envoyé des moines de son ordre, avec un prieur nommé Ursion. Les officiers de sa maison et ses vassaux accompagnaient Bouchard, ainsi que les gentilshommes de son hôtel qualifiés du titre de barons, parmi lesquels Hugues et Richard, fils de Thiéry de Montmorency; et Eudes, fils
de Eudes de Montmorencys Hugues de Varennes ; Philippe de Tréfluze -, Guy d^Eaubonne-, et Herbert de Villiers, ■
Le comte de Rochefort s^y trouva pareillement, assisté de Eudes de Saint-Cloud *, de Guillaume Marmerel; et autres, en présence desquels le sire Bouchard de Montmorency accorda à cette abbaye Tamortissement des di- . verses donations qui avaient été faites de son fief, et ajouta d^autres dons à cette même abbaye, à laquelle il fit encore don de quarante sols de rente et à celle de Saint-Pierre de Gluny de cent sols de rente, le tout sur le péage du chemin de Pontoise *.
Deux ans après (1098), Bouchard fit don à Téglise d'Amiens des parties de terre qu'il possédait à Neville et Riesmainil; il confirma aussi les donations que Gauthier, surnommé Paganus (Payen), illustre chevalier; Abert, seigneur de Moucy-le-Neuf ; et Raoul le Bel, seigneur de Villiers et d'Omont; avaient faites des églises de Montmartre, de Sainte-Opportune, de Moucy et d'Omont à l'abbaye de Saint-Martin des Champs.
Vers Tan i loi, Bouchard ayant eu un différend avec Adam, abbé de Saint-Denis, au sujet des bornes et coutumes de certaines terres avoisinantes enclavées les unes dans les autres, et ayant tous deux oublié les devoirs de la religion et de la justice, après avoir assemblé leurs sujets et confédérés pour en décider par la force des armes, commencèrent, pour ce qu'ils ne se disputaient avant que par des paroles, à courir et ravager réciproquement leurs domaines et leurs terres ; mais l'abbé et
I. Dom Fcilibicn. — Histoire de Paris, p. 173. — Comme on le voit, les vassaux, les voyageurs, les marchands, faisaient les frais de ces donations, et il n'en pouvait être autrement sous la domination féodale.
ses gens furent battus en toutes rencontres. Ce qu'ayant appris, Louis le Gros, fils aîné du roi Philippe 1^% associé au trône de son père à cette époque, leur fît donner jour pour comparaître devant lui en son château de Poissy. Bouchard, qui se trouvait souvent à la cour, ne manqua pas de se rendre devant le prince, mais un soupçon qu'il eut que les juges de ce différend étaient en faveur de Tabbé et lui accorderaient tout ce qu'il demanderait, le détermina à se retirer du roi qu'il approchait familièrement sans prendre congé de lui ; et de fait Boiîchard fut condamné à réparer les torts et dommages qu'il avait faits à l'abbaye de Saint-Denis (i).
Le roi Philippe i^^ conçut un si grand déplaisir contre le seigneur de Montmorency, et ressentit si vivement l'offense de sa rébellion, qu'aussitôt il commanda à son fils, Louis le Gros, de rassembler une puissante armée pour marcher contre Bouchard et ses alliés dont les principaux étaient Mathieu, comte de Beaumont, son beaufrère, et Dreux de Moucy, chevalier du Beauvaisis , grandement renommé en expérience et valeur de la guerre.
I. Adam, 33« abbé de Saint-Denis, plaida dans la suite contre le roi Louis-le-Gros lui-môme au sujet et pour la conservation des biens, droits, et immunités accordés à l'abbaye par le roi Dagobert I«'" et ses successeurs, et que le roi mal conseillé voulait usurper. Il contraignit aussi à main armée Hugues du Puiset et autres seigneurs du pays chartrain de cesser leurs violences à l'endroit des sujets de l'abbaye et de ses biens à elle et à eux ; il remplit aussi plusieurs missions auprès du pape et de l'empereur d'Allemagne. Il était le père des pauvres, le soutien des veuves et des orphelins, un miroir de vertu et grand défenseur de son abbaye; son plus beau titre de gloire fut d'avoir exempté miséricordieusement des servitudes personnelles et corporelles les sujets de son abbaye qu'il soulagea à son possible. {Antiquités de Saint-Denis, par Jacques Doublet, pages 225 et 226. Histoire des environs de Paris, par Touchard Delafosse,tome m, p. 525.
bC) LES SEIGNEURS DE MARLY.
Toutefois, sachant que le roi s'avançait assisté de son oncle Robert, comte de Flandre, qui avait amené avec lui quelques compagnies de flamands, ils quittèrent lacampagne, plutôt par respect pour le roi que par crainte de combattre, et s'enfermèrent dans le château de Montmorency. L'armée royale les suivit et, tout en marchant, pilla les terres de Bouchard et détruisit, par le feu, les arbres et les moissons, les villages et les châteaux de ce , vassal rebelle. Le château de Marly fut notamment . brûlé et détruit. De son château de Montmorency, Bouchard put voir s'élever, dans la vallée et de tous les côtés, les flammes qui anéantissaient ses domaines et ses richesses, détruisaient ses maisons et villages, sans que les habitants fissent la moindre résistance.
Il était fort irrité de ces ravages ; aussi lorsque l'armée du roi fut arrivée devant le château de Montmorency, ceux qui le gardaient résistèrent au roi, ce qui lui causa tant d'indignation qu'il le fit attaquer avec furie, mais la résistance ne fut que plus opiniâtre, et le siège dura longtemps, car plusieurs actes furent échangés lors de ce siège. Orderic Vital, moine de Saint-Evroul, qui a écrit l'histoire de ces temps, remarque que pendant que l'on battait avec l'armée les trois portes du château *, Sim.on II, de Montfort-l'Amaury, dit le Jeune, raffermissait le courage des soldats par son allégresse et sa vaillance.
Ce seigneur était à la tête de cent braves chevaliers de renfort que la comtesse Adèle de Chartres envoyait au
I. Le château de Montmorency avait trois portes appelées : porte Notre-Dame, porte de la Gcole, et porte de Bagues ; c'e'tait une place assez importante des environs de Paris ; il était situé auprès de l'église actuelle.
BOUCHARD IV. • b-j
roi, en Fabsencc du comte Etienne, son mari. Malgré toutes ces troupes, il arriva un jour qu'à un assaut contre la place, plusieurs seigneurs de l'armée royale qui favorisaient Tobstination des assiégés, reculèrent, et par frayeur simulée entraînèrent leurs compagnons à prendre la fuite, d'où vint que plusieurs d'entre eux qui s'étaient trop avancés et n'étaient plus soutenus, furent tués par les assiégés, entre autres : Raimbaud Creton, seigneur d'Estourmel, qui marchait à la tête des assaillants, et Richard de Licques.,
Enfin les assiégés, voyant le château ruiné et démantelé et sachant bien qu'avec le temps cette place allait finir par tomber aux mains d'un prince aussi courageux, s'en remirent à la décision et à la justice royales pour terminer cette guerre. Ainsi finit ce second siège de Montmorency.
Le roi reçut ensuite Bouchard à la cour, et celui-ci vint baiser sa main ; il était accompagné des chevaliers de sa terre, qui tous portaient un collier dont les anneaux étaient faits en forme de tête de cerf, auquel pendait une médaille à l'efiigie d'un chien courant', ce qui a fait présumer que Bouchard avait fondé un ordre de chevalerie, dit ordre du chien ; nous ne croyons pas qu'il en fut ainsi , mais seulement que le chien fut adopté par les Montmorency comme l'emblème de leur attachement et de leur fidélité au roi. En effet un chien ornait le cimier de leur casque parfois, et sur les pierres de leur tombeaux et à leurs pieds se voit un chien, au lieu d'un lion, qui se voit souvent représenté sur les tombes des chevaliers de cette époque.
Bouchard IV avait épousé en premières noces demoiselle Agnès de Beaumont, dame de Confians-Sainte-
Honorine, fille de Yves II, comte de Beaumont-sur-Oise, et d'Adèle, sa femme. Agnès avait apporté en dot à son mari la seigneurie de Gonflans. Cette terre était le premier fief de Tévêque de Paris, et le seigneur de ce lieu était Tun des quatre seigneurs ayant le droit de porter le dais sur chaque nouvel évêque de Paris, venant prendre possession de son église et de son diocèse, ce que Ton tenait alors pour un grand et insigne honneur. Bouchard eut de son mariage avec Agnès deux fils et deux filles.
A l'issue du siège de Montmorency, Bouchard se trouvant veut, le roi, par estime pour lui, lui fit épouser Agnès de Pontoise, qui descendait de Dreux, comte du Vexin, de Pontoise et d'Amiens, porte-oriflamme héréditaire de France, oncle paternel de Raoul II, comte de Crespy-en-Valois, aïeul de la comtesse Alix, mariée à Hugues le Grand, frère du roi Philippe P^ Le père d'Agnès, était Raoul le Délicat, fils d'Amaury de Pontoise. Raoul, était seigneur en partie de Pontoise, de Méru et autres terres, et avait épousé Havise, qui était de si noble extraction, que lorsqu'elle mourut, le roi de France assista à ses obsèques, en l'église de Saint-Martin-des-Ghamps, où elle fut enterrée. Au milieu d'une foule innombrable de seigneurs qui assistèrent à cette funèbre cérémonie l'on voyait Bouchard de ^Montmorency, gendre de la défunte-, Guy de Senlis; Valebran de Villepreux ; Nitard et Séguin de Poix ; Yves de Gonflans ; Sultan, fils de Garnier de Paris ; Foulques de Parcenc; Guillard de Puysieux ; Guillaume d'Hérouville; en présence desquels Raoul, mari de la défunte, confirma à ladite église de Saint-Martin des Ghamps, le don des hôtels ou châteaux de Mcru et d'Hérigny et
BOUCHARD IV. 5a,
des autres donations qui lui avaient été faites sur les terres de Méru, Hérigny, Tul et Mistiger, du consentement de Raoul, Amaury et Agnès, ses enfants. Bouchard après son second mariage augmenta encore les biens de cette abba3^e, par le don de plusieurs droits et coutumes qui lui étaient échus du chef et avec le consentement de sa femme.
Étant en son château de Poiss\% le roi Philippe P"", donna un bois dans la forêt de Cruye (foresta Creia) ou de Marly, à Téglise de Saint-Gloud, en Tan 1106.
Dans une charte datée de l'an 1 108, Ton voit figurer les noms de Bouchard de Montmorency ; de Baudoin et ■Raoul le Bel de Villiers -, de Hugues, fils de Thiéry de Montmorency ; d'Albéric de Luzarches ; de Hugues d'Argenteuil et de Eudes de Groley.
L'année 1 1 10 fut l'époque d'une querelle entre Adam, abbé de Saint-Denis et Richard, avoué d'Argenteuil ; nous en ignorons la cause, mais il est présumable que l'abbé eut à réprimer certains empiétements de Richard. Quoi qu'il en soit, ce différend fut terminé par un acte où figurent les noms de : Bouchard de Montmorency'*, d'Anselme et Guillaume de Garlande], seigneurs de.Livry ; de Matthieu, comte de Beaumontsur-Oise ; de Payen de Montjay et Eudes, chancelier de France.
La même année, Bouchard de Montmorency, pria Galon, évêque de Paris, de confirmer les donations que son père avait faites à l'église de Deuil, de la censiveet de la justice sur les hommes dudit lieu, a'vec ce qu'il letenait en fief de l'évêque, dans les dîmes de Gonesse, et la concession qu'il y avait ajoutée lui-même, savoir : du droit de la collation aux églises de Saint-Pierre de Go-
6o LES SEIGNEURS DE MARLY.
nesse et de Saint-Marcel de Saint-Denis, ce que Tévêque lui accorda * .
Nous croyons que Ton peut rapporter à ce même temps une expédition que le roi Louis le Gros eut à soutenir de nouveau contre Bouchard de Montmorency et autres vassaux de la couronne qui faisaient la guerre et pillaient les biens des églises et des autres petits seigneurs.
Voici comment le moine de Saint-Denis parle de cette expédition : Assez jeune d'âge, mais vieux de mœurs, Suger, moine de Saint-Denis, fut depuis précepteur du roi Louis VII, le plus glorieux des abbés de ce monastère et le régent du royaume. Au temps de Tabbé Adam, il avait été élu prévôt de Thoury, en Beauce, Tune des premières dignités du monastère. L'abbé, son supérieur, le reconnaissait déjà .capable des plus grandes charges. Pendant qu'il eut ladite prévôté ou gouvernement, il fut assiégé dans son château de Thoury par l'armée de Hugues, comte du Puiset, lequel était associé et ligué contre le roi, Louis le Gros, avec plusieurs grands princes et puissants seigneurs ; savoir : Bouchard, baron de Montmorency ; Guillaume, comte de Corbeil ; Matthieu, comte de Beaumont; Drogon de Moucy ; Drouët de Montjay; Ebles, comte de Rouse}^; Léonnet, comte de Mehun; le seigneur de Monti)s et autres, qui tous faisaient la guerre à plusieurs églises, et avaient de longtemps envahi et usurpé les biens d'icelles, pour la défense desquelles églises et biens y appartenant le roi avait mis une armée aux champs contre eux. Suger soutint courageuse-
I. Archives de Saint-Florent de Saumur. Prieuré de Deuil. Collection de Dom Villevieille.
BOUCHAKl) IV. 6i
ment le siège, et se défendit vaillamment, faisant des escarmouches et des sorties furieuses sur les assiégeants, desquels il en demeurait toujours une bonne partie, jusqu'à ce qu'il fut secouru par l'armée du roi, qui la conduisait en personne, ce qui fit que les ennemis levèrent le siège. Le roi, arrivé audit château de Thoury (qui était une des châtellenies de l'abbaye de Saint-Denis), après avoir vu et considéré icelui, et l'avoir muni de toutes choses nécessaires, tira vers Orléans et recommanda audit Suger de le suivre avec son armée, à quelques journées après son départ. Suivant le commandement du roi, Suger se mit aux champs avec son armée, et ayant rencontré le lieutenant du comte du Puiset qui conduisait une partie de l'armée ennemie, il se donna une bataille dans laquelle Suger défit et fit prisonnier ledit lieutenant qu^il envoya avec honte et infamie comme rebelle à son roi, dans les prisons de la ville de Saint-Denis i. L'expédition se termina à l'avantage du roi, qui reçut encore, pour un moment, l'hommage de ses vassaux insoumis. Par une charte datée de l'an 1 1 16, Bouchard obtint du roi la confirmation ou l'amortissement des rentes qu'il avait données aux églises de Saint-Martin des Champs et de Saint-Pierre de Cluny, lesdites rentes avaient été assignées à prendre sur son travers de Poissy, c'est-àdire sur le droit de traversée de la ville, par chaque chariot, et sur la rivière par chaque bateau. Comme témoins à cette charte figuraient : Anselme de Garlande, sénénéchal du roi ; Gilbert de Garlande, bouteiller de France, son frère; Hugues, connétable; Guy, chambrier ; et Etienne, chancelier de France. En 1 1 18, Bouchard mar-