Les Seigneurs de Muno
Le village de Muno (1), canton de Florenville, arrondissement de Virton, province de Luxembourg, forme aujourd'hui, avec les deux villages ou hameaux de Lambermont et de Watrinsart, une commune d'environ 1,500 habitants.
Muno, à qui l’on donnait quelquefois le titre de ville, était jadis le chef-lieu d'une seigneurie composée de trois villages et de quatre fermes isolées.. Cette seigneurie, qu'on appelait la terre ou le ban de Muno, était une des quatre sireries du duché de Bouillon.
Le territoire de Muno s’étendait du nord au sud sur une longueur d'environ trois lieues, formant une bande étroite dont la plus grande largeur n’atteignait pas une lieue. Il se terminait, au nord, par la presqu’ile allongée que contourne la Semoy devant Cugnon, et aboutissait au midi à la principauté de Carignan (France). Le duché de Bouillon le bornait au couchant et le Luxembourg au levant. De ce territoire assez considérable, la partie la plus méridionale, seule, était peuplée et cultivée. Le reste se composait d’une forêt épaisse et sauvage appartenant au seigneur.
IT y avait, à Muno, un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint- Vannes de Verdun, fondé au commencement du xr° siècle, par un comte Herman sur lequel on est loin d'être d'accord. Les uns pensent que c'était un fils de Godefroi l’ancien, dit à la Barbe (?); d’autres soutiennent qu'il était fils du comte Godefroi et de Mathilde, comtesse de Saxe (5).
(?) Munau, Muneau, Munozs, Munols, Musneau, etc.; on trouve ce nom écrit de toutes les manières possibles.
(2) Cartulaire du prieuré de Munols, tit. coté A.
(*) Dom Carmer, Histoire de la Lorraine, t. II, preuves, p.45.
OR LS — NE RE — EE dé
TS Lu roue rt RE EMA LS Lab A de € 4 pe ee é : PIS ETES it -C'rÈt TRE
NN Te ee TE
EIMO
Pour le spirituel, Muno dépendait de larchevéché de Trèves. Quant à la haute souveraineté et à la mouvance féodale, si longtemps contestées, les défenseurs des droits du duché de Bouillon prétendaient que cet Herman, frère cadet d’un comte de Bouillon, ne possédait le domaine utile de Muno que comme apanage, sous la suzeraineté du comte; qu'il n'avait done pu donner aux moines de Saint-Vannes des droits qu'il n'avait pas lui-même. Les autres soutenaient, au contraire, qu'Herman jouissait du domaine de Muno en pleine propriété et souveraineté, au même titre que son frère possédait Bouillon.
Quoi qu'il en soit, il semble prouvé que, dès les temps les plus anciens, les prieurs de Muno faisaient relief de leur fief au duché de Bouillon, et que les habitants de Muno ressortissaient à la cour souveraine du duché. Pour se garantir des malheurs de la guerre, les habitants de Muno, qui se trouvaient sur la frontière extrème du pays, s'étaient mis successivement et moyennant une prestation ou une
redevance, sous la sauvegarde du comte de Chiny (due de Luxem-
bourg), du duc de Lorraine, du prince de Sedan, ete. Ce sont ces
mêmes redevances qui donnèrent lieu, plus tard, aux prétentions des
ducs de Luxembourg.
Le dernier prieur régulier de Muno, nommé Jean de Bossu, étant mort, en 1525, Nicolas Goberti, évêque in partibus de Panade et abbé commendataire de Saint-Vannes, obtint de la cour de Rome, à cause de la pénurie de ses revenus, de jouir par lui-même du prieuré, à titre de commende. Il en prit possession, de l'agrément des religieux, le 25 juillet 1525. Cependant un clerc séculier du diocèse de Liéce, nommé Charles de Semmery, avait obtenu, dans l'intervalle, la commende du mème prieuré, en vertu de lettres de premières prières .de l'empereur Charles-Quint, en date du 25 juin 1525 (1). I se fit mettre immédiatement en possession par les officiers de justice d’Ivoix (depuis Carignan), qui se portérent à des voies de fait contre
(") Mémoire historique et canonique pour dom Jean François, p. 3.
ue De
ie ei er FAURE 2 L ns DE RESTE RE T