‹ Les Seigneurs de MunoChapitre 2 sur 15 · I CE · texte numérisé non relu

I CE

son concurrent; lui enlevèrent même, de force, les actes de la possession qu'il avait prise et divers autres titres.

Cette compétition donna lieu à de longs et interminables débats pendant lesquels la souveraineté des ducs de Bouillon fut, tour à tour, reconnue et contestée par le gouvernement de Bruxelles. À Charles de Semmery suceéda, par résignation, son frère Michel, moyennant l'engagement pris par ce dernier de payer une pension annuelle de vingt écus au soleil à Pierre Goberti, chanoine de Verdun et frère de l’abbé. Ce Michel prèta foi et hommage entre les mains du prévôt de Bouillon, le 14 juillet 1529. Mais ces deux Semmery étaient des gens difficiles en affaires. Michel ne tarda pas à refuser la pension convenue et au payement de laquelle il s'était engagé, de nouveau, par un acte authentique du 20 février 1555. Ni les menaces de l’évêque de Liège, due de Bouillon, ni les lettres compulsoriales de la cour de Rome ne purent vaincre son obstination.

En 1555, le pape Paul IT eréa une pension en commende, sur le prieuré de Muno, en faveur de Charles Lambert d'{eure; chanoine de Saint-Lambert. Cette pension avait été créée du consentement de Michel de Semmery qui, selon son habitude, s'empressa de ne pas la payer. Le chanoine d'Heure se pourvut alors à Rome, et en obtint la collation du prieuré, en 1559. Il en prit possession, en 1560.

Nouvelles complications. Au prieur nommé par le pape le collateur ordinaire, l'abbé de Saint-Vannes, opposa un compétiteur, Jean du Hautoy, religieux de l’abbaye de Mouzon. La cour de Bouillon Padmit

-à foi et hommage, sauf le droit d'autrui, le 19 août 1570. Procès

entre les deux titulaires. Séquestre des fruits. Résignation de du Hautoy entre les mains du cardinal de Lorraine, abbé de Saint-Vannes. Celui-ci lui donna pour successeur, dom Jacques Mengin de l’abbaye de Saint-Airy de Verdun, puis deux autres religieux, Simon de Locquin et Jean d’Ambly, un Français, qui s’adressa au roi Henri II ct réclama son intervention auprès de l'évêque de Liége, due de Bouillon, L’évêque avait séquestré le prieuré par mandement du 26 juin 1572, et fait confisquer par la cour de Bouillon, le 16 juin 1574, la terre et seigneurie de Muno pour crime de félonie et violences commises par ces nombreux prétendants.

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Les jésuites venaient, alors, de s'établir à Liége. L'évèque Gérard de Groisbeck, qui favorisait leur institut, crut que le moyen le plus convenable de mettre fin aux contestations que la possession de Muno soulevait depuis un demi-siècle, était de leur donner cette succession si vivement disputée. Il obtint d’abord la renonciation du ütulaire, Lambert d'Heure; puis, en qualité de duc de Bouillon, suzerain de Muno, il leur octroya la jouissance du prieuré dont les revenus devaient servir à l'entretien de leur maison (15 juin 1575).

Une bulle du pape Grégoire XIII, délivrée à la sollicitation du prélat, avait précédemment autorisé ou décrété l'union du monastère de Muno au collége des jésuites de Liége. Cependant l’évêque de Verdun, abbé de Saint-Vannes, ne voulant pas reconnaitre la confiscation prononcée par la cour de Bouillon ni le don fait aux jésuites, nomma, de son côté, un nouveau prétendant, dom Benoit de Marche, prieur claustral du Munster, à Luxembourg. Cette nomination fut l’occasion d’une tentative nouvelle contre la suzeraineté du duché de Bouillon. Dom Benoît s’adressa au conseil de Luxembourg pour être mis en possession de son bénéfice, et le comte de Mansfeldt, gouverneur du duché, lui prêta main-forte, s’empara de Muno et s’y fortifia. De Melder, gouverneur de Bouillon, se préparait à l’attaquer quoi qu'avec des forces inférieures, lorsque le duc de Parme, gouverneur général des Pays-Bas, intervint à la demande des jésuites et de l'évêque de Liége, et donna l’ordre à Mansfeldt de réintégrer les PP. jésuites dans la possession du prieuré « promptement et sans autre mystère. ». Ce sont les termes de sa lettre. Mansfeldt, au lieu d’obéir, souleva la question de la mouvance de Muno, qui relevait, prétendait-il, du duché de Luxembourg. Cette objection donna lieu à des conférences qui se tinrent successivement à Mons et à Saint- Hubert, de 1580 à 1590, et pendant lesquelles les revenus du prieuré demeurèrent séquestrés, jusqu'en 1583 que les jésuites en obtinrent main-levée provisoire de la part de l’évêque, duc de Bouillon.

Les conférences n’ayant abouti à aucun résultat, le gouvernement de Luxembourg se mit, à son tour, à séquestrer Muno.

Pendant ces séquestres successifs, les jésuites, pour parvenir à rentrer en possession de leur prieuré, s’adressèrent au cardinal de Vaudemont, abbé de Saint-Vannes, et en obtinrent son consentement à l'acte d'union du prieuré de Muno au collége de Liége. Ce cardinal,

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qui leur était entièrement dévoué, força même, par des voies de fait et des emprisonnements, les religieux de Saint-Vannes à ratifier cette cession (‘). Ils le firent tous, à l'exception d’un seul, nommé Boncompan, mais à la condition que les jésuites produiraient la bulle de Grégoire XIII, qu'ils invoquaient comme titre. Cette bulle ne fut jamais produite et nous verrons, plus loin, pourquoi.

Forts de ce consentement, ils obtinrent, en 1601, la main-levée définitive du séquéstre mis par le duc dé Bouillon. Dans la requête qu'ils présentèrent à cet effet, ils ne contestaient nullement les droits du duché sur Muno; mais ils n’eurent pas plutôt obtenu leur demande qu'ils s’adressèrent, aux mêmes fins, à Bruxelles. Leur politique était de perpétuer le conflit entre Luxembourg et Bouillon et de se frayer ainsi la voie à une indépendance absolue.

Dans l'intervalle, le roi de France était intervenu par les armes, et avait fait raser le fort élevé à Muno par le gouvernement des Pays-Bas.

Un mandement de main-levée leur fut accordé par les archidues, le 11 février 1602, mais toujours sous la réserve de la souveraineté.

Devenus, enfin, paisibles possesseurs de leur conquête, les jésuites poursuivirent leur plan avec une persévérance qui ne se démentit jamais. Opposant tour à tour la juridiction de Bouillon à celle de Luxembourg, et celle de Luxembourg à celle de Bouillon, ils voulaient les anéantir l’une par l’autre et rester seuls maîtres.

Dès l’an 1605, le 12 mai, ils firent publier par les gens de justice qu'ils avaient établis dans leur terre, un record, espèce d'acte ou de déclaration, dans lequel ils s’attribuaient une infinité de droits auxquels les prieurs de Saint-Vannes n'avaient jamais pensé, comme celui de faire grâce aux criminels. Et, cette année même, en vertu de ce record, leur recteur de Liége fit mettre en liberté des femmes acecusées de ‘crimes, dont le prévôt de Bouillon voulait s'emparer (*).

Traduits, en 1609, au conseil du prince de Liège, due de Bouillon, par les habitants de Muno qui se plaignaient, à tort ou à raison, de leurs vexations et de leurs violences, ils s’adressèrent au conseil de Luxembourg qui fit défense aux habitants, sous peine de châtiments

(!\ 20 septembre 1586.

E) Mémoire manuscrit pour prouver la compétence de l'arrêt du 6 septembre 473%.

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