‹ Les seins dans l'histoireChapitre 12 sur 67 · I. K li K NI) A 1 H K S ET HISTORIQUES · texte numérisé non relu

I. K li K NI) A 1 H K S ET HISTORIQUES

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contrairement à l’avis des plus illustres médecins allemands, et il s’est opposé à l’intervention anglaise.

Une lithographie, sans date ni signature : Encore un cancer ! (fig. 30 bis) rappelle les horribles souffrances endurées par la malheureuse Caroline, épouse de Georges IV d Angleterre, qui

Fig. 36 bis.

succomba aux ravages d’un cancer du sein, comme Anne d’Autriche 1).

La duchesse d’Orléans, douairière, mourut de la même maladie, attribuée, comme on sait, à la maladresse d’un valet de chambre qui, en voulant atteindre deux volumineux in-folio, en laissa tomber un sur le sein de la princesse.

2U Sur l’allaitement et le lait. — Hommes à la mamelle. — L’exemple de Cimon allaité, dans sa prison, par sa fille, Péra, selon les uns, Pérus, selon d’autres, n’est pas unique ; on connaît

il) Anecd. hist. et relig., p. 68.

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aussi celui de David, fils de Robert III, un érotomanc qui, pour satisfaire sa passion, ne reculait pas devant l’assassinat et fut jeté dans les cachots d’une citadelle, avec ordre de le laisser mourir de faim. Aussitôt enfermé, il parvint à séduire la fille de son geôlier, et celle-ci, avec l’aide d’une amie dévouée, récemment accouchée, put le nourrir quelque temps. « La jeune geôlière allait souvent visiter le prisonnier, et à chaque fois elle lui portait des galettes très minces, qu’elle dissimulait sous son chapeau ; l’autre femme lui faisait sucer son lait, au moyen d’une sarbacane passant à travers une fente de la muraille. Ces deux malheureuses femmes furent découvertes et payèrent de leur vie leur humanité 1). » Le procédé de la sarbacane n’est pas banal, mais il nous paraît au moins superflu : la jeune geôlière, qui portait des consolations morales et physiques au prisonnier, ne pouvait-elle remplacer ses galettes par des victuailles plus substantielles : une forte tranche de bœuf ou de jambon, par exemple? De la sorte, sa félicité eut été complète : consolations et consommations, à discrétion.

Un tableau de Vincent Lami, à l’Académie des Beaux-Arts, de Florence, représente, dans une scène du siège d’Ancône par l’empereur d’Allemagne, Frédéric. Ier Barberousse (1174), une dame Anconitane qui offre son lait à un soldat mourant de faim.

Lallemand a fixé sur la toile un épisode analogue de la guerre de Sécession (fîg. 37). La gravure de ce tableau, faite par Mangein, porte en titre : Le Triomphe de la tendresse , et en sous titre, pseudo-ironique : Dédié aux âmes sensibles.

Une des Observations de médecine , de Lazare-Rivière, relevée par le D1' Georges Legrand, dans la 21' édition de 1 ( > 8 S , est citée comme un exemple de tuberculose communiquée par contagion, à la suite d’un régime lacté pris à la mamelle : « La malade, âgée de quinze ans, avait contracté sa maladie auprès de sa sœur, laquelle avait donné du lait, pendant quelques jours, à M. 1 abbé de Saint-Paul qui était mort phtisique depuis deux mois. Or, ladite sœur, âgée de vingt-deux ans, d’une bonne habitude, mourut aussitôt après de la même maladie. >■ Mais la jeune sœur guérit de sa prétendue phtisie pulmonaire. Pour nous, la contagion n est nullement prouvée, attendu que l’auteur de l’observation oublie de nous

(I) F. Debray, Histoire de la Prostitution.

FAITS LEGENDAIRES ET HISTORIQUES

renseigner sur les antécédents de ces jeunes malades , il peut fort bien n’y avoir là qu’une coïncidence. Ce qui nous intéresse dans ce fait, c’est l’administration du lait de femme contre la tuberculose.

11 paraît que Li-Iiung-Chang, mort récemment d un ulcère de l’estomac, fut mis au régime du lait de femme et avait à sa dispo-

Fig. 37.

sition plusieurs nourrices qui se relayaient toutes les deux ou trois heures, suivant l’appétit du nourrisson cachectique. « Buvait-il à la mamelle, se demande La Lanterne , à qui nous laissons la responsabilité du fait ? se contentait-il d’absorber un lait préalablement et soigneusement recueilli ? Ce point demeure obscur. » Espérons qu’un jour ce menu, mais intéressant petit problème de l’histoire, sera éclairci.

Hommes nourrices. — Et pourquoi pas ? Les hommes ne sont-ils pas pourvus de mamelles comme les femmes ? Il y a actuellement (1901), en Allemagne, un bouc — ce n’est pas le premier de son espèce — qui donne un litre de lait par jour, et comme l’homme appartient à la même classe des mammifères, qui

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l'empêcherait de jouir du privilège laclifère de ce quadrupède lubrique ? Dans le sexe masculin, il est vrai, les mamelles sont le plus souvent atrophiées ; mais, à la naissance, qu’il s’agisse d’une fille ou d’un garçon, il n’est pas rare de les voir fournir du « lait de sorcier ». Chez l’adulte, et môme chez le vieillard, l’hommcnourrice n’est pas, non plus, un mythe ; aux exemples déjà cités (1), nous ajouterons, en les résumant, ceux que M. E. Santini de Réals a réunis dans un article de la Science française. Nélaton (2) parle d’un jeune homme de vingt-trois ans, qui présentait une véritable glande mammaire gauche, d’où s’échappait, à la pression, un liquide ayant tous les caractères physiques du lait. De môme Horteloup, dans sa thèse d’agrégation (1872), mentionne le cas d’un homme de soixante-dix-neuf ans, qui, depuis neuf années, portait dans le sein gauche une tumeur liquide d’où l’on tira deux verres de lait pur. Schacher cite, d’après le témoignage de Jean Benoit Erandellius, un « sale petit mendiant », âgé d’environ neuf ans, qui faisait jaillir doses seins une humeur lactée représentant la valeur de vingt gouttes et plus ; par exemple, ses mamelles étaient un peu plus petites que celles des autres enfants (3) .

Nous lisons ceci dans les Transactions philosophiques de la Société Royale de Londres, traduction du Dr Demours, année 1741 : « Le 19 août 1733, l’évêque de Cork (Angleterre) écrivait au comte d’Egmont : — « Je vais vous parler d’un homme que j’ay trouvé à Inishanan, à dix mille d’ici. C’est un individu d’environ septante ans, François de naissance, qui a esté obligé de quitter sa patrie à cause de la religion. Il me demanda l’aumosne, et je lui donnai un petit écu. Etant rentré chez moi, j’entendis quelque bruit a la porte ; cet homme, transporté de reconnoissance, éloit revenu pour me faire voir une curiosité ; c étoit son sein, avec lequel il m’asseura avoir allaité autrefois un de ses enfants. Sa femme, me dit-il, étoit morte deux mois après ses couches. Lue nuit que cet enfant, qui avoit couché auprès de lui, crioit plus que de coutume, il lui donna le sein, espérant 1 apaiser par ce moïen : mais il trouva qu’avec le teins, 1 enfant tiroit du lait, et m’asseura que, dans la suite, il en eût assez pour le nourrir. Je

(1) Curios., p. G9.

(2) Éléments de palholor/ie chirurgicale, p. 10-.

(3) M. René Duval, Thèse de doctorat, 1881.

regardai ses mamelles, que je trouvai fort grosses pour celles d’un homme : mais le mamelon estoit aussi gros, ou môme plus, qu aucun de ceux que j’aye jamais veus chez les femmes. » Les évêques et les petits abbés ne tartuffaient pas au xvmc siècle et ne baissaient

pas les yeux devant les seins des dames.

Un cas analogue fut observé par le D1' Juan Gastelar, et il en lut la relation dans la session du 7 octobre 1798, de la Faculté de Madrid. Il s’agissait d’un laboureur de trente-six ans, nommé Lozano, dont la femme mit au monde deux jumeaux, un garçon et une fille ; le lait de la mère étant insuffisant, le père mit ses enfants à son sein pour calmer leurs cris : les succions répétées de sa progéniture affamée firent venir le lait, dont il allaita, pendant cinq mois, son petit garçon. On trouvera un autre exemple d’homme nourrice, dans le livre de MM. A Hervé et F. de Lanoye, Voyages clans les glaces, page 80.

Nourrices fabuleuses (1). — Pythagore a eu pour nourrice un peuplier qui distillait un suc analogue au lait.

Après la naissance de Ptolémée Soter, sa mère, Arsinoé, l’aurait, selon Suidas, fait exposer sur un bouclier. Un aigle descendit vers l’enfant et l’enleva dans son aire; il déchirait les corneilles pour le nourrir de leur sang, au lieu de lait.

On sait qu’une des filles du fleuve Sangaris devint grosse, en cueillant — non pas la noisette — mais un fruit à l’amandier provenant des glandes séminales d’Agdistis, coupées par les dieux cruels; son fils Atys fut, comme Zeus, nourri par une chèvre.

Faut-il rappeler que le roi de l’Olympe est représenté par les artistes couvert de la peau de la chèvre Amalthée, sa nourrice?

Coutumes relatives aux nourrices. — Il est souvent parlé, dans le Kama-Soutra, de la « sœur de lait » ; c’est que du temps de Vatsyayana, les dames Hindoues, au lieu d’allaiter leurs enfants, les confiaient à des mercenaires.

Le professeur Budin tend à nous ramener aux temps des « sœurs de lait ». Pour cet éminent praticien, une nourrice peut allaiter, avec avantage, deux enfants; le sien, plus âgé, opère

(1) Aneccl. Iiiÿt.. p. 43.

des succions énergiques qui activent la sécrétion Lactée, et la satisfaction d’avoir son «fieu » auprès d’elle influe favorablement sur la santé de la nourrice, par suite sur son lait.

A Venise, les esclaves devaient servir de nourrices et, dans les actes de vente, qui se faisaient sur le marché entre deux prêtres, on cédait les esclaves « avec leur lait » : mais pourquoi, d’après P. Molmenli (1), par une analogie bizarre, la grossesse était-elle un cas de résiliation de contrat de vente ?

Le même auteur rapporte qu’autrefois la plupart des prostituées vénitiennes arrivaient du Frioul. Une délibération du Conseil cPUdine, en date du 13 avril 1390, expose comment un grand nombre de femmes, coupables et perverties, envoyaient spécialement à Venise les nourrices et les servantes des bourgeois d’Udine se prostituer.

En France, aux xvnc et xvin0 siècles, l’étiquette défendait aux nourrices de la cour de toucher leur royal nourrison ; si une épingle piquait le bambin, il fallait le laisser crier jusqu’à ce que la « remueuse » intervint. On comprend le cri du cœur de Marie- Antoinette s’écriant au Temple : J'ai gagné quelque chose à la Révolution, au moins je suis débarrassée de l' étiquette !

Récompenses aux nourrices. — Parlons d’abord des « remplaçantes » royales. Le père nourricier de Charles IX, d’après le Dictionnaire héraldique, de Gastelier de la Tour, reçut des lettres de noblesse, en juin 1530 : un écusson semé de France , à la vache dé argent, couronnée d'une couronne antique, accornée et clarinée , le tout de gueules.

De même, la nourrice de Louis XV et son époux furent anoblis par ce monarque, en mars 1710; ils reçurent pour armoiries : un écu coupé d'or et d'argent , chargé de deux fleurs de lis d or, de deux dauphins adossés, avec une couronne royale posée sur le coupé, et ce « en considération de ce que ladite dame eut le bonheur d’allaiter successivement deux fils de France, qui furent tous deux dauphins ».

On trouvera dans la Médecine anecdotique , littéraire et historique, du Dr Minime, auquel nous empruntons ces détails rétros-

(1) La Vie privée ù Venise.

FA I T S I, K (i K N DM U R S

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