ET HISTORIQUES
pectifs, les décrets de Napoléon accordant aux dames veuve» Mallard et Laurent, l’une nourrice de Louis XVI et 1 autre nourrice de la fille de ce monarque, une pension annuelle et viagère de douze cents francs.
Occupons-nous maintenant des nourrices ordinaires. Il a etc raconté que l’Assistance publique se proposait (1000) de décerner des médailles et des diplômes aux nourrices méritantes, ainsi qu’à
toutes les personnes dont le dévouement aux enfants assistés serait jugé digne de récompense. Cette décoration doit être une plaque rectangulaire d’or, d’argent ou de bronze. Les nounous pourront la porter avec un crochet piqué dans l’étoffe de leur robe, par exemple à la hauteur de l’épaule : sur la poitrine, elle serait gênante dans l’exercice de leurs fonctions. Cette plaque présente, à l'avers (fig. 38), une figure symbolique « la Seine », munie d’une jolie paire de seins nourriciers. Au revers (fig. 39), une paysanne allaite son nouveau-né dans un paysage ravissant.
Ces récompenses honorifiques ne suppriment pas, bien entendu, les anciennes récompenses pécuniaires. L’ironiste H. Harduin, veut qu’on prodigue les décorations aux mères qui auront bien mérité de la patrie et aussi à leurs maris, dont la collaboration est nécessaire, sinon indispensable. On établirait cette gradation :
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(.ES SEINS DANS l/niSTOlRE
13 enfants, chevalier ; 18, commandeur ; 32, grand olïicier. « L’étoile des braves, ajoute le spirituel rédacteur du Matin, fera très bien sur les robustes appas que la Maternité développe généralement chez les femmes qui ont beaucoup d’enfants. On verra de bonnes mères, dégrafant leur corsage, dire à leur bébé : Tu veux téter, mon amour? Attends que j’ ôte ma croix... (1). »
Comme toute actualité importante, la décoration des nourrices a eu les honneurs de la caricature : un dessin de Couturier, de la Chronique municipale , représente un tourlourou s’adressant à une nounou, en train de donner le sein : « Diable, mam’zelle Victoire, sur lequel des deux allez-vous accrocher votre décoration? ».
Les « Gouttes de lait ». — La « Goutte de lait » est une œuvre philanthropique, instituée à Fécamp. Les indigents paient le panier de lait quotidien deux sous ; les petites bourses le paient huit, et les gens à leur aise, un franc. A Paris, le D1' H. de Rothschild a fondé «l’Œuvre philanthropique du lait » qui compte aujourd’hui quatorze dépôts et a pu livrer à la consommation des milliers de litres de lait stérilisé ou frais. C’est Budin qui, le premier, en 1892, à sa consultation de nourrissons, fit donner gratuitement du lait stérilisé, en cas d’insuffisance de l’allaitement ; ce lait était distribué en petits flacons ne contenant qu’une seule tétée.
M. Barbellion a créé, à Paris, une « Goutte de lait » caprine ; les chèvres de race pure et élevées dans de bonnes conditions sont, en effet, les meilleures auxiliaires de la nourrice (2).
Depuis la fondation de ces œuvres, la mortalité des enfants qu’elles ont alimentés, est tombée de trente-trois à onze pour cent. « 11 y a donc là, observe judicieusement M. J. Cornély, une solution relative du problème de la natalité, car puisque, en France, la fabrication des enfants semble se ralentir, il faut tâcher de conserver ceux qu’on obtient. »
Enfin, le D1' Boudry a organisé, à l’usage des adultes, 1 œuvre des « Lactatoriums populaires de Paris » ; ce sont des cliniques
(1) Dans Y Art décoratif, n°3G de septembre 1901, on trouvera le fac-similé de la médaille de récompense pour la protection du premier âge, gravée par J. -G. Ghaplain : une nourrice tient un nourrisson au sein gauche et souffle sur une cuillerée de soupe destinée à un enfant plus âgé, debout auprès d elle.
(2) Correspondant médical. — Iiev. philanlhrop., 1901-1902.
destinées à recevoir gratuitement les malades, adressés par des confrères, pour y suivre le régime lacté absolu.
Contre les nourrices. - Brieux, avec sa pièce des Remplaçantes, inspirée vraisemblablement par la Vache à lait de Daniel Riche, a voulu reprendre la campagne de Jean-Jacques Rousseau, en faveur de l’allaitement maternel ; mais, malgré le concours sym-
Fig. 39.
pathique de la presse entière, il en fut pour ses frais d’éloquence et ses coups d’épée dans le lait : les mondaines, prises dans l’engrenage de la vie frivole, auront toujours recours aux mercenaires qui, par appât du gain, abandonneront leur enfant aux aléas du biberon. D’ailleurs il est de bon ton d’imiter les modes et coutumes anglaises; or, en Albion, neuf fois sur dix, les enfants sont élevés au biberon par des « nurse » sèches. De par l’esprit d’imitation qui caractérise nos snobinettes, c’est le système qui prévaut maintenant en France.
Les célébrités obstétricales ont été interwievées à ce sujet et sont tombées d’accord pour énoncer cette formule : « Toutes les femmes peuvent allaiter, sauf celles qui sont atteintes d’une maladie grave et celles qui ont les seins mal faits. » Or la malformation s’observe à peine deux fois sur cent; quant au pourcentage
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des femmes malades, il varie suivant les circonstances. « Toute mère a du lait après la naissance de son enfant, a répondu Pinard; elle en a plus ou moins, mais elle en a toujours... et le lait de la femme, pris au sein, est et sera toujours supérieur à tous les laits stérilisés, maternisés, imaginables ;... le lait stérilisé ne sera jamais pour le nouveau-né qu’un pis-aller. » C’est le mot de la fin.
Erreurs et préjugés relatifs à, l’allaitement. — De tout temps, rêver d’une nourrice est un signe de stérilité, en vertu de l’aphorisme : Songe , mensonge ; le rêve n’est-il pas le contraire de la réalité ?
Un ancien préjugé tombé en désuétude : « Quelques-uns voulant signifier l’oublv des mères envers leurs enfans, peignent une femme qui porte pendue au col, en forme de joyau, la pierre que les Grecs appellent Ga/athile, et, en sa main droite, un œuf d'austruche. Cette pierre, dont Pline fait mention, est fort à propos attribuée à la femme dont nous parlons, pour ce que selon le mesme autheur, elle a une secretle propriété d’augmenter le laict aux nourrices, et pareillement de faire perdre la mémoire des choses passées. Tellement que par une façon de parler figurée, nous pouvons bien dire des mères qui oublient leur enfans, qu’elles ont au col la pierre Galathite. Pour la même raison encore, on les compare aux austruches qui, pour faire esclorre leurs œufs, en esté, les ensevelissent dans le sable, et un peu après ne se souviennent plus de les y avoir mis. » Heureusement que, dans la gent autruchienne, comme dans l’espèce humaine, le mâle est là pour réparer les inconséquences et légèretés de la femelle : il prend la place de sa compagne écervelée sur la couvée.
Pour activer la sécrétion lactée, quand celle-ci est insuffisante, M. le D‘ Schein, de Budapest, préconise le massage abdominal. Ce massage doit être fait chaque jour, pendant une demiheure ou une heure, et de bas en haut, à rebrousse-poils, c'est-àdire en allant des parties génitales vers les mamelles. On peut associer à celte pratique le pelotage — pardon — le massage des seins eux-mêmes. Cette méthode galactogène (;’) a le double avantage d’unir Y utile, pour la cliente, à V agréable, pour 1 opérateur. Le massage est à l’ordre du jour, dépêchons-nous d’en user tandis qu’il guérit; c’est une panacée universelle à la portée de