I.F.S SEINS DANS I.’niSTOIHE. — I. I
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Le préfet se distingue par son zèle et son activité à satisfaire les fantaisies laiteuses de la belle voyageuse ; il est probable, qu’à l’abri de tout contrôle, il tricha fortement et baptisa amplement le lait des vaches. « 11 en résulta, dit la maréchale Oudinot, qui raconte cet épisode (1), de nombreuses éclaboussures de lait caillé, sur tout le mobilier et l’odeur prolongée, dans l’appartement, d’une laiterie mal tenue. » Cette manie balnéaire était toute naturelle chez une aussi capricieuse et charmante déséquilibrée, qui prenait des lavements à la fraise de veau, pour conserver la fraîcheur de son teint.
Marie Colombier cite, dans ses Mémoires fin a' Empire, un usage peu connu du lait de vache, qu’elle constata lors d’une visite à Roqueplan, ex-directeur de l’Opéra. En arrivant dans la « demeure ni chaste, ni pure » de la rue Taitbout, elle fut surprise d’entendre des rires fous dans toute la maison : « Une dizaine de jeunes tilles se trouvaient là; elles avaient dans les mains des objets d’une forme singulièrement audacieuse ; elles les remplissaient de lait ; puis, à l’aide d’un ressort, elles envoyaient le contenu de ces instruments bizarres dans une cuvette. Et pendant l’opération, c’étaient des fusées de rires... La maison de Roqueplan touchait à un temple d’amour banal... La veille, des créanciers avaient fait tout vendre dans le lieu de plaisir, après faillite. C’est à cette occasion que le joyeux critique avait acheté un lot de ces engins bizarres, contenu dans un panier. La fantaisie lui était venue de faire jouer — aux jeux non innocents — les jeunes danseuses avec ces objets symboliques ». Ajoutons, pour les historiographes futurs des rues de Paris, qu’à cette maison close succéda un bureau de nourrices, espérant sans doute que le nom de la rue lui porterait bonheur. Mais cet établissement, non moins utilitaire que le précédent, subit le même sort. Depuis, une nouvelle « maison Tellier » prospère, paraît-il, dans le voisinage. Le nom de la rue « Taitbout », qui prête à la plaisanterie, est décidément un « tabou ».
Au xviii0 siècle, on préconisait, contre la canitie ou blanchissement des cheveux, des lotions de la tête avec le lait de chienne, « trois fois de suite, avant de son coucher ». L'étymologie de canitie (canis, chien) justifiait une fois de plus celte application simpliste de la médecine des signatures.
(1) Duchesse de Reggio, Récits rie guerre et de foyer.
FAITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES
De nos jours, le lait de femme est employé, comme 1 émail blanc porphyrisé — mais sans plus de succès — pour faire disparaître les tatouages ; on croit, en repassant les dessins au lait, elïacer les traces de la couleur. Nous signalons plus loin un certain nombre de remèdes de bonne femme, où le lait féminin joue un rôle prépondérant.
Gardons-nous de finir sur un « rythme plaintif » et résumons les applications thérapeutiques du lait, qu’un médecin belge a eu l’ingénieuse idée de versifier (1), pas toujours selon la mesure :
Aliment doux, complet, le lait est du sang blanc.
Le régime du lait établit l’asepsie,
Guérit le nervosisme avec la dyspepsie,
Rend le sang moins aqueux, l’oedème moins tendu.
Grâce au lait, l’organisme est bien mieux défendu.
Il refait le sang et les fiers leucocytes Qui s’en vont absorber les fâcheux organites,
Dont le fluide sucré, secrété par les seins,
Ya forcer les déchets à sortir par les reins.
Erreurs et préjugés relatifs au lait. — Les Armoricains en sont encore, comme les primitifs des peuplades africaines, à l’idée des anciens : que la nature du lait influe sur le caractère du nourrisson. Dans ses abondantes et spirituelles notes de Rabelais médecin , notre confrère F. Brémond rappelle que le sceptique curé de Meudon croyait, d’accord avec son temps, à l’influence de l’allaitement sur le caractère. Ainsi, en parlant de « Jupiter tonnant », Rabelais dit qu’ « il fut paillard toujours comme un verrat ; aussi fut-il nourry par une truie, en Dicte de Candie, si Agathocles Babylonien ne ment; et plus boucquin que n’est un boucq : aussi disent les autres qu’il fut alaieté d’une chèvre Amalthée ».
Van Hclmont assure que « l’âge développe, chez les enfants, les désirs ardents pour l’amour, que leurs nourrices leur ont commumuniqués ». Moriceau croyait aussi fermement à l’influence du lait sur le tempérament : « On apprivoise les lions, disait-il, en leur -faisant téter une vache ou une ânesse, tandis que le chien devient farouche s’il est allaité par une louve ». Le lait de chèvre agite, dit-on, les enfants et les rend « capricants » (2). Le nom de
(1) La Médecine internationale illustrée.
(2) D'après M-» llattazzi, citée par le Dr Gabanès, « E. Sue fui nourri par une chèvre et conserva longtemps les allures brusques et sautillantes de sa nourrice. »
tette chèvre, donné à l’engoulevent, vient de ce préjugé que cet oiseau recherche le lait des chèvres et les tette avidement. Un précepte de Pythagore défend de faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère ; sans doute parce que, contrairement à la doctrine homœopathique, alors dans les nimbes, le fameux philosophe pensait que les similia nuisaient aux similibus. Le préjugé qui veut que « le lait chasse le lait » vient du même pot.
Dans les campagnes, les éruptions d’impétigo, d’eczéma, qui couvrent la tête et le visage des enfants à la mamelle, sont prises à tort pour des « croûtes de lait ».
On trouve chez les anciens auteurs quantité de recettes saugrenues où le lait de femme passe pour avoir une vertu médicinale. Pline conseille, pour les yeux malades, une mixture de punaises, écrasées dans du lait de femme. Nicolas Lemery, auteur du Dictionnaire universel des Drogues simples , assure que le lait de femme est « restaurant, adoucissant, pectoral, propre pour la phtisie et pour les autres maladies de consomptions ». Jean Gœurot, médecin de François Ier, préconise sérieusement ce remède contre la migraine : « Faire tondre les cheveux et y faire traire laict de nourrisse qui allaicte une fille (1). » Autre recette, qui serait bien utile aux Compagnies d’assurances sur la vie, et que nous tirons des Curiosités de l’histoire des remèdes, par le D' H. Coulon, de Cambrai : « Se vous volés savoir se uns boni mora u non, quand il est malade, prendés sen orin’e et se le metés en un vaisiel, et faites une feme ki nourise un oir malle degouter de son lait ens; se vous vées le lait floter, il mora, et se li lais se melle avec l’orine, si puet bien warir. Et a le feme s’ele est malade, prendés le lait d’une feme ausi com devant ki nourisse une puciele ».
Les somnambules ne se bornent pas à prédire le retour du volage amant ou de l’infidèle époux ; elles se livrent à un métier plus lucratif et plus dangereux aussi : elles pratiquent illégalement la médecine et donnent des consultations, comme chacun sait. Le Matin raconte qu’il y a une trentaine d’années, rue des Martyrs, une de ces prétendues hypnotisées prescrivait constamment le lait. C’était une nouveauté alors, et le lait de la somnambule faisait merveille. Seulement elle recommandait expressément de l’acheter chez un
(-1) Le Mois thérapeutique.
F A I T S L K GENDAIRES ET HISTORIQUES
laitier du boulevard de Clichy, « le seul de Paris qui vendit du bon lait ». Or ce laitier était son amant et, grâce à ce truc, réalisa de gros bénéfices. Us se marièrent après fortune faite, et le couple habite aujourd'hui un des plus jolis petits castels du Périgord. Cette habile professionnelle pouvait à juste titre appeler ses clients de l'un et l’autre sexe des « vaches à lait ».
On croit communément que l’absorption du lait glacé peut être suivie de mort subite : la légende attribue la mort foudroyante de la femme de Charles II, d’Espagne (1689), à l’absorption d’une tasse de lait glacé, donné par la comtesse de Soissons, compromise dans la fameuse affaire de « la poudre de succession ». On imputa encore à cette cause le décès de la tragédienne, miss Neilson, âgée de vingt-deux ans, au chalet du bois de Boulogne (avril 1880). Des bruits d’empoisonnement couraient aussi : l’autopsie, pratiquée par le Dr Brouardel, éclaircit ce cas de mort brusque, mais naturelle.
Le lait et la tuberculose. — Koch, qui découvrit, en mai 1882, le bacille tuberculeux, a combattu au Congrès de Londres (juillet 1901), les idées jusque-là admises sur la propagation de la tuberculose par le lait d’animaux tuberculeux. Depuis longtemps nous doutions aussi de la possibilité et surtout de la fréquence de cette transmission, mais nous ne nous savions pas en si bonne compagnie. En principe, nous ne croyons à la contagion que sur un terrain préparé par l’hérédité. L’héroïsme du D‘‘ Garnault, qui s’est fait inoculer une culture virulente de tuberculose bovine, sera inutile au point de vue pratique et son expérience de laboratoire ne prouvera pas grand’chose : ce n’est pas par inoculation que la race bovine est dangereuse. Au contraire, l’ingestion prolongée de lait, non bouilli, provenant de mamelles atteintes de mammite tuberculeuse, eût constitué une démonstration beaucoup plus probante. A Paris, où la mortalité par tuberculose va sans cesse en augmentant, la proportion des vaches atteintes de la tuberculose des mamelles, la seule dangereuse pour le lait, d’après MM. Nocard et Louis Forest, ne dépasse cependant pas 2 p. 100, alors qu’elle est de 2tj et 30 p. 100 dans certains départements, et cela parce que les nourrisseurs font saillir leurs vaches jusqu’à épuisement, tandis que les vaches laitières de Paris sont achetées aussitôt après
la mise bas, en pleine lactation, puis revendues au boucher, huit ou dix mois après.
Le lait, comme le crachat, n’a à son actif que fort peu de cas probants de contagion, et les ligues antituberculeuses feraient mieux de concentrer leurs efforts sur la destruction d’agents autrement actifs de transmission des maladies nettement contagieuses, tels que les mouches, les moustiques et les insectes parasitaires,
SOCIÉTÉ DE PRÉSERVATION CONTRE LA TUBERCULOSE par l'Éducation populaire 33 RUE LA FAYETTE, PARIS (lX°)
Ne Crachez pas par terre I