‹ Les seins dans l'histoireChapitre 18 sur 67 · HISTORIQUES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES

Adam, abbé de Perseigne, se moque de « ces robes interminables qui baloyent la poussière et entravent la marche des gens pressés » , il compare celles qui les portent aux renards « fiers de leur longue queue ».

De tous les agents propagateurs des microbes, le plus dangereux et le moins soupçonné est peut-être 1 eau bénite ! Des milliers de « fidèles » se lavent les doigts dans le même bénitier et s’aspergent benoîtement la figure d’une eau sale, contaminée. A Bruxelles, en l’église Sainte-Marie, au-dessus d’un lavabo en marbre blanc, servant de bénitier, se lit cet avis en gros caractères : « 50 indulgences sont accordées à ceux qui font le signe de la croix et 100 à ceux qui se servent d’eau bénite ». Nous nous demandions la cause d’une telle inégalité dans la récompense : l’eau du bénitier était noire de saleté (1) ; il s’agissait d’une épreuve.

Croyez-nous, ouailles bénévoles, faites le signe de croix à sec, quitte à perdre la moitié des indulgences promises, ou faites-en un second, toujours à sec, qui complétera la centaine, jusqu’à ce que les conseils de fabrique se décident à supprimer leurs cuvettes malpropres. Les bénitiers ont remplacé les piscines, où primitivement on se lavait les mains et les pieds avant d’entrer à l’église (2), c’est un progrès ; qui empêche les croyants de faire leurs ablutions à domicile ? On a déjà supprimé Yasperson ou goupillon et l’on a bien fait, quoiqu’en dise une inscription relevée sur un bénitier du musée des antiques, à Toulouse :

Vous qui prenez de l’eau benoistc Avec la main sans l’asperson,

C’est une chose deshoneste,

Demandez-en à Dieu pardon.

La question du lait. — A l’instigation du Matin, la presse entière a fait une campagne (1902) contre les fraudeurs du lait, bien que dans ces dernières années la qualité du lait, vendu à Paris, se soit améliorée d’une manière notable. Malgré cette amé-

(1) La vue de ce vaste encrier nous remit, en mémoire l'un des « bons tours » joués par les espiègles pensionnaires de couvents à leurs supérieures : elles remplissaient d'encre le bénitier dans lequel, à l’heure encore obscure des matines, les pauvres religieuses trempaient leurs doigts et apparaissaient, au lever dii jour, toutes barbouillées de noir.

(2) Laborde. Voyage en Autriche, voir figure, t. U, p. 43.

lioration, on vend chaque jour, clans les vingt arrondissements de Paris, 7 000 hectolitres de tisane lactée ; vend-on seulement 700 litres de lait? Ce n’est qu’au point de vue symbolique qu’un Parisien peut dire « qu’il boit du lait! » Le Napolitain, plus heureux cpie le Parisien, ignore le lait baptisé, pour la raison bien simple que les vaches ambulantes sont traites à la porte des clients, coram populo.

La satire figurée et littéraire s’est fait des gorges chaudes de la cupidité des industriels lactifères. La « Question du lait » a été magistralement élucidée par Raoul Ponchon, dans sa « Gazette rimée » du Journal ; écoutez ce maître en ironie expliquer pourquoi il est si difficile de donner du lait pur aux enfants et aux malades :

Il faut bien du lait aux enfants — Dites-vous. Sans nul doute,

Pour qu'ils soient beaux et triomphants, Ne meurent pas en route.

Mais on voit un tas de feignants Et de galactophiles,

De grabataires répugnants Empoisonnant les villes,

Qui ne se gorgent que de lait,

Sous Je prétexte vague

Que c’est un aliment complet.

Le diable les incague!

Car ces gens-là boivent la part Qui reviendrait aux gosses ;

C’est d’où viennent pour la plupart Ces butyreux négoces.

Remarquez bien, pauvres flapis,

Que cette honnête vache

N’a qu’un certain nombre de pis,

A moins qu’elle n’en cache.

Si donc la consommation Ordinaire dépasse

De beaucoup la production,

Que voulez-vous qu’on fasse ?

faits légendaires et historiques

On fait comme (ont les laitiers.

Ils coupent le... problème Avec de l’eau. Si vous l’étiez,

Vous feriez tous de même...

Un dessin d’Hermann (Paul), du Cri de Pans, montre une nourrice, dans les vignes, se caressant la cuisse droite, accoudée, le

Fig. 40 bis.

verre en main, sur une table chargée de bouteilles vides; son nourrisson pleure par toutes les extrémités : « Ne pleure pas, chéri, dit-elle, avec le bégaiement de la béatitude alcoolique, tu n’auras plus d’eau dans ton lait... » (fig. 40 bis). Ce cas est plus fréquent qu’on ne pense.

Albert Guillaume envisage aussi la « Question du lait » et reproduit une goutte de ce liquide, vue au microscope et grossie huit cents fois : une fermière trait le lait au pis de la vache; à côté d'elle, son époux tire de l’eau au puits et procède à l’ondoiement; plus loin, un garçon laitier s’adresse à un cantonnier armé de son tuyau d’arrosage et effectue le baptême en conscience ; le crémier, de son côté, a recours à la pompe de la cour pour le

troisième mouillage ; enfin, la cuisinière vide une carafe d’eau dans la casserole du café au lait du matin.

L 'Illustré national , de Bruxelles, suit le mouvement et représente dans « Douce illusion », deux naïves bourgeoises qui viennent chercher leur lait à l’étable même, pour être certaines de sa pureté ; or dans le seau où tombe le lait de la traite d’une vache, aboutit un petit tuyau qui communique, au dehors, avec la pompe, manœuvrée par le laitier. Son épouse tire sur les pis, en ébauchant un sourire narquois : « Oui, mes bonnes dames, dit-elle, à ses clientes, il faut faire traire son lait devant soi pour être bien certain qu’il n’y a pas d’eau dedans ».

L ’ Assiette au beurre a consacré un numéro spécial aux « Falsificateurs de lait », comprenant 51 dessins humoristiques de nos meilleurs caricaturistes ; nous rappellerons les légendes des principaux : de G. Lefèvre, une mère remplit un biberon dans le ruisseau ; un passant s’étonne : « L’eau du ruisseau à votre enfant... Vous êtes folle ! — Mais non, m’sieur, c’est plus pur que le lait qu’on nous vend. »

Régime lacté , par H. Gerbault : le médecin dit à son malade, en montrant les scellés placés sur les seins d’une nourrice : « Vous pouvez en prendre en toute sécurité, c’est du lait cacheté ».

Une mère quitte le berceau de son enfant pour accompagner le médecin, dont on ne voit que la main : « Docteur, c’est du lait garanti! — Une seule goutte, et je n’en réponds plus! » Signé Valloton.

B. Rabier présente un désespéré qui tient, d’une main, un revolver et, de l’autre, une boîte au lait : « Décidément, je préfère le lait... C’est plus sûr! »

Fatal contrepoison, de Métivet : « Docteur, c’est ma bellemère qui a failli s’empoisonner... Alors je lui ai vivement fait avaler une tasse de lait. — Bravo ! Vous pouvez être tranquille... elle est fichue ! »

Bain de lait (Henri Boutet) : une jolie fille enjambe une baignoire : « La seule façon de le consommer pour qu’il n empoisonne pas ».

Allaitement maternel (Lami) : une mère en pleurs donne le sein à son nouveau-né; sa fille aînée lui dit : « Oh! maman! voyons, ne pleure pas... Toi aussi lu vas mouiller le lait de mon petit frère ».

faits légendaires et

Il I ST O R 1 0 U E S

Crayon réaliste de Sancha : un gros poupon aspire le sein c c sa nourrice : « En voilà un qui s’en 1... de tout ça! ».

Chérubin ! (Petitjean) : une fillette porté une lettre de faire part :

« M’man, tous ces bébés qui meurent, par où vont-ils au paradis?

— Par la voie lactée, mon enfant ».

Les couplets des théâtres « à côté » et des revues ont fait chorus avec la presse, pour stigmatiser les « faiseurs d’anges » ^rappelons les Doléances d'un garçon laitier, de Jean Varney (22 janvier 1902) ; la Valse des laitiers falsificateurs, chantée par Fursy, dans Y Impromptu de Montmartre (février 1902), etc.

Thémis, elle-même, a risqué son mot pour rire, à propos de poursuites relatives à des coupages exagérés. Le 18 janvier 1902, Mme Couvet était citée devant la huitième chambre correctionnelle sous l’inculpation de lait falsifié. Elle ne répond pas à l’appel de son nom, mais un ami de la prévenue remet au président un certificat de sage-femme, constatant que ladite dame Couvet est accouchée, il y a quarante-huit heures. On parle de renvoyer 1 affaire à quinzaine : « A un mois, prononce le président; si nous îa citions plus tôt, elle nous accuserait d’avoir fait tourner son lait ! ». Quelques jours après, à la même chambre, un prévenu est poursuivi pour délit identique. A l’appel de son nom, le défenseur présente un certificat de médecin, constatant que l’inculpé était dans son lit, atteint de gastro-entérite : « 11 a donc bu de son lait? demande le facétieux substitut ».

A Autun, paraît-il, les laitières se sont fâchées contre les magistrats qui avaient osé condamner quelques-unes de ces dames, convaincues d’avoir vendu du lait baptisé ; la corporation tout entière s’est solidarisée avec elles et les magistrats qui avaient jugé l’affaire furent mis à l'index : personne ne veut plus leur vendre du lait.

B. — Faits particuliers sur les seins et l’allaitement

Origine du nom d’Alep. — Une vieille tradition fait remonter Alep ou Halep à l’époque du voyage d’ Abraham dans la terre de Chanaan. 11 s’arrêta avec ses chameaux et ses troupeaux de brebis sur la colline où s’élève la citadelle d’Alep. Tous les samedis, selon

les chrétiens et les juifs, tous les vendredis, selon les musulmans, le patriarche distribuait du lait de ses troupeaux aux pauvres de la contrée. Le jour marqué, on venait au pied de la colline demander si « Abraham avait trait », Ibrahim haleb. Ce dernier mot serait resté pour désigner le lieu où se faisait cette distribution (1).

La légende de Phryné (2). — Toutes les villes qui possédaient un temple de courtisanes — souvent issues des meilleures familles — avaient des soins respectueux à l’égard de ces femmes reconnaissantes, consacrant la beauté qu’elles tenaient d’Aphrodite au service du culte de la déesse. «... L’incomparable histoire de Phryné, écrit Pierre Louys (3), telle qu’Athénée nous l’a transmise, donnera quelque idée d’une telle vénération. Il n'est pas vrai qu'Hypéride eut besoin de la mettre nue pour fléchir l’Aréopage (4), et pourtant le crime était grand : elle avait assassiné. L’orateur ne déchira que le haut de sa tunique et révéla seulement les seins. Et il supplia les juges « de ne pas mettre à mort la prêtresse et l’inspirée d’Aphrodite ».

Phryné servit de modèle à Praxitèle pour ses statues de Vénus et la déesse de la beauté ignorait les étoffes enveloppantes et même transparentes ; c’est aussi sans voiles que Gérome, H. de Siemiradzki et L. Chalon nous ont montré la courtisane grecque « devant le tribunal », « à Eleusis » et « aux fêtes de Vénus » où, sur son passage, des fanatiques de l’idéal baisent ses cheveux — ses seuls vêtements.

Vision de la nourrice de Cicéron. — Un fantôme, raconte Plutarque, apparut à la nourrice de Cicéron et lui dit que son nourrisson procurerait, un jour, aux Romains les plus sérieux avantages. « On traite ordinairement de rêves et de folies ces sortes de prédictions, écrit l’historien grec ; mais le jeune Cicéron fut à peine en âge de s’appliquer à l’étude qu’il vérifia celle-ci. »

(1) B. Poujoulat, Voyage en Orient.

(2) Son vrai nom élait Mnesarète, sa pâleur lui fit donner celui de Phryné.

(3) L’élégant et délicat traducteur — certains disent auteur — des Chansons de Bilitis ; E. Fasquellc, édit.

(4) Àlciphron prétend rpie ce fut Phryné, elle-même, qui découvrit son sein, ayant recours h l’éloquence de la chair comme ultime argument. Eût-elle obtenu gain de cause devant le Sénat de femmes, établi par Iléliogabale 1

F A I T S L K <i K N D A 1RES E T

historiques

On sait de reste que Cicéron se vit décerner, pour avoir déjoué la conjuration de Catilina, le surnom de Père de la Patrie. 11 fut moins heureux dans sa lutte contre Antoine et y succomba.

Allaitement de Mahomet. — Voici un récit curieux emprunté à la tradition ou Sonna. 11 est placé dans la bouche d Halima, femme de la tribu bédouine des Beni-Sad « Je quittai, un jour , ma demeure avec mon mari et mon enfant qui venait de naitie et je me rendis à La Mecque pour y chercher un nourrisson. Nous avions avec nous une ânesse grise et une chamelle qui ne donnaient pas une goutte de lait. Nous ne pouvions dormir, parce que notre enfant criait toute la nuit de faim (1). J’avais aussi peu de lait que la chamelle. A La Mecque, on avait déjà offert à chaque nourrice l'enfant qui devait être le prophète, mais aucune d’elles n’avait voulu le prendre ; nous n’attendions pas grand chose de la mère d’un enfant qui n’avait plus de père. Toutes les femmes qui étaient avec nous avaient trouvé des nourrissons, excepté moi. « Je ne veux pas, dis-je à mon mari, retourner sans nourrisson auprès de mes amies ; je vois aller chercher cet orphelin. — Tu as raison, répondit mon mari, peut-être Allah nous bénira-t-il si tu y vas. » J’allai donc et je revins avec l’orphelin à notre caravane. Je lui donnai le sein et il but jusqu’à ce qu’il eût assez; alors j’allaitai mon propre enfant, qui put également se rassasier ; ensuite ils s’endormirent tous deux, et pour la première fois depuis longtemps, nous eûmes une nuit tranquille. Mon mari alla ensuite près de notre chamelle et il trouva que ses pis étaient pleins de lait. Le lendemain matin, mon mari me dit : « Assurément, tu as trouvé un enfant béni. » Dès notre retour, nos troupeaux donnèrent toujours beaucoup de lait, tandis que ceux de nos voisins n’en avaient pas. Après deux ans, je sevrai l’enfant. » A part les invraisemblances inhérentes à tous les récits sacrés ou fabuleux, cette légende nous apprend que, vers le \T siècle, les nourrices existaient en Arabie et que la durée de l’allaitement était de deux ans.

(I) Que penser de la conscience de celle nourrice qui n’a pas de lait pour son propre enfant et qui cherche un nourrisson ? il est vrai que si elle avait eu du lait en abondance le miracle qui survint ne se serait pas produit, et alors lenfance de Mahomet aurait été dépourvue de merveilleux, ce qui eût été bien vulgaire pour un fondateur de religion.

Mot d’Amrou. — Othman, enchanté de l’augmentation de l’impôt, dit au général mahométan, conquérant de l’Egypte : « — Abd-Allah a bien su traire encore la mamelle après toi. — Gela est vrai, répond Amrou, mais aussi il a affamé les petits. » C’est l’histoire de la poule aux œufs d’or.

Aventure de Jean-Baptiste Lulli. — Nous avons raconté 1 , d’après le D1' Garnier, comment le compositeur Lulli, fort épris d’une jeune Vénitienne, s’était éloigné d’elle avec la plus grande répugnance, lorsqu’elle lui eut montré son sein rongé par un cancer ulcéreux. Le D1' Garnier aura été victime soit d’une méprise, soit du sans-gène d’un démarqueur d’anecdotes, car la môme aventure est attribuée au célèbre alchimiste et théologien Raymond Lulle (xiiic siècle). Voici comment le fait est rapporté par Brantôme (2) : « Estant en celte charge, il devint amoureux d’une belle dame de Majorque. 11 la servit longuement et fort bien ; et luy demandant toujours ce bon point de jouissance, elle après l’en avoir refusé tant qu’elle put, luy donna un jour assignation où il ne manqua ny elle aussi, et comparut plus belle que jamais et mieux en point. Ainsi qu’il pensoit entrer en paradis, elle luy vint à descouvrir son sein et sa poitrine toute couverte d’une douzaine d’emplastres, et les arrachant l’un après l’autre, et de dépit les jetant par terre, luy monstra un effroyable cancer, et les larmes aux yeux, lui remonstra ses misères et son mal, luy disant s’il y avoit tant de quov en elle qu’il en dust estre espris ; et sur ce luy en fist un si pitoyable discours, que luy, tout vaincu de pitié du mal de cette belle dame, la laissa ; et l’ayant recommandée à Dieu pour sa santé, se défit de sa charge et se rendit hermitc. » Cette héroïne était la sénora Ambrosia de Castello, belle Génoise, établie à Majorque avec son mari. D’après Dechambre, Lulle passa sa vie à chercher le remède du cancer, en souvenir de sa passion pour la senora, et aussi la pierre philosophale, la marotte de l’époque (3).

(1) Anecd. Iiist., p. 72.

(2) Vies des dames valantes ; Discours II, p. 155.

(3) La même histoire est racontée dans la Vie et le martyre de Raymond Lulle. par l’abbé Perroquet (in-12, UiG7, p. 5); dans l’ Histoire véritable de Raymond Lulle, par le H. P. Jean-Marie de Vernon, édition de 16C>7, et enfin par Louis Figuier : Vie des savants illustres du moyen âge. Détails communiqués à la Chronique médicale, par le Dr Plugetla, chirurgien des hôpitaux de Marseille, et par le Dr Martel, chirurgien de Illôtel-Dieu de Saint-Malo.

Le tambour de Jean Ziska. — Sur la foi (te la legenc e, généralement admise, nous avons raconté (1) que l’un des plus grands capitaines du moyen âge, Jean Ziska, général des Hussites, voulut, qu’après sa mort, on fabriquât un tambour de sa peau, pour continuer à chasser les ennemis devant lui. Un côté de ce tambour macabre aurait été confectionné avec la peau du dos, et l’autre, qui reçoit les chocs des baguettes, avec la peau des seins. Or, un lecteur de la Chronique médicale, un érudit, nous fait observer que les bénédictins, si consciencieux en leurs recherches historiques, ont affirmé dès la fin du siècle dernier, dans Y Art de vérifier les dates , que ce n’était là qu « un conte » (2) et l’illustre historien de la Bohême, M. Palacki, a achevé de crever ce légendaire tambour, qui avait fait tant de bruit (3) !

Le goût de Michel-Ange pour la sculpture, attribué au lait qu'il a sucé. — Le G mars 1473, le père de Michel-Ange écrivait sur ses tablettes : « Je note que ce jourd’hui, il m’est né un enfant mâle. Je lui ai donné le nom de Michelagnano. Il est né le lundi matin, entre cinq et six heures, moi étant Podestat de Caprèse, et il est né à Caprèse. Ses parrains ont été ceux qui sont nommés ci-dessus, et il a été baptisé le 8 dans l’église San Giovanni di Caprèse. » 11 confia son fils à une nourrice de Settignano, fille et femme d’un tailleur de pierre : ses premiers jouets furent les outils de l’artisan qui décidèrent de la vocation de l’artiste.

Les partisans de la transmission des qualités morales par le lait de la nourrice, ne manqueront pas d’attribuer à cette particularité accidentelle la vocation du puissant génie qui, avec le peintre d’Urbin, rayonne sur l’Art moderne.

Sollicitude de Diane de Poitiers. — On sait que la maîtresse de Henri II, au lieu d’être, comme à l’ordinaire, un instrument de discorde, servait au contraire de trait d’union entre Catherine de Médicis — docile et résignée, par crainte de divorce ou du cou-

(1) Anecd. hist., p. 56.

(2) Voir la Chronique historique des rois de Bohême, t. Vil I, p. 33.

(3) Interm. des Chercheurs ci des Curieux, 1870, p. 141-142; Figaro du 22 juillet 1882 ; Magasin pittoresque, 1843, p. 132; Nouvelle Bibliographie Didot. t. XLV1, col, 1005 ; etc.

vent — et le roi ; elle ■était l’arbitre suprême dans les contestations conjugales et ses décisions étaient sans appel. En souvenir de sa patronne païenne, Diane Lucifera, la favorite, ne se contentait pas d’assister la reine pendant ses couches ; elle entoure ses enfants de la sollicitude la plus étroite, préside au choix de leurs nourrices, elle juge de la qualité de leur lait et les remplace dès qu’elles deviennent insuffisantes. Dans les Lettres inédites de Diane de Poitiers à M. de Humyères, gouverneur des enfants du roi, et publiées par M. Georges Guifiry, nous relevons des détails intéressants sur son rôle de « seconde mère » :

Fontainebleau, 12 février 1547-1548.

.le vous envoyé ung présent pour la nourrisse de Monsieur (1) et ung autre pour la nourrisse de Madame (2), je vous prie de le leur bailler et quant ad ce que dictes de la nourrisse retenue, il me semble que la devez renvoier en luy donnant quelque présent; et après si le Roy luy veult faire quelque bien se sera à sa discrétion.

Cette nourrice retenue était peut-être une nourrice arrêtée par M. de Humyères pour Mme Claude, née le 12 novembre 1547, alors que Catherine de Médicis avait déjà fait son choix.

La favorite écrit d’Anet, le 29 août 1549 :

... La nourrice est tou jours icy et s’en volloit retourner vous trouver, ne fust que je luy ay dict qu’elle aetande encores ung petit, et l’entretiens tant que je puys. Je vous prye me mander quant il sera temps qu’elle y aille, affin que vous l’envoye.

Non seulement « la seconde reine » choisissait les nourrices, mais « elle les prenait à l’engrais pour les dégrossir et les élever à la hauteur de leur mission. »

Autre lettre envoyée d’Oiron, près Poitiers, à Mme de Humyères, le 20 mai 1551 :

... Le Rov et la ltoyne vous escripvent à Bloys touchant la sancté de de Mons' d'Orléans et aussi pour voyr si la nourrice à si bon laict qu'il fault, car ici on dict qu’il n’est bon et que sella luy donne des émotions, parquov il me semble que fériés bien d'y adviser, et, si elle n est

(1) François H, né le 19 janvier 1544.

(2) Elisabeth, née le 13 avril. 1546. Elle fut sevrée à vingt-deux mois, « à cause de la malladie de la nourrisse, écrit Henri II. à laquelle oultre cela avoit perdu le tetyn ; néantmoins, elle nelessoit de faire bien bonne chère ».

FAITS L K CE ND AI R RS ET HISTORIQUES

bonne, luy en bailler une aultre ; et croy que si son laict est anpiré, despuvs que je la viz, se a esté par faulte de ce qu elle n a pas vesou comme elle avoit acoustumé faire; il me semble que si luy laisiés boyre du sitre ou de la byère, que cella la refrechiroit fort, et suys d’advis que le faisiés ainsi, je croy que les médecins serons de ceste oppinion.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les « Dames de France » marchent sur les brisées des médecins.

Le roi s’intéresse au débat et écrit de la même résidence :

... Si d’avanture il advenoit que la santé de mon fdz d’Orléans empirast, je trouve vostre advis et celluy des médecins bon, qui est de luy changer de nourrice; si vous en avez trouvé une telle qu’il est requis, et surtout fault bien regarder qu’elle ayt nourry plus d'ung enfant et que son laict soit bon et asseuré.

Henry II a raison de se méfier d’un premier lait, qui n’est pas, comme le premier mouvement, le meilleur. La reine s’en mêle, à son tour, et répond, de Fontevrault, à Mmo de Humyères, qui lui écrit que la nourrice de son fils était « honneste et bien cobdicionnée » ;

... Mais nous n’avons pas tant affaire de sa suffisance et de ses vertus comme nous avons qu’elle soit bonne nourrice, ce que l'on voit bien qui n’est poinct, car mon dict filz continue trop à ce trouver mal; par quoy je vous prve que je n’en oye plus parler et qu’elle luy soit changée, car pour sa prudence et sagesse son laict n’en est pas meilleur, on le voit par expérience ; je ne veulx pas, à faulte d’y pourvoir d’heure, qu’il en vienne inconvénient.

C’est un congé en règle. Mais les ordres de la reine et du roi n’ayant point été exécutés assez promptement, Catherine écrivit de nouveau pour exprimer son mécontement : « Je m’esbovs comment on n’a suyvy ce que j’ay mandé ». Enfin le duc d’Orléans, grâce à ce changement de nourrice, finit par se rétablir.

Comme toujours, Diane a le dernier mot et en profite pour admonester la gouvernante, à Blois : « Il me semble, lui écrit-elle de Le Vergier (entre La Flèche et Angers), qu’on lui debvoit avoir plus- •toust ousté celle qu’il avoit, voyant que son laict ne luy estoit bon. »

Une reine de la main gauche, nourrice. — Henriette de Balzac d’Entraigues accoucha en même temps que la reine ; l’une,

LES SEINS DANS 1,’hISTOIUE. — 1. „

de Henri de Bourbon; l’autre, de Louis XIII. Sans attendre les homélies de Jean-Jacques sur les devoirs maternels, la «reinette » allaita son fils adultérin.

La reine Margot était « un modèle de libertinage de corps et d’âme », au dire de son panégyriste Brantôme, dont elle était l’idéal, et cependant, par ses félicitations, elle encourageait les dames de la cour à remplir leurs devoirs de mère et, à Mons, comblait de prévenances la comtesse de Lalain, Marguerite de Ligne, chez qui elle fut reçue, en 1577, et qui allaitait son enfant devant tout le monde : « Elle avoit donc ce bel enfant au maillot qu’elle nourrissoit de son lait, et comme nous étions à table, à la fin du dîner, elle, parée et toute couverte de pierreries et de broderies, une robille à l’espagnole de toile d’or, des bandes de broderie de cannetille d’or et d’argent, un pourpoint de toile d'or à gros boutons de diamants (habit approprié à l’olTice de nourrice), on lui apporta à la table son cher fils, emmaillotté aussi richement qu’estoit vestue sa nourrice, pour lui donner à taister. Elle le met entre nous deux sur la table, et librement se déboutonne, baillant son tétinàson petit. Ce qui eust été tenu à incivilité à quelqu’autre ; mais elle le faisoit avec tant de grâce et de naïfveté, comme toutes ses actions en étoient accompagnées, qu’elle en reçut autant de louanges que la compagnie de plaisir. » La reine de Navarre lui exprima le regret de ne point l’avoir pour compatriote (1).

Napoléon 1er aura la même sollicitude pour Mmc de Montalivet : en 1806, ilia nomma dame du palais de l’Impératrice ; celle dont il avait convoité la main et qui lui avait préféré son cousin, accepta, mais, à la condition qu’elle aurait le loisir de soigner son mari, en cas de maladie, et d’allaiter la progéniture que 1 avenir lui réservait. L’Empereur, habitué à poser des conditions, non a en recevoir, ne fit aucune objection (2).

Nourrices de Henri IV. — Le grand-père de Henry de Bourbon, futur Henri IV, voulant que « ce lion enfanté par une brebis » fût élevé « sans délicatesse et superfluités », le mit en nourrricc a Bilhôres, près Pau.

{I) Mémoires de Marguerite de Valois el Imbert de Saint-Arnaud, les Femmes de la Cour des derniers Valois.

(2) l1'. Masson, loc. cil,

faits légendaires et historiques

On avait d’abord clioisi une paysanne qui ne plaisait point a Vieilleville ; il la trouvait « trop âgée, maigre et mélancolique » et voulut qu'on donnât au nouveau-né « une jeune nourrice des champs»; on devra « la traicter de grosses viandes, à sa mode rustique, surtout deffendre sa chambre au médecin et à 1 appotiquairc ». Ces sages conseils furent suivis a la lettre et eurent plein succès. « On fit oster, ajoute-t-il dans ses Mémoires, de dessus le berceau de l’enfant les ciels, poils et daix, dedans lesquels il estoit comme estouffé, on lui rendit le jour et le soleil à souhait et à toutes heures, avec une nourrice de l’âge de vingt et deux ans, et fort saine : si bien que l’on congneust en moins de huict jours l’amendement de l’enfant. »

Le Béarnais arrivé au trône, sa nourrice demanda pour récompense l’autorisation de faire peindre sur la porte de sa cabane les armes de France, avec cette inscription béarnaise : « Saube-garde don rcg » Sauvegarde du roi (1).

Nourrice digne de son nourrisson. — D’après Michelet, il semblerait que la nourrice de Charles IX n’a pas été étrangère à la première guerre de religion : « Un jour que de Guise, l’âme de la Saint-Barthélemy, demandait, pour se couvrir, une autorisation de pourfendre les huguenots, la reine-mère, qui n’était pas dupe, se moqua et dit, comme la nourrice du roi entrait : « Nourrice que vous semble ! — Mais, Madame, puisque les huguenots ne veulent se contenter jamais, il faut les mettre à la raison ! »

Un argument de plus en faveur de ceux qui admettent l’influence du lait sur le moral de l’enfant : cette nourrice était protestante (2) et donnait des conseils de renégate ; perfidie et cruauté étaient aussi les défauts dominants de son noble nourrisson.

Louis XIII et les seins. — Louis XIII, au rebours de ses suc-

(1) M11» Vauvilliers. Jlist. de Jeanne d’Albret.

(2) On fut plus difficile pour le choix de la nourrice du Dauphin, en 172;), et la question religieuse y joua un rôle important. La nourrice préférée,’ M"* Dufour qm était catholique, faillit échouer parce que des lettres anonymes, adressées à iJodart, médecin du roi, par une servante des Dufour, accusaient de calvinisme le mari de la nourrice choisie pour le rejeton royal ; comme si la religion d'un pore nourricier pouvait exercer une influence quelconque sur le lait de sa femme

voir l échange de lettres qui eut lieu h ce sujet entre Dodart et Hérault, préfet ck police de 1 epoque, reproduites par P. d’Eslréedansla Méd.anecd.. hisl. el littér.

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