‹ Les seins dans l'histoireChapitre 19 sur 67 · I. KS SK INS DANS l/lIISTOIHK · texte numérisé non relu

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cesseurs, Louis XIV et Louis XV surtout, prisait peu les charmes féminins et, en particulier, les seins : qu’on se rappelle la gorgée de vin lancée sur la gorge d’une dame de qualité et les pincettes introduites dans le corsage de MUe de Hautefort (1).

Dès son bas-âge, cependant, il promettait beaucoup : le Journal de Héroard raconte qu’ « en tétant, il gratte sa « guillerv », droite et dure comme du bois. Il se plaisoit ordinairement fort à la manier et à y jouer du bout des doigts ». A peine âgé de deux ans, toujours d’après le même historiographe, « il met la main dans le sein de Mme de Verneuil, la maîtresse de son père, puis baise le bout de son doigt ». Un autre jour, la marquise lui présenta sa main, puis son bout de sein à baiser ? « L’enfant refusa fièrement l’un et l’autre, mais sa gouvernante lui en ayant donné l’ordre, force lui fut bien de s’exécuter. »

A cinq ans, il tombe amoureux de la nourrice de la petite Madame ; il la baise « à la bouche, aux tétons, avec transport, disant : — Je vous baiseroi toujours ! » Une autre fois, il se fait mettre au lit de sa nourrice et se jouant avec ses seins : « Bonjour, ma garce, baise-moi ! — Monsieur, lui demanda sa nourrice, pourquoi m 'appelez-vous ainsi? — Parce que vous êtes couchée avec moi ».

Plus tard, observe le D1 Cabanès, à qui nous empruntons nos renseignements, ces goûts devaient changer ; les espérances ne répondirent pas aux promesses de l’enfance. Blot, raconte l’érudit auteur du Cabinet secret de l’ Histoire, le chansonnier de la Fronde, a laissé, sous le titre de Rêveries, un recueil dans lequel la répulsion de Louis XIII pour les seins est caractérisée en ces termes : « On savoit, disait-il entre autres choses, que le roi Louis XIII regardoit les tétons comme damnation et leur faisoit même des avanies, ce qui faisoit que le P. Joseph et Vincent de Paul ne tarissoient pas en invectives sur cette partie, l’ornement des belles. »

Origine du bégaiement de Louis XIII. — Le vice de prononciation dont Louis XIII, le bègue béguinant, était afiligé, a été attribué à la maladresse de Guillemeau qui lui coupa « â trois fois » le filet ; la nourrice s’étant aperçue qu'il avait de la difficulté à

(I) Anecd. hist., p. 03.

FAITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES

prendre le sein. Or, cette petite anomalie ne change en rien la succion ni la prononciation et, de nos jours, on ne touche plus au filet; n’accusons donc ni l’opération ni l’opérateur. Peut-être n’existait-il qu’un embarras de parole, dû à une conformation spéciale de la langue : « si longue et si épaisse, que quand elle étoit sortie de sa bouche, ayant peine à la retirer, il étoit obligé de la repousser avec le doigt ». Est-ce bien- là le filet si résistant qui obligera le chirurgien à s’y reprendre à trois reprises ?

Comment le chevalier Séguier gagna la faveur d’Anne d’Autriche. — Saint-Simon, dans ses Mémoires , rapporte un véritable crime de lèse-galanterie, dont fut victime Anne d’Autriche. On supposait qu’elle avait pu cacher dans son corsage des papiers compromettants : « ... Lors de ce grand vacarme, qui fit tant de bruit dans le monde du commerce et des intelligences de la Reine avec l’Espagne, où la Reine, par l’ordre du Roi, fut fouillée jusque dans son sein, au Val-de-Grâce, par le chancelier Séguier, celui-ci, par sa politique conduite en cette occasion, s’assura pour toujours de la faveur de la Reine, sans se commettre avec le Roi ni avec le cardinal de Richelieu. »

Des historiens assurent, en effet, d’après René Kerviler, que Pierre Séguier, en homme avisé, avait fait secrètement prévenir la reine des fouilles qu’il serait obligé de pratiquer sur elle. Anne d’Autriche ne pouvait manquer de lui en savoir gré.

Les nourrices de Louis XIV. — On sait que ce souverain partagea, avec d’autres personnages célèbres, l’avantage ou plutôt l’inconvénient, de naître avec des dents. Les enfants atteints de cette anomalie sont portés à mordre le sein de leur nourrice, qu’il faut remplacer à cause des gerçures et abcès consécutifs. C’est ce qui arriva pour le premier de nos « enfants du miracle », ou simplement de Buckingham, d’après les mauvaises langues.

De même Don Carlos, fils de Philippe II, vint au monde avec des dents, et les morsures qu il faisait à sa nourrice lui valurent de fréquentes corrections, jusqu’à l’âge de trois ans (I).

Quant au fils d’Anne d’Autriche, destiné à faire tout Grand, le

(I) Gachard, Don Carlos et Philippe 11, cité par le Dr Cabanôs, loc. cil.

LES SEINS DANS l/niSTOIHE

remplacement des « remplaçantes » fut attribué, par le courtisan Dionis, au grand appétit du futur roi Soleil. (V. notre Corps humain.)

C’est toujours à notre savant confrère que nous empruntons les détails relatifs aux nourrices de ce prince. « La première fut Elisabeth Ancel, femme d’un procureur du roi au bureau des finances d’Orléans; elle n'allaita le jeune prince que trois mois; Perrette ou Pierrette Dufour remplaça Elisabeth. A la suite de morsures répétées, il lui survint des a duretés dans les mamelles » qui l’obligèrent à suspendre ses fonctions pendant quelques jours. La guérison fut prompte, et la reine, superstitieuse, y vit un miracle : après avoir recommandé à sainte Anne, sa patronne, les seins de la nourrice, elle fit toucher une relique envoyée par le grand maître de Malte ». Ces meurtrissures du petit glouton ne donnent-elles pas raison aux étymologistes qui font dériver mamelle du mot grec massa, pétrir, mordre.

La veuve Searron aux ordres des nourrices de la favorite. — En 1667, Mme de Maintenon devient gouvernante des enfants du roi ; mais dans la crainte de perdre cette considération dont elle était si jalouse, elle remplissait sa charge en secret et se plaignait des tracas qu’elle lui occasionnait : « Cette sorte d’honneur singulier m’a donné des peines et des soins infinis. Les nourrices ne mettoient la main à rien, de peur que leur lait ne se gâtât. J’allois de l’une à l’autre, à pied, déguisée, portant sous mon bras du linge, de la viande, et je passois quelquefois les nuits chez un de ces enfans, malade dans une petite maison hors de Paris. Je rentrais chez moi par une petite porte de derrière et j'allois le soir aux hôtels d’Albret et de Richelieu. Afin qu'on ne crût pas que j’avois un secret à garder, de peur qu’on ne le pénétrât, je me faisois soigner pour m’cmpècher de rougir (1). »

Lait empoisonné. — Les Mémoires de Madame disent formellement que la duchesse de Fontanges est morte empoisonnée et qu’elle a, elle-même, accusé de sa mort la Montespan. Un laquais, que celle-ci avait gagné, l’aurait fait périr avec du lait.

Ainsi le lait, qui jouit de la réputation d’être, par excellence, un

(A) Madame de Maintenon peinte par elle-même.

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