‹ Les seins dans l'histoireChapitre 27 sur 67 · II. — FAITS CÉLÉBRÉS PAR LES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

II. — FAITS CÉLÉBRÉS PAR LES BEAUX-ARTS

1° Faits relatifs aux seins. — Nombreuxsont les sujets légendaires qui autorisent les artistes à exhiber des bustes féminins « ondoyants et divers » ; nous ne pourrons rappeler que les principaux. La légende merveilleuse des amours de Méléagre et Atalante devait tenter le pinceau épicurien de Rubens. Celte fille du roi de Scyros, célèbre par sa beauté et son agilité, a été dotée par le maître flamand d’une paire d’appas plantureux, qui seraient à leur place sur le torse d’une maritorne de son pays et non sur celui d’une jeunesse adonnée aux sports; un tel emmagasinement de tissu adipeux dans les seins et ailleurs l’eût fortement gênée.

De toutes les Mort de Diclon, après l’abandon d’Enée, c’est encore la composition de Rubens qui est la plus suggestive, par les splendeurs d’une gorge opulente : la princesse carthaginoise, assise sur son bûcher, s’enfonce l’épée de son cruel amant entre les seins.

Un autre récit légendaire dont les peintres ont quelque peu abusé (Augustin Carrache, Dominiquin, E. Gennari, Teniers, Poussin, F. Boucher, etc.) est Renaud dans les jardins d'Armide , la séduisante héroïne de la Jérusalem délivrée, du Tasse, qui fascine par ses charmes le beau Renaud ; ce nouvel Achille est retenu par sa passion loin de l’armée des croisés. L Armide de F. Boucher, au Louvre, porte une chemisette transparente qui ne couvre que son abdomen ; dans la composition de E. Gennari (Naples), Renaud empêche sa bien-aimée de détériorer son sein droit qu’elle veut percer d’une flèche.

La légende des Sabine s, enlevées au milieu d une fête par les compagnons de Romulus, fut célébrée surtout par Rubens, Cosimo Rossclli, Poussin et Louis David (1) (Louvre). Ces toiles sont de

(1) Contrairement au récit de Tite-Live, David a peint Romains et latius à pied et non à cheval.

vastes études de demi-nu; dans la sienne, David a représenté sa femme au premier rang' (fig. 44). La composition du maître d Anvers offre aussi une particularité curieuse : Hersilie, comme dans le tableau du peintre français, se précipite entre les combattants, mais ici, elle obtient la paix en montrant les enfants de ses compagnes et sa propre grossesse.

Une des femmes les plus célèbres de l’antiquité, Sapho, victime d’Eros qu’elle avait si souvent chanté sur sa lyre, a plus d’une

Fig. 44.

Fig. 44 bis.

fois inspiré les artistes et en particulier P. de Laval (Salon de 1837) : la voluptueuse Lesbienne, étendue sur un lit de repos, est plongée dans l’une de ses extases poétiques et amoureuses (fig. 43).

Le suicide de Lucrèce, qui ne voulut pas survivre à son déshonneur, après avoir subi les derniers outrages d’un fils de Tarquin le Superbe, est un sujet fort en faveur dans les beaux-arts ; d n’est pas une seule galerie. artistique importante qui n’en possède plusieurs spécimens. Le plus souvent, la dame romaine est seule, le corsage entr’ouvert — Albert Durer (Munich), Quentin Matsys (Budapest) (fig. 46), Varotari, dit le Padouan (Dresde), Bassano (Venise), Mola (Dresde), Andréa del Sarto (Florence), G. Palma (\ îenne), Sirani Elisabelta (Rome), etc. - et s’enfonce, entre les

seins à découvert, un long' stylet, qui ne l’empêche pas de rester debout. La Lucrèce de Lucas Cranach (Vienne) est entièrement nue ; son corps est assez beau pour être montré en entier, mais une semblable attitude étonne chez une dame qui tenait la pudeur en si haute estime. Guido Cagnacci (Académie de San Luca, Rome) a représenté Lucrèce aux prises avec Tarquin (fîg. 47) ; Taine donne de ce chef-d’œuvre une description détaillée, dans

son Voyage en Italie. L’héroïne se défend mollement et a plutôt l’air de badiner. Son visage n’exprime pas la terreur, loin de là; Lucrèce semble surtout préoccupée de faire valoir le galbe de son torse admirable, que le criminel peut invoquer comme circonstance atténuante. Le Tarquin de la Lucrèce surprise , de Cambiasi (Vienne), est vêtu d’un dolman de hussard! Ces anachronismes, nous le savons, sont fréquents en peinture. Pour terminer notre liste, citons encore le Tarquin de Luca Gordiano (Dresde) et la Lucrèce, du Titien (Vienne), se poignardant devant Collatin ; le chef de l’école vénitienne a traité le même sujet dramatique dans une autre toile qu’il se dédie : Sibi Titianus f. ( ecit ).

Les artistes ne pouvant rencontrer, chez le même modèle, toute

la perfection esthétique, choisissent dans plusieurs sujets des détails irréprochables. Ainsi Zeuxis, pour l’exécution de son Helene courtisane, fit poser nues les cinq plus belles filles d’Agrigente; il s’attachait cà l’imitation de la nature, bien que Qumtihen lui adresse le reproche — plus tard mieux appliqué à Michel-Ange

— « de prêter quelquefois aux membres des contours trop robustes, môme dans les figures de femme )>. Joachim Sandrart, de l’école allemande, et Vincent, de 1 école française (Louvre), ont montré le peintre grec opérant sa sélection, dans son atelier, mais Sandrart lui fait peindre « une figure de Junon », d’après cinq modèles, tandis que, suivant Vincent, le peintre grec choisissait parmi « les plus belles filles de Crotone » ; tous deux se trompent d’ailleurs, l’un sur le nom de la déesse, l’autre sur celui du pays.

Apelle s’éprenait facilement de ses modèles ; il est vrai que sa renommée attirait dans son atelier les beautés les plus mervcil-

leuses de son temps, qui aspiraient à être immortalisées par le pinceau du plus illustre des peintres grecs. C’est ainsi qu’ Alexandre lui conduisit Campaspe ou, suivant d’autres, Panidote, pour reproduire son portrait, qui fut placé par Auguste dans le temple de César. L’artiste était si troublé en présence de son modèle, qu’Alexandre s’en aperçut et renonça à sa passion ; il en fit présent à Apelle. Cet exemple d’abnégation, comme l’épisode analogue

de Stratonice,- fut souvent reproduit par les peintres et les sculpteurs, surtout à l’époque de la Renaissance : Jodocus van Wingle a représenté Apelle. peignant Campaspe en \ émis (\ ienne) ; Falconet en fit le motif d’un bas-relief exposé au Salon de 17(io, Alexandre cédant Campaspe à Apelle ; David, dans l’exil de d 8 10 à 1824, a exécuté Apelle peignant Campaspe devant Alexandre; enfin Girodet a traité le même sujet et son œuvre a été gravée par Bein.

L’ordre chronologique nous conduit au Triomphe de César, par Mantcgna (Vienne); détachons-en le groupe d'une captive gau-

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