GS
4(1 ans et commençait à s’assagir; elle est vêtue d’une chemise de dentelle et d’une tunique grecque, à travers laquelle cependant très visiblement les bouts de sein transparaissent.
Pour la modique somme de 1 2 francs, on peut se procurer aux Beaux-Arts un moulage du buste de Mme Récamier, découvrant en entier son sein gauche (fîg. 170). A l’exemple de David, François Gérard représenta l'hospitalière et spirituelle beauté de l’Ab-
Fiff. 177.
baye-aux-Bois, après le bain, mais dans une pose différente de la conception du maître : les mamelons font saillie sous la chemisette en fine batiste. Le même peintre nous a laissé le portrait de la célèbre tragédienne M110 George Wesmer, le mamelon du sein droit à découvert (fig. 177). L’amie de l’empereur avait de puissants appas et la salle entière soulignait dans Cinna, la tragédie favorite de son amant, le vers où elle s’écriait :
Si j’ai séduit Cinna, j’en séduirai bien d’autres.
La terrible Némésis de Barthélemy fait allusion à ses avantages
Lady Hamiltox,
La Maîtresse de Nelson, dessin appartenant à Sir Tollemaehe Singpi fl
(Par Cosway)
suit LF. I) lie 0 1. 1. F T AG F
physiques et à une autre liaison avec le « prince de la critique » de l’époque, montrant
.tanin,
Sous les appas de (leorge imperceptible nain !
Fig. 178. — D’après la photographie de Brogi (Florence).
En 1813, la belle Mmo Charlotte Fossetta, par amour de l’art, servit de modèle à Dannecker, pour sa célèbre Ariane, portée sur
UiS SEINS DANS 1,’HISTniHK
un monstre mythologique et personnifiant l’Allemagne triomphante. Elle s’offrit à l’artiste, chez qui elle fréquentait, en lui disant : « Vous êtes sûr que mon corps pourrait être véritablement utile à votre art? C’est bien, disposez de moi, si vous pensez pouvoir créer une œuvre originale et géniale (1) ».
Deux salles de la Nouvelle résidence, de Munich, sont ornées des portraits des trente-six favorites du dévot roi, Louis de Bavière.
On y remarque celui de la fameuse aventurière Lola Montés, de mœurs plus que légères; il est vrai que la légèreté est la vertu primordiale de toute danseuse.
A l’Hôtel de ville de Vienne, une immense toile de Hans Makart représente la célèbre tragédienne Charlotte Wolter, en Messaline, le sein droit à nu et — discrète flatterie de l’artiste — le bouton seul est dissimulé sous la feuille d’une rose, que l’épouse de Claude tient à la main.
Au Cam/jo Santa ou C imitera monumentale de Milan, — qui ressemble à un Salon de sculp- Fig. 178 bis. tures, aux mille veilleuses vacil-
lantes, comme autant d’âmes de trépassés — un caveau de la famille Maccia, dû au ciseau de S. Grippa (fig. 178), attire particulièrement l'attention : la veuve, qui donne le sein au dernier-né, entr’ouvre la porte du mausolée, comme pour appeler l’absent.
On vend en Egypte une photographie de la maison Zangaki, représentant la nourrice du négus d’Abyssinie, nue jusqu’à la ceinture, « le menton aers (appuyé) au pis », suivant le langage des trouvères (fig. 178 bis'). Elle est atteinte d’hypertrophie mammaire
(1) C. Beyer, cité par le Dr Stratz dans la Beauté de la femme.
SUR LE DÉCOLLETAGE
et c’est sans doute à cette cascade de chair qu’elle doit 1 honneur d’avoir allaité un dauphin abyssin : sous les tropiques, on ignore encore que les meilleures mamelles ne sont pas les plus grosses.
Revenons en France. Une des plus belles peintures décoratives de Chaplin, le plafond du Salon des Fleurs, aux Tuileries, détruit par la Commune, en 1871, représentait l’impératrice Eugénie, en Vénus. Entourée des Arts et des Grâces, les Génies lui apportaient dans une corbeille un Amour, sous les traits du Prince Impérial (1).
La trop célèbre Cora Pearl qui, sous le second Empire, occupa le
haut du trottoir, eut la fantaisie de faire mouler sa poitrine (fig. 179) et sa main. Celle-ci, en l’air, tient un sein, l’autre sein fait couvercle (fig. 180). Le tout en onyx. Gallois fit sa statue en douze séances. Pendant une pose, raconte l’hétaïre, Mme Desmard frappe et supplie qu’on lui ouvre ; elle demande la permission de venir voir de temps en temps où en sera la statue, prenant un plaisir extrême à ce qu’elle appelait « la contemplation de l’art et de la nature ». « Elle-même avait un peu passé par là. Je dis un peu, Gallois n’avait fait que son buste. « — L’art est une belle chose, mais la nature est bien au-dessus, s’écriait mon admiratrice, en appliquant son oreille sur ma poitrine. Quel dommage, ajoutaitelle, que le ciseau ne puisse reproduire ces palpitations légères que sont la vie. » Gallois souriait et je me disais à part moi : « — 11 me sculpte et elle m’ausculte. ».
Fig. 179.
Fig. 180.
(I) Claude Vento, les Peintres de la femme.
De l'aveu du modèle, la copie en marbre du corps nu est parfois mais la tète peu ressemblante. En 1874, le sculpteur Clésinge r sollicita l’honneur de faire son portrait :
... .le vais exécuter une statue, et je désirerais vous prendre pour type . c est vous dire que je saurai sculpter sur le marbre, non seule-
Fig. 181.
ment les beautés plastiques, dont la renommée est arrivée jusqu’à moi, mais aussi la vie et les indéfinissables passions dont ce charmant corps est animé...
Autre moulage de femme : nous donnons, figure 181, le torse de la jeune négresse qui a posé pour la fontaine de Carpeaux; rien ne distingue ce corps de celui d’une Européenne bien faite, ni même de la perfection d’un antique.
suit LE I) É COL L ET AG E
Prosper d'Epinav déclarait le buste de M“° Eugénie Fiocre, danseuse de l'Opéra, par le même sculpteur, « le plus beau de notre époque », et à sa vue, il éprouva une impression si vive qu’il exé-
Fig. 182.
cula celui de la jolie comédienne Marie Magnier. Ce buste a l’un des seins découvert, l’autre voilé sous une draperie : un souverain très amateur de belles femmes, en tomba éperdument amoureux ; mais n oublions pas qu il doit toujours mettre consciencieusement en
LES SEINS DANS t.’llISTOIUE. — I.
l.l'.S SKINS DANS 1, HISTOIBE
uralique la devise de son royaume : « l’Union fait la force ». « Pourquoi, écrivait-il à l’artiste, en couvrir un ? Vous rendrez
Fig. 182 bis.
l’autre jaloux (1) ! » Compliment que releva Albert Mallac dans un sonnet inspiré par ce buste de « demi-reine » .
Un sein me laisse voir son contour adouci;
L’autre, qu’un fin tissu de lin dérobe à peine,
Jaloux semble vouloir se dérober ainsi.
(1) Claude Vento, loc. cil.
La Callixène, du môme artiste, est le portrait d’une femme du monde qui fut autorisée, par son mari, à poser dans l’atelier du
Fig. 182 ter.
peintre, mais complètement habillée, pas même décolletée. D’Epinay tint parole : il habilla... de gaze son modèle, de sorte que dans la statue « tout transparaît, rien ne paraît ». Quant à l’œuvre capitale du maître, Ceinture t lovée , qui contribua pour lui à la « bonne renommée », dédaignée par son sujet, elle est la synthèse de plusieurs beautés aristocratiques : l’une a prêté la finesse de sa
main, une autre la cambrure de son pied; une troisième posa pour la taille, d’autres pour « tout ce que l’on peut rêver ! » .
La brune Goralie Brache, danseuse à l’Opéra, une merveille de beauté et de grâce, passe pour avoir prêté les traits de son visage et les ondulations de son corps â la Vérité de J. -J. Lefèvre, que chacun peut admirer au Louvre; mais le maître, tenu au secret professionnel, nie le fait et semble même ignorer jusqu’au nom de la savoureuse ballerine.
Un portrait de femme, attribué à Courbet, dont la chaude carnation et l’ampleur des formes rappellent celles de la Femme au perroquet, en plus habillée, exhibe une poitrine sans peur et sans reproche; mais la coquette rosit de tant d’audace et cache sa ligure rieuse, à la façon des Orientales ou des autruches (%■ 1X2).
De toutes les publications illustrées, d’après nature. Paria lu nuit, , delà collection du Panorama, est celle qui reproduit, avec le plus de vérité, les charmes secrets de nos séduisantes actrices ou professionnelles-beautés. La plus audacieuse, mais aussi la plus voisine de la perfection est MUe Emelen (fig. 182 bis) : elle expose un buste modelé par les grâces et d’une pureté de ligne que Praxitèle n’eut pas désavoué. On sait queM. Massenet a donné à cette artiste lyrique, déjà célèbre à l’étranger, la consécration parisienne qui lui manquait, en lui confiant l’interprétation du prince Charmant, de Cendrillon : son ramage égale son plumage ! Dans la même galerie figure, avec honneur, la gloire des tableaux vivants, Suzanne Duvernois, dont la pose de prédilection est celle de la Diane au bain (fig. 182 ter). Lise Fleuron et sa sœur Méaty, autre belle de nuit, nous montrent tous les trésors que peuvent avantager ces attitudes hardies, savamment inclinées et fort appréciées des « plongeurs ».
A la vitrine des marchands de photographies sont exposés les charmes de demi-mondaines ou de théâtreuses réservés à l’intimité. La captivante Marville, Reutlinger fecit, se cambre ainsi nue jusqu’aux hanches, sans le moindre maillot; pour tout vêtement, une guirlande de roses tremières tenue entre ses doigts appliqués sur ses mamelons. Au milieu de ces déshabillés aphrodisiaques, trône en souveraine l’ex-princesse déchue, non « Chimé — rique », dont
S UH UK I) K U OU U K TAU K
nous avons déjà parlé et qui est venue s’échouer dans les bras d’un violoniste tzigane « Rigo — lot »; elle arbore le nu complet, recouvert d’un maillot translucide. Ignorait-elle, la belle pécheresse, que le violon, lui aussi, a une âme et des nerfs, ses cordes ? Les poses préférées de la princesse capiteuse et capitonnée, sont en Phryné ou en Phébé, couchée sur un croissant (fig. 183).
Fi". 183,
Au Salon de 1900, le portrait de MUo Gora Laparcerie, pointpar M. Edouard Zier, a obtenu un légitime succès d’art et de curiosité ; la comédienne au masque tragique, belle statue dont on sent trop le froid du marbre, apparaît superbe dans son rôle de Fausta, enveloppée nue dans des voiles vert-pomme; à travers l'étoffe légère que les anciens appelaient « de l’air tissé », s’estompent les contours de ses charmes qui faillirent coûter la vie à l’un de nos jeunes gyn écologistes.
Il est rare que, dans les Salons des beaux-arts, nos actrices exposent d’autres monts que ceux
Qu’en nos climats les gens nomment tétons.
Car, quant à ceux qui sur l’autre hémisphère Sont étendus, plus vastes en leur tour,
Par révérence on ne les montre guère.
Rarement, en effet, ces « monticules » ou « globes d’arrière », que La Fontaine ne nomme pas, attirent l’attention du public. Exceptons Buda-Pesth, si l’on en croit la plaisante aventure arrivée, en 1902, à Mme Arauka Heygi (1). Le Conseil municipal avait commandé, à un sculpteurémérite, une statue de la Czanla qui devait décorer la façade du théâtre. Pour sjmiboliser cette danse, le statuaire n’avait pas cru pouvoir choisir un plus joli modèle que Mme Hegyi, une des actrices de Pesth les plus renommées pour son talent et sa luxuriante beauté. Mais lorsqu'il s’agit de mettre en place la statue, on s’aperçut que ses formes opulentes débordaient, avec excès, de chaque côté du pilier. La Commission des Beaux-Arts, avisée, en délibéra et prit une résolution énergique. Estimant qu’une coupure s’imposait, elle fit venir un praticien qui, armé de son ciseau, ramena en quelques retouches la plantureuse image de Mme Hegyi aux proportions éthérées et modestes d’une jouvencelle de Bolticelli : ne la comparons pas toutefois à la Danse de Falguière, où nous ne devons rechercher de Cléo que sa figure supérieure.
Paul Dollfus, l’auteur de Modèles d'artistes, étrille de belle façon les maris aveugles ou complaisants, qui permettent à leurs femmes d’exposer leur triomphante nudité dans un costume trop semblable à celui des pensionnaires que « Mmo Tellier » fait descendre au « Salon » : « C’est sans doute l’orgueil de se dire : Cette gorge que vous admirez, cette nuque que vous contemplez,
(1) Le Théâtre et la Mode.
S III! LE DÉCOLLETAGE
ccs beautés que vous devinez et que la toilette ne cache pas, tout cela est à moi, m’appartient. Et si je vous permets de le regarder, jtfi seul le droit d’y toucher. C’est sans doute la joie de se faire ces réflexions satisfaisantes qui a amené M. G... à autoriser sa femme à se faire portraicturer par M. Sargent, épaules et bras nus,
Fig. 183 1er. — D'après la photographie de Garrigues (Tunis).
torse moulé par un corsage papillon, un sein à l’air, et l’autre à peine caché, souligné plutôt par le corsage. D’autres auraient gardé cette toile pour eux. M. G... a autorisé M. Sargent à l’exposer. C’est d’une belle crànerie, et bien Régence ».
Une « belle inconnue », ornée d’une poitrine digne de l’antique, a eu la fantaisie, fréquente au xvmc siècle, de prendre la pose énigmatique du sphinx, animal mystérieux et dévorant — comme celui deThèbes — qui personnifie le mieux « l’éternel féminin » (fig. 254).
Sous celle forme aussi ou sous celle de tout aulre monstre, les Turcs obtiennent le portrait de leurs épouses, autrement interdit par le Coran.
M. Leydet, juge d’instruction, a fait saisir des photographies de Amélie Hélie, dite Casque c l'Or , où la reine des « Apachcs » laissait voir une gorge par trop décolletée (1). L’éditeur poursuivi a protesté en objectant que partout on exhibe des femmes dans une tenue plus légère. La figure 183 bis rappelle l’attitude et le déshabillé de cette tapageuse célébrité, qui ne méritait « ni cet excès d’honneur ni cette indignité ». Mieux partagées, les danseuses algériennes et tunisiennes ont toute liberté de se montrer, en chair ou en photographie, nues jusqu’à la ceinture ; cette latitude est donc une question de latitude (fig. 183 ter).
La manie des cartes postales ne pouvait manquer de s’emparer des poses plastiques ou des tableaux vivants, avec ou sans maillot; un spécimen de la série intitulée Loqes d'artistes (fig. 184), nous donnera une idée d’un pareil dérèglement; ce groupe, qui pourrait faire pendant au Jugement de Paris, semble réunir un trio de candidates à un concours de bustes : aux plus belles pommes, la pomme !
Les photogravures de portraits dénudés s’étalent jusque sur les couvertures de certains romans : des mamelles de bonne volonté aguichent les acheteurs, pour la grande gloire de la littérature contemporaine : tels, la Vierge de Babylone , roman antique de Prosper Castanier ; Pauline ou les amours d'une fille de ferme, de Georges Beauné; Sensualité amoureuse, de Jean Lorain ; la Bague brisée, de Pierre Guedy ; le Miroir de l’Amour, les Danses voluptueuses, etc., enfin Y Encyclopédie amoureuse est ornée de 132 illustrations porno, c’est-à-dire photographiques.
A l’étranger, mêmes exhibitions licencieuses aux vitrines des marchands d’estampes. Sous la rubrique Studii (études), on vend, à Milan, des académies de beautés indigènes dans le costume le plus primitif. La nudité de l’une d'elles est voilée d’un simple
(1) Elle montrait en entier l’une des « gourdes » de son jardin « plotager » pour nous servir du jargon du monde où la gigolette fréquente, D'ailleurs Amélie reconnaît qu’elle a « le corset facile » et n’est pas de celles (pie la nature a trop généreusement douée : « Je connais, écrit-elle, bon nombre de marchandes de poissons qui seraient très vexées d’avoir, sous leur médaille, une paire de nénés aussi gamins que ceux que je ballade avec moi; ... au reste, Mandat et Leca. qui sont des gens de goût, n’auraient point combattu comme des preux, pour quelque épaisse morue débordant de toutes parts ! ».
suit Uî D lî G 0 U V K T A fi E
tablier de pâtissier (fig\ 184 bis), plié en deux, portant, sur une planchette, ses seins affriolants, au milieu de pommes naturelles, avec cette inscription : « Des pommes, messieurs ». A Rome, sont offertes des cartes postales où de jeunes Italiennes, au torse nu, symbolisent la Force motrice , le Téléphone , l’ Ecriture , la Photographie, la
Lumière électrique, etc. Par ses attractions féminines exposées aux étalages, Vienne ne le cède en rien aux autres capitales du monde civilisé et syphilisé, bien au contraire : si l’on en croit Victor Tissot (1), à côté du pittoresque cortège d’actrices viennoises « presque aussi économiquement vêtues qu’Eve avant le péché », toutes les dames et les demoiselles de l’aristocratie « possédant des grâces qui n’ont pas besoin d’être relevées par les artifices de lart », s’exposent aux suffrages des passants et se vendent en photographie. Parlerons-nous des photographies maquillées, que nous avons vues à Bukarest ? Certaine nous est restée dans le souvenir : elle se composait de deux personnages, l’un vrai, l’autre fictif; le vrai
(I) Vienne cl la vie viennoise.
était une jeune déclanchée, dans le simple appareil, occupée à lire ou relire, aux pieds de son lit, une épitre enflammée, tandis qu’un vieux voyeur — celui-là imaginaire — se pâmait d’aise en reluquant, par le trou de la serrure, les seins
De la beauté qui va se livrer au sommeil.
Gomme complément de cette étude du nu chez la femme, nous
parlerons des célébrités masculines, dont les statues montrent au moins leurs mamelles, sinon « un homme vraiment nu » comme dit Cathos.
Dans l’antiquité, c’était de règle : Auguste, Domitien, etc., étaient représentés, parla statuaire, en tenue dont Musset pare Hassan.
A la Renaissance, Michel- Ange campe Julien de Médicis, sur son tombeau de la chapelle Saint-Laurent, à Florence, dans une nudité à peu près complète, mais non choquante, grâce au prestigieux ciseau du plus puissant sculpteur que l’art ait produit.
Pour se venger de messer Biagio da Cesena, camérier de Paul III, qui avait dénoncé au pape sa magnifique conception du Juc/ement dernier , « comme plus propre à une salle de bain qu’à une chapelle », Michel-Ange le peignit nu, au milieu des damnés, sous la forme de Minos, avec les oreilles d âne de Midas, et un serpent qui le dévore « par où il a le plus péché ».
En septembre 1770, Pigalle représenta Voltaire assis, tenant un rouleau d’une main, une plume de l’autre, mais complètement nu, sous prétexte qu’un génie semblable ne devait pas craindre de revêtir, devant la postérité, le costume de la Vérité, qu il aimait par-dessus tout. Le seigneur de Ferney, pressenti sur cette fantai-
suit UK 1) K C 0 I. U ET AC E
sie d’arlistc, répondit : « Nu ou vêtu, il ne m’importe. Je n inspirerai pas d’idées malhonnêtes aux dames, de quelque laçon qu on me présente à elles ». Cette œuvre est à l’Institut de France.
Callamard et Canova firent de même pour Bonaparte. Le marbre de Canova figure un immense dieu Mars, vêtu seulement d un manteau de guerrier, plié et négligemment jeté sur l’épaule gauche, mais qui ne recouvre rien ; son épée est posée à côté de lui : il tient, de la main droite, une Victoire, et, de la gauche, un sceptre. Cette statue, qui ne choquerait pas, s’il s’agissait d’Apollon, d’Adonis ou d’Antinoüs, provoque le rire par sa nudité outrancière, en raison du personnage exposé : impossible de reconnaître dans ce colosse, en peau, le « petit caporal » de la tradition (1). Sa place, au milieu de la cour du musée le plus important de Milan, n’est pas non plus très bien choisie : elle fait baisser les yeux des visiteuses et invite les visiteurs à la raillerie ; l’un d’eux a crayonné ces vers peu luisants sur le socle :
A Milan, cour Bréra,
Sculpté par Canova (2) ,
Surgit Napoléon en costume peu digne :
11 n’a pour vêtement qu’une feuille de vigne !
Le premier mari de Pauline Bonaparte, le général Leclerc, appelé le « blond Napoléon », en raison de sa ressemblance avec son beau-frère, est représenté dans sa statue de Versailles, aussi nu que Hoche, son voisin, transformé en Léonidas par un ciseau original.
Pajou exécuta, en marbre, Buffon, non pas avec des manchettes, mais tout nu, comme la Nature, qu’il a scrutée avec autant d’ardeur que de bonheur: le grand naturaliste est en compagnie d'un chien de berger qui lui lèche le pied.
Enfin, nos nécropoles, cimetières ou cryptes d’églises, renferment nombre de monarques, reines ou personnages de marque, soit en bronze, soit en marbre, couchés sur leur sépulture, les seins à nu ; dans celte attitude horizontale, ils ne choquent nullement l'œil le moins indulgent, mais debout, ils s’exposeraient, comme ceux que nous venons de nommer, au ridicule.
(1) Basse encore s’il s’était agi de l’empereur Jléliogabâle, qui paradait devant ses légions de Syrie, du haut d’un char « où il étalait aux yeux sa nudité radieuse », dit Hichepin.
(2) Le célèbre sculpteur s’autorisait, parait -il , de la statue nue de Septime Sévère, pour représenter notre Empereur dans le même costume.