I. K S S ICI N S DANS I. H1STOIIIK
Nous avons déjà parlé de la trop célèbre lady Lyons, qui offre plus d'un trait de ressemblance avec notre contemporaine Clara Ward, ci-devant princesse de Chimay (1) : elle fut portraiturée en Bacchante, couchée sur le bord de la mer, par Mme Vigée-Lebrun, pendant son séjour à Naples, où son mari, lord Hamilton, fut ambassadeur d’Angleterre. Au musée de Montpellier se trouve le portrait d'une autre lady en Psyché, peint par un artiste de celte ville, François Fabre. Ne serait-ce pas plutôt celui de la célèbre comtesse d’Albany qui, dit-on, épousa secrètement l’élève de David à Florence et le fit son légataire universel, en 1824?
Girodet avait peint le buste d’une actrice du théâtre de la République, Mmo Simons Candeille, maîtresse du Girondin Vergniaud. L’actrice s’étant permis quelques critiques sur la ressemblance, le peintre piqué coupa la toile en morceaux et l’expédia à Mmc Simons. Il poussa sa vengeance plus loin encore : il composa un tableau où sa cliente était représentée en Danaé, lapidée, non de louis d'or mais de gros sous. Au premier rang figurait un énorme coq d’Inde rappelant les traits du célèbre orateur girondin. Arsène Houssave, d’après, sans doute, le récit de Georgette Ducrest dans ses Mémoires sur l' impératrice Joséphine , attribue cette aventure à une autre actrice, MUe Lange, qui épousa, en 1797, un carrossier belge, Simons, dont le père s’était marié précisément avec M1Ie Candeille, belle-mère de la première : toutes deux ayant porté le nom de Simons, la confusion s’explique naturellement.
L’époque napoléonienne nous fournira plusieurs documents plus ou moins authentiques. Nous connaissons déjà le dessin satirique de James Gillray, où Mme Tallien et Joséphine dansent nues devant Barras. Pas plus véridique n’est la Létizia, décolletée, que Napoléon fit placer, par ordre, dans le tableau du Sacre, de David, bien qu’elle n’y eût pas assisté. Pauline Borghèse, la plus désirable des sœurs de Bonaparte, aimait à se faire admirer nue par son entourage, pendant sa toilette du matin. Constant mentionne cette coquetterie dans ses Mémoires : « Souvent un intervalle assez long séparait le moment où on lui offrait sa chemise de celui où on la lui passait; pendant ce temps, elle se promenait
(1) Un mot entendu devant la vitrine d'un marchand de photographies, à la vue des nombreuses cartes-albums représentant la princesse en 32 poses et sans costume : « En voilà une qui aime à se faire tirer ! »
suit L K DK CO U- RT AO K
<lons sa chambre avec autant d’assurance que si elle eûl été totalement vêtue. » Son plus grand plaisir était de faire apprécier ses formes, dont elle connaissait la perfection, parles artistes qui, disait Napoléon, s’accordaient h la comparer à la Vénus de Médicis; elle n’eût pas été duchesse, qu’elle fût devenue modèle d'atelier pour le nu d’ensemble. Sa statue] faite par Canova (1), en Vénus Victrix la pomme à la main, a été moulée sur sa propre chair et elle en reproduit fidèlement les contours, dignes de l’antique. On prétend que la princesse, voyant hésiter Canova pendant l'opération du moulage , lui aurait dit : « Mais allez donc !
de quoi avez-vous peur? • —
De devenir amoureux de ma statue. — Allez toujours,
Canova, vous êtes un flatteur (2) ». Une dame lui demandait comment elle avait pu poser ainsi toute nue :
« Oh ! dit-elle, il y avait du feu dans l’atelier ». Cette statue, chef-d’œuvre de distinction et de grâce, est le plus bel ornement de la villa Fig. 176.
Borghèse. Quand elle fut
exposée, pour la première fois, on fut obligé de la protéger par une enceinte contre les poussées delà foule. Versailles possède un portrait de Pauline par Robert Lefèvre, qui date de 1825, 1 année de sa mort; la « reine des colifichets » était alors âffée de
(1) Curios. art., (ig. 85.
i2) Joseph J urquan , toc. cil. Ce dialogue pourrait bien être apocryphe : Canova imitait, si parfaitement la nature cju on disait, a sa louange. « qu'il moulait ses modèles au lieu de les copier. »