‹ Les sélections socialesChapitre 14 sur 57 · ANIMAUX · texte numérisé non relu

ANIMAUX

Capac. cràn.

Mouton africain

Sanglier d’Europe

Cochon, race celtique

Sanglier de Cochinehiue. . . .

Sus vittatus

Cochon domestique chinois. . .

Loup

Chien mâtin

Chacal

Lévrier d’Italie

Lapin sauvage

russe domestique ....

Lièvre

Diff. en fav. de la forme sauvage

degrés divers d’évolution, et de se rattacher tous aux Germains. Cette considération puérile a tout primé pendant des années. On a fini cependant par reconnaître, même en Allemagne, que la différence des types ne portait pas seulement sur l’indice céphalique, qu’elle se manifestait dans tous les détails de la psychologie et delà morphologie ; il a fallu avouer que les Allemands avaient dans les veines tout juste un peu plus de sang germain que les Français n’ont de sang gaulois, c’est-à-dire fort peu, sinon presque rien. Cependant quelques vieux anthropologistes résistent encore, par exemple Virchow. Le même mouvement s’est produit en Russie, où le patriotisme a consisté à soutenir 1° que les populations brachycéphales de la Russie actuelle descendent des Slaves de jadis, dolichocéphales et blonds; 2° que cette brachycéphalie est une marque de supériorité, de perfectionnement. En réalité les Russes sont encore moins Slaves que les Allemands ne sont Germains, et Bogdanow en soutenant cette thèse s’inspire de considérations d’ordre tout politique.

En reprenant l’idée de SchaafFhausen par le mauvais côté, on serait plus près de la vérité. S’il est douteux que l’état de civilisation contribue, même la sélection aidant, à relever la moyenne de la largeur crânienne, on peut comprendre qu’il aboutisse à diminuer la longueur. Celle-ci parait en corrélation avec l’énergie et l’activité. Ces facultés sont moins nécessaires et moins fréquemment exercées dans la vie du laboureur et du manœuvre. Il est possible qu’il en résulte un moindre effort du cerveau vers le développement antéro-postérieur, et nous savons que si les qualités acquises ne s’héritent pas, des dégénérescences s’héritent. Fait plus certain, la sélection permet plus facilement la survie des individus passifs à l’état civilisé qu’à l’état sauvage. Nous verrons ailleurs la supériorité qui en résulte au point de vue de la postérité.

J’ai donc cherché moi-mème à expliquer le progrès de la brachvcéphalie chez les populations brachycéphales par une régression dn cerveau et du crâne postérieurs. Ce phénomène, auquel je donnais le nom de castration iniaque expliquait par les plus grandes chances des passifs extrêmes les cas d’extrême brachycéphalie observés de nos jours. J’ai introduit depuis, comme explication principale, la nouvelle théorie qui considère VH. Alpinus comme un hybride de Homo et à’Acrogonus, en voie de réversion vers ce dernier type, mais je ne cesse pas de considérer comme exacte en soi la théorie de la castration iniaque dont la portée n’est pas limitée à l’explication du progrès de la brachycéphalie chez les brachycéphales.

Régression sous l’influence de la civilisation, castration iniaque, nous voilà à peu près aux antipodes de la thèse de Broca, vulgarisée par Cari Vogt et pieusement reproduite par les écrivains de troisième main !

Education et moralisation. — Rôle prépondérant de la sélection sociale. — On a attribué à l’éducation un rôle non moins exagéré dans le développement de la moralité et de la religiosité. Cette thèse a été soutenue surtout en Angleterre, et par l’école de TJ. Spencer. C’est toujours la même confusion entre l’évolution collective et la sélection.

En réalité la fonction n’a pas plus été modifiée que l’organe. A chaque génération, une sélection rigoureuse a éliminé les individus dont la tournure d’esprit n’était pas conforme aux idées morales et religieuses imposées par l’usage. La descendance de ces non-conformistes se trouvant éliminée par conséquence nécessaire, la société a fini par n’être plus composée que d’éléments héréditairement disposés à regarder comme indiscutables les idées régnantes en matière de morale et de religion. La moralité, la religiosité ne sont donc pas les

résultats d’une évolution collective, mais d’un ensemble de sélections sociak s dont j’étudierai plus lard le fonctionnement.

Instruction et criminalité. — Le physiologiste habitué à l’étude zootechnique des questions d’hérédité et de sélection se demande parfois avec stupeur où l’on espère en venir avec l'utopie de la moralisation par l’instruction. C’était un lieu commun naguère que l’instruction ferait disparaitre la criminalité. Dans le monde judiciaire on en doutait un peu, dans le monde politique on n’en doutait pas du tout. Le doute envahit maintenant les politiciens eux-mêmes, mais il reste encore des convaincus, pour ne pas dire des apôtres. Cette question est un cas particulier de celle de la modification des masses par l’éducation. Question principale et cas particulier ne peuvent être séparés : l’instruction ne moralise que les individus, si toutefois elle les moralise, et je crois, en vertu d’une expérience judiciaire suffisante, pouvoir émettre sur ce point plus qu’un doute.

La diffusion et l’obligation de l’instruction n’ont produit qu’une modification dans le mode d’accomplissement des crimes, qui sont devenus plus savants à mesure que l’instruction allait chercher leurs futurs auteurs. Autrefois les malfaiteurs étaient presque tous des illettrés : c’était l’époque des crimes grossiers, l’âge d’or des médecins légistes et des juges d’instruction. Aujourd’hui l’instruction obligatoire a pénétré dans les milieux qui ont la spécialité de produire les pires criminels. Le nombre des crimes et des délits a subi une modification, mais non pas celle que l’on attendait. La criminalité a augmenté1, en grande partie par l’effet de 1 instruction même, et les crimes, les criminels surtout, sont devenus beaucoup plus difficiles à découvrir. Les statistiques criminelles accuseraient des chiffres d’une effroyable éloquence, si elles étaient

sincères. Elles ne le sont pas. Dans la plupart des parquets, sinon tous, les chi lires annuels sont obtenus en ajoutant ou retranchant à ceux d’une année précédente des quantités calculées pour satisfaire aux exigences arithmétiques de tableaux qui se contrôlent d’une manière réciproque. Je me souviens d’avoir, dans l’enthousiasme et la sincérité de la jeunesse, dressé ma première statistique criminelle avec une rigoureuse exactitude. Elle me fut retournée deux fois par le Parquet général : les totaux ne cadraient pas. Les cadres ne prévoyaient pas tous les cas possibles, n’importe 1 il fallait faire cadrer. C’est ainsi que mon patient travail d’un mois céda la place à une statistique correcte, vraisemblable aux dépens de la vérité. Pour avoir une idée complète de la valeur des documents officiels de cet ordre, il faut avoir aussi pratiqué soi-même la correctionnalisation, avoir par soi-même vérifié que le « rendement » en procès-verbaux d’un arrondissement est surtout proportionnel à l’activité du Procureur. Suivant le zèle et le talent de celui-ci, les agents inférieurs ferment les yeux ou verbalisent dans une foule de matières délicates : incendies, outrages aux mœurs, avortements. La consigne est de ne pas voir, à moins de scandale public, une infinité de délits et de crimes, souvent de l’ordre le plus grave, mais dont le chef de Parquet ne se sent pas capable de faire sortir des poursuites utiles. La préoccupation de celui-ci est moins de paraître actif que de paraître infaillible. Tout acquittement lui vaut un blâme, tout sans suite douteux un blâme : sa réputation, son avancement dépendent de l’habileté qu’il déploiera pour empêcher d’arriver au registre d’entrée les procès-verbaux d’afFaires épineuses h

Sous le bénéfice de ces observations, voici pour la France la comparaison des chiffres officiels de 1860 et de 1890.

Les statistiques du Ministère de la Justice ne répondent

En 1860, les affaires criminelles ont été au nombre de 16.019 et en 1890 au nombre de 16.561. C’est une augmentation d’un dixième, très inférieure à la réalité, car la correctionnalisation s’est surtout développée dépuis 1860. Parmi ces affaires 53 0/0 eu 1860, 63 0/0 en 1890 ont été classées sous la rubrique auteur inconnu, soit une augmentation de 22 0/0 en trente ans sur le nombre des crimes restés sans suite, faute de pouvoir en découvrir l’auteur. Le nombre des crimes contre la vie est passé de 292 à 413, soit 62 0/0 d’augmentation pour les meurtres et 44 0/0 pour les assassinats. Les crimes de fausse monnaie sont passés de 30 à 68.

L’augmentation, parmi les affaires correctionnelles, porte surtout sur lee vols : leur nombre est monté de 38.074 à 49.801 , mais ce dernier chiffre comprend une proportion certainement plus forte de vols criminels correctionnalisés.

Si l'on recherche le degré d’instruction des accusés en 1860 et en 1890, on trouve que la proportion des purs illettrés est moindre, celle des accusés sachant lire, ou lire et écrire, plus forte, celle des accusés plus instruits stationnaire.

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