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ÉMIGRATION DE L’AVEYRON

DÉPARTEMENTS

Sujets

Indices

DÉPARTEMENTS

Sujets

Indices

Aude

Lot

Bouches-du-Rhône

Lozère

Cantal

Rhône

Gard

Seine

Haute-Garonne . .

Tarn

Gironde

Tarn-et-Garonne .

Hérault

Natifs de l’Aveyron 456.068; restants 374.162, émigrés, 81.906

Si l’on prendpour base l’indice 84.0 des immigrés aveyronnais de l’Hérault, on trouve que les Aveyronnais exercent une action sur l’indice céphalique de l’Aude, des Bouches-du- Rhône, du Gard, de la Haute-Garonne, de la Gironde, de l’Hérault, de la Seine et du Tarn. Ils tendent à produire la brachycéphalie dans ces régions.

L’Aveyron a perdu par émigration 1/G de ses natifs. Ce sixième a pour indice 84, la moyenne étant 85.5. Les restants doivent donc être un peu plus brachycéphales. C’est ce que

prouve l’observation directe. Nous sommes assez bien documentés, l’Aveyron étant un des départements les plus étudiés par les anthropologistes. Je prends l’historique dès les origines.

Sargels, fin du quaternaire, 71.4. Néolithiques divers, mesurés par Durand de Gros, hommes 75.1 ; femmes 74. G. La Cavalerie, la Bastide, 75.8, Boundoulaou, 7G.8. Epoque du cuivre, Thoran, 77.3. Gallo-romains, hommes 77.3, femmes 74.5.

Moyen-Age, Rodez, hommes 78.6, femmes 79. G. Crânes modernes de Sainte-Radégonde près Rodez, hommes 84.2, femmes 83.8.

Epoque contemporaine, sujets vivants. Indices moyens de 282 sujets mâles adultes, étudiés en 1869 par Durand de Gros dans son mémoire précité : Arrondissements de Rodez 85.5, Milhau 85.5, Espalion 85.2, Villefranche 86.9, Saint- Affrique 83.2, département 85.1. Ces indices sont un peu affaiblis par la présence dans la série de Rodez de 27 urbains, la plupart de haute classe. Ces urbains, par parenthèse, ont été comptés deux fois dans certains calculs de seconde main, ainsi Topinard donne pour total de l’ensemble 309 sujets et pour indice 84.5 ( Anthropologie générale , p. 408). Le tableau original porte d’ailleurs lui- même 309, par un lapsus du correcteur. Les 1 17 ruraux de l’arrondissement de Rodez donnent une moyenne de 86.3, deux unités de plus que les crânes de Rodez. En attribuant une unité à l’écart des indices céphalique et céphalométrique, il reste une différence d’une unité entre les réservistes de 1869 et les paysans de l’ossuaire de Sainte- Radégonde, qui ont vécu au commencement du siècle.

M. Debierre a publié (Bulletin de la Soc. d’Anthrop. de Lyon, t. Y, p. 132) des mensurations prises en 1886 sur 40 soldats aveyronnais. L’indice moyen est de 86.6. Collignon a attribué au département, en 1890, la moyenne 85.5, d’après

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332 sujets comprenant les 282 de Durand, les 40 de Debierre, plus 10 observations nouvelles. Mes registres comportent environ 1200 observations, qui seront prochainement publiées dans un travail d’ensemble sur l’Aveyron. Les moyennes sont très voisines de 87 pour Espalion, 86.5 pour Rodez et Villefranche, 85.5 pour Milhau et 85 pour Saint -Affrique, un peu plus de 86 pour l’ensemble. La moyenne des âges actuels des sujets est de 40 ans, ceux de M. Debierre en ont 30, les sujets mesurés en 1869 près de 60: les indices sont comme gradués d’après l’ancienneté. Le relèvement de l’indice a été en moyenne d’une unité ou bien près dans ce dernier quart de siècle. Dans un siècle, il se pourrait que l’Aveyron atteignit 90, indice moyen de Y Acrogonus typique.

Quand on aura les résultats du recensement de 1896, il sera possible de savoir d’une manière exacte la quantité d’émigrés nouveaux, et à l’aide des données de cettepériode quinquennale et d’une formule, de calculer avec une plus grande précision la rapidité actuelle de la transformation. Cette formule est

* = 1 xp p- — dans laquelle P désigne la population, P' les

émigrés et IJ' leurs indices moyens respectifs. Les statistiques antérieures à 1891 ne font connaître que l’excès de l’émigration sur l’immigration, ce qui n’est point suffisant pour des recherches exactes.

Sélection urbaine. — Les villes prennent aux campagnes voisines leurs meilleurs éléments et attirent, suivant leur importance, une foule d’immigrants venus de régions plus lointaines. Personne ne veut être paysan, du moins en France : le sol est trop loin des bras. Quiconque a un peu d’initiative et d’intelligence cherche sa vie dans les emplois ou dans les affaires. De la un monde sans cesse croissant de parasites, fonction-

naires, courtiers de toute sorte, commerçants superflus. C’est dans les villes qu’afflue la masse croissante de ceux qui aspirent à ne pas produire et à bien vivre. Ceux qui ont le plus d’intelligence et d’instruction échouent souvent, l’offre dépassant le besoin ; ceux que leurs facultés moindres contraignent à limiter leurs vœux vivent dans la domesticité ou tombent à la charge de l’assistance publique. Dans un pays où savoir lire était rare, la diffusion de l’instruction primaire devait produire inévitablement cette ivresse. Il est non moins inévitable que l’encombrement produise dans un avenir rapproché un certain arrêt dans l’affluence des gens mal armés pour la lutte, mais le drainage des mieux doués ne deviendra que plus complet.

Les villes dépeuplent donc les campagnes dans un vaste rayon, soit directement, soit pour le comblement des vides produits dans leur entourage immédiat. Ce qu’elles attirent, c’est l’élément intelligent, mais non point d’une manière exclusive, car il y a place dans les villes pour une infinité de manœuvres et de domestiques. Elles concentrent ainsi, non seulement les éléments de grande valeur, mais tous ces êtres à la fois incomplets et utilisables, intelligents sans énergie ou sans talent, qui tiennent le milieu entre la médiocrité pure et l’homme supérieur complet, hors pair pour le caractère et la puissance psychique.

Je ne m’attarderai pas à la tâche superflue de montrer en détail l’importance croissante des populations urbaines. M. Levasseur a consacré à l’étude de ces populations la moitié de son second volume. Je me bornerai à mettre quelques points en évidence.

La population urbaine s’est élevée en France de 24.4 °/o 011 1840 à 37.4 en 1891. Elle atteint aujourd’hui â peu près ■15. 000. 000 d’individus, et M. Turqüan a calculé qu’elle fc-

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rail en 1920 la moitié de la population totale, si rien n’était changé dans le mouvement démographique. Les villes audessus de 30.000 habitants possédaient à elles seules 6.945.167 habitants en 1891. Elles ont aspiré, dans la période décennale 1882-1891, 655.152 immigrants (Lannes, Influence de l'émigration des campagnes , Rev. pol. et parlementaire, 1895, p. 313). Dans les Iles Britanniques, l’influence attractive des villes tend à s’arrêter, mais elles ont absorbé à peu près la moitié de la population.

Le nombre des enfants et des vieillards est dans les villes très au-dessous de la proportion normale, en raison même de l’immigration qui amène sans cesse des jeunes gens et très peu de personnes d’âges extrêmes. D’après l’excellent travail de M. Lannes, le pourcent de personnes entre vingt et quarante ans est de 37.6 pour les villes au-dessus de 30.000 habitants, de 29.8 pour la France entière. Certaines villes comptent de 40 à 49 °/0 de ces sujets à la fleur de l’âge : Besançon, Brest, Cherbourg, Grenoble, Nancy, Paris, Rochefort, Toulon, Versailles. Angers atteint 51. La pyramide de la population fait des deux côtés un ventre énorme, elle devient la silhouette d’un vase à couvercle conique, ou d’un as de pique.

Il s’en faut que la natalité urbaine soit en rapport avec le nombre des individus en état de reproduire. L’accroissement se fait surtout par l’immigration. M. Edwin Cannan s’est efforcé de démontrer que désormais les populations urbaines de l’Angleterre suffiraient à produire les enfants nécessaires pour maintenir le niveau actuel. Cela parait être exact pour quelques villes anglaises, mais presque partout sur le continent les populations urbaines seraient impuissantes à se maintenir par leurs propres ressources. La démonstration a été faite pour l’Allemagne par M. Hansen dans un ouvrage remarqua-

ble (Die drei Bevoelkerungstufen, München, Lindauer, 1889), pour la France par M. Levasseur et beaucoup d’autres. La natalité moyenne des 58 grandes villes françaises a été de 25.8 °/0 dans la période 1882-1886, de 21 dans celle de 1886-1891. La natalité totale en France ayant été de 24.8 en 1882, de 21 en 1891, ces proportions paraissent fortes, mais leur insuffisance devient manifeste quand on les rapporte au nombre d’individus de 20 h 40 ans. C’est pourquoi M. Lannes arrive à cette conclusion que l’élément immigrant appauvrit les campagnes de tout ce qu’il aurait engendré, mais n’enrichit pas les villes, car il reste presque infécond. La mortalité moyenne a été, dans les 58 grandes villes, de 26.2 et24.9, pour la France entière de 22.2 et 22.6. Les villes ne peuvent donc se maintenir que par l’immigration.

Il est utile de remarquer que jadis les populations urbaines françaises étaient fécondes, tout comme le sont aujourd’hui les populations urbaines étrangères composées comme l’étaient autrefois les nôtres. Cette haute fécondité urbaine durait encore au xvme siècle, ainsi qu’il résulte des chiffres suivants que j’emprunte à M. des Cilleuls.

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