FRIBOURG
Clairs
Autres
Clairs
Autres
Moyenne du Duché
— de l’arrondissement. . . .
Immigrés de l’arrondissement . . .
— Badois
— non Badois
Demi-urbains
Urbains
France et pays divers. — Ces curieux phénomènes se produisent en France d’une manière identique. Mes registres confirment pour les villes de l’Aveyron l’écart signalé par Durand de Gros. Pour l’Hérault, Montpellier offre une particularité dont je m’occuperai bientôt, mais les villes dont la sphère d’attraction est moindre se comportent comme celles du Grand-Duché de Bade. Ce sont môme les petites villes de
Lodève, Clermont, Marsillargues qui m’ont fourni les exemples de sélection urbaine dont je me suis servi avec ceux de Durand jusqu a la publication des Anthvopologische Unlersuchungen d’Ammon. A Clermont-l’Hérault, les urbains, donnent 79.5, les ruraux 84.4; à Lodève, les urbains 79.7, les ruraux 82.3. La moyenne' du canton de Lunel est 83.3, mais les deux petites villes de Lunel et Marsillargues donnent la première 82.1, la seconde 81.3. Les intervalles sont un peu plus forts que ceux des séries badoises équivalentes, mais cela dépend un peu de la pureté plus grande de mes séries d’urbains : je n’y fais rentrer que les sujets issus de parents nés tous les deux dans la ville.
La même raison explique sans doute l’écart très marqué des conscrits urbains, fils de natifs de la ville et ruraux, fils de ruraux, dans le canton de Rennes. Les observations concernant la Bretagne n’étant pas terminées il ne peut être question de chiffres définitifs, mais les 25 premiers conscrits urbains et les 25 premiers ruraux ont donné les moyennes suivantes : Ruraux longueur moyenne 183, largeur 156, indice céphalométrique 85.3; urbains, longueur 187, largeur 154, indice 82.4. Les urbains ont ainsi 0m.004 de longueur crânienne en excès, et un déficit de 0m.002 sur la largeur, ce qui se traduit par un écart de trois unités entre les indices des deux séries. La moindre largeur du crâne des urbains prouve d’une manière certaine que la différence des indices est due à celle des races, et non au développement du cerveau sous une influence mésologique. Des matériaux contenus dans mes registres il résulte que l’abaissement des indices se rencontre même dans les simples petites villes et dans les bourgs, et qu’il n’est pas proportionnel à l’importance des centres d’attraction.
Les recherches de ce genre n’ont pas été poussées en France comme elles auraient pu l’être. Le Dr Collignon a négligé dans tous ses travaux de chercher la différence des urbains et des
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ruraux, et cette confusion n’a probablement pas été sans le conduire à quelques moyennes fausses. En examinant avec attention les chiffres qu’il donne, on arrive à conclure que les villes de Goutances, Cherbourg, Saint-Malo, probablement Limoges, sont dans le cas de Rodez, de Karlsruhe et de Rennes. A cette liste je puis ajouter, d’après une communication du Dr Collignon, bordeaux, la Rochelle, Tarbes, Auch, Rayonne, villes appartenant à une région dont les mensurations n’ont pas encore été publiées. Paris a un indice inférieur à celui des régions rurales qui l’entourent, et il en est de même de Versailles. Marseille se trouve aussi dans le même cas, ainsi qu’il résulte de la comparaison des chiffres fournis par le Dr Fallût. Je crois pouvoir encore citer, d’après des observations incomplètes, Saint-Nazaire, Nantes et Narbonne.
En Italie, en Suisse et en Autriche, l’écart entre les urbains et les ruraux est dès à présent constaté, mais aucune publication n’a paru où l’on puisse prendre des chiffres précis.
En Angleterre où le brachycéphale existe à peine, les recherches faites jusqu’ici n’ont donné à Reddoe que des résultats négatifs. C’est ce que permettait d’affirmer à l’avance la composition particulière de la population anglaise.
De même en Espagne pour la même raison. D’après Oloriz, Madrid a pour indice 77.8, la province de Madrid, capitale exclue, 78.6. Pour Rarcelone nous trouvons 77.6 et 78.3. Cela est bien peu de chose. Il est vrai que Barcelone attire beaucoup de Languedociens, de Provençaux et d’Italiens du Nord, dont l’indice moyen est sensiblement au-dessus de 80. De même Madrid reçoit beaucoup de Galiciens et d’Asturiens, originaires d’une région où l’indice est voisin de 79 et 80.
L’indice céphalique reste un bon révélateur partout où coexiste une forme dolichocéphale et une forme dérivée de l’Acrogonus. Ainsi en Asie Mineure Elissieff a trouvé chez les Os-
manlis ruraux 39 °/0 d’indices au-dessous de 80 (crâne sec) et 61 au-dessus, chez les Osmanlis urbains 44 et 53. L’élément dolichocéphale est en partie H. Europæus, car les citadins comptent 16 °/o de blonds et les campagnards 12, contre 65 et 70 °/o de bruns. L’autre est à peu près identique à YAlpinus, ou, pour être exact, une des formes de YAlpinus, où entre un peu de sang de El. Asiaticus (R. d’Anthr., 1892. p. 481).
M. de Ujfalvy a bien voulu me communiquer des feuilles d’un ouvrage sous presse, qui permettent de conclure que la loi d’Ammon est applicable depuis le N. de l’Espagne jusqu’au Pamir (De Ujfalvy, les Aryens ).
La connaissance des causes qui rendent l’indice céphalique des populations urbaines inférieur à celui des populations rurales d’alentour permet encore d’affirmer que l’on trouvera certaines villes où l’indice urbain sera au contraire un peu plus fort.
Supposons une ville placée dans un milieu dolichocéphale, mais étendant au loin son pouvoir d’attraction. Si elle vient à s’assimiler une grande quantité d’individus venant d’une zone lointaine et brachycéphale, il peut arriver que cet élément lointain, bien que dolichoïde d’une manière relative, relève la moyenne urbaine au-dessus de celle des campagnes voisines. Ce phénomène est en train de se produire pour Montpellier, qui est à l’heure actuelle juste en équilibre avec les communes du voisinage: ruraux, 81.6, urbains, 81.6. Si l’on compare les sériations que j’ai publiées dans mes Matériaux, on constate le caractère factice de l’équilibre des indices. La série urbaine, de 99 individus, va de 72 à 91, celle des 78 ruraux de 75 à 91. La seconde est régulière, la première vers ses extrémités a plus de chiffres forts qu’il ne conviendrait. On s’aperçoit aisément que la série urbaine comporte une proportion insolite de dolichocéphales marqués (70-74), caractéristique de
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l’élément urbain propre, et de brachycéphales relatifs, qui représentent les montagnards immigrés. De fait, Montpellier puise plus des deux tiers de ses immigrants dans l’Aveyron, la Lozère, les montagnes du Gard et de l’Hérault. Un quart de la population a du sang montagnard. L’immigration cévenole existe aussi dans les campagnes voisines, mais à un moindre degré. Il est fatal qu’à un moment donné les immigrants à 84 finissent par élever l’indice urbain au-dessus de celui de la campagne. Les crânes de l’Hôpital Général et du Verdanson nous ont donné des moyennes de 78.3 et 74.7, soit sur le vivant et selon les classes 80 et 76.5 : depuis un siècle cela fait bien du chemin parcouru.
Nîmes parait dans la môme situation que Montpellier. En Espagne, Valence, port de grand commerce, capitale d’une province dont la dolichocéphalie est insigne, 76.88, a un indice de 77.50. De même à Malaga, où l'immigration française est marquée, l’indice monte à 79.32, la population rurale restant à 78.92. Grenade présente aussi le même phénomène, mais j’ignore si l’explication est de même nature.
En Norwège, où l’indice est d’environ 77, l’affluence des étrangers dans les ports y relève, parait-il, les moyennes. Il est probable que l’on constatera le même phénomène dans certains centres de l’Angleterre qui reçoivent une proportion plus forte d’immigrants du continent.
Une dernière remarque. La dolichocéphalie plus fréquente, l’indice moyen plus bas chez les urbains vrais que chez les fils d’immigrés, surtout que chez les immigrés eux-mêmes prouve que si les villes attirent d’une manière particulière les dolichoidcs, la lutte pour l’existence leur est aussi plus favorable. G est ce que démontrent les recherches d’Ammon. Les sujets étudiés plus haut se répartissent ainsi :
Karlsruhe
Fribourg
Immigrés
Demi-urbains . .
Urbains
Il s’agit de conscrits, ne l’oublions pas, c’est-à-dire d’une catégorie qui comprend des hommes de toutes classes en proportion naturelle. L’intervalle énorme entre le chiffre des immigrés et des demi-urbains nous donne une idée de la masse des vaincus, qui périssent ou sont obligés de retourner à la campagne sans faire souche. Entre les deux catégories d’urbains, l’intervalle est dix fois moindre. Il est regrettable de ne pas avoir aussi le chiffre des demi-urbains, et urbains par les femmes, cette statistique aurait plus de poids si elle était complète.
Résidus et courant de retour. — Les travaux de Hansen nous renseignent d’une manière également incomplète sur cette question, mais ils sont précieux en ce sens qu’ils l’envisagent à un autre point de vue. Hansen donne (Die drei Bevœlkerungstufen, p. 15) l’origine des habitants de chaque ville de la Bavière, et à la page suivante d’intéressants pourcentages. L’un d’eux nous touche d’une manière directe, c’est le rapport du nombre d’indigènes résidants à celui des indigènes en général. La différence nous donnera le pourcent des indigènes de chaque ville qui ont abandonné le lieu de leur naissance. Il est de 20 °/0 pour Munich, mais pour certaines localités, il s’élève à bien près de la moitié : 48 °/0 à Donauwoerth. Les petites villes se dépeuplent au profit des grandes, et les capitales ont un personnel spécial qui essaime des fonctionnaires par tout. Laissons donc ces extrêmes. Nuremberg 14, Ausbourg 23, Ratisbonnc 30. Ces chiffres ne correspondent pas tons à des î e tours de vaincus, emportant avec eux leurs enfants nés àla ville, mais
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il est bien difficile de trouver une autre explication pour la très grande majorité de ces cas. Il est à remarquer que les chiffres relevés sont ceux du recensement de 1871 ; en 1880 la proportion des urbains émigrés est partout plus forte : le courant de retour augmente avec l’intensité de l’immigration.
Pour la France nous sommes encore moins renseignés. Le courant de retour reporte au dehors beaucoup de domestiques, d’apprentis, d’étudiants, de rentiers, les vaincus dont les uns s’en vont disant : veni, vidi, victus fui, les autres, nés à la ville, partent en langes ou en robe. Nous n’avons, et pour Paris seulement, qu’une donnée : le nombre de Parisiens d’origine habitant chaque département. Cette catégorie ne comprend que la dernière sorte des vaincus, et elle la confond avec les émigrants parisiens partis pour d’autres motifs. Il y a à. Paris 1.659.390 provinciaux, en province 317.726 Parisiens. En Seine-et-Oise, il y a 8.3 °/„ de Parisiens, près de 2 °/o dans le bassin parisien. Il y a un département, les Alpes-Maritimes, qui pour 100 personnes cédées à Paris en reçoit 138. Je crois bien que ces derniers ne sont pas à inscrire à l’actif du courant de retour, mais j’estime que dans le bassin parisien, le retour de seconde génération, c’est-à-dire les vaincus nés à Paris et partis jeunes ou adultes, équivaut à un centième de la population départementale. Il existe dans la grande banlieue de Paris peut-être un dixième de la population qui a essayé en vain de prendre pied dans la capitale. Je connais certains villages à moins d’une heure de Paris où il ne reste que des gens physiquement ou moralement incapables, des étiangers venus pour remplir les vides, et les détritus rapportés par le courant de retour.
Il n’y a guère de question plus angoissante que celle de l’usure de nos réserves intellectuelles par l’urbanisme. Le public et les hommes du pouvoir ne s’en doutent pas. C’est là pour-
tant le grand danger des sociétés modernes et de la France en particulier. De tous ces fléaux qui s’appellent les sélections sociales, sélections régressives ! le plus intense est la sélection urbaine. Effet de la ploutocratie et du luxe, 1 ’auri sacra famés attire nos derniers hommes dans les villes. L’urbanisme détruit tout ce qui nous a été laissé d'intelligent et de vivace par de longs siècles de sélections désastreuses. Nous avons perdu dans le passé presque tous nos éléments dolicho-blonds, voici que disparaissent leurs métis et les meilleurs des brachycéphales. En France, sur tout le continent de l’Europe, l’heure est proche où il devra rester seulement les débris inertes et bornés de nos nations mortes, restes lamentables offerts en proie à des conquérants imprévus. Ainsi périt le monde hellénique, ainsi périra la civilisation tout entière, si l’homme ne veut point employer à sa grandeur cette force immense de l’hérédité, principe de mort aujourd’hui, mais dont la science, cette Providence moderne, permet de faire sortir le salut et la vie.