FRANCE
Cl. snp. Cl. moy. Cl. inf.
Centièmes de la population totale .... 0.58 tt.6 87.9
Centièmes de la production des savants . 35.00 42.0 23.0
La classe supérieure produit environ 20 fois autant que la moyenne, 200 fois autant que la troisième ; la classe moyenne 10 fois autant que la classe inférieure. À ce point de vue 200 individus de la troisième classe équivalent à 20 de la seconde et 1 de la première.
Je renvoie à l’ouvrage de Candolle les personnes qui désireraient vérifier la manière dont il a établi les chiffres fondamentaux de son calcul. Je me contente de lui emprunter un autre tableau, qui n’a point d’intérêt au point de vue des méthodes d’analyse, car les chiffres sont bruts, mais qui complète les précédents 'au point de vue documentaire. C’est la répartition par classes d’origine des membres de l’Académie des Sciences de Paris au xvme et au xixe siècles.
XVIIIe
XIXe
Moyenne
Classe supérieure
Classe moyenne
Classe inférieure
Or, depuis le siècle dernier la classe supérieure a un peu diminué en nombre, la classe moyenne a triplé ou quadruplé, la classe inférieure a légèrement augmenté. Si l'on compare, en tenant compte de ces variations, les chiffres afférents aux deux siècles, on constate que les classes extrêmes ont varié à peu près proportionnellement au nombre des individus. Le changement de milieu a produit en haut une sélection énergique, les mieux adaptés au milieu nouveau ont surtout perpétué la classe, et l’effet des croisements s’est trouvé longtemps compensé. Pour les classes inférieures, le drainage qui recrute à leurs dépens la bourgeoisie actuelle est une cause de perte que compensent la diffusion de l’instruction et la plus grande facilité d’arriver. De là l’état stationnaire des classes extrêmes. La classe moyenne, c’est-à-dire la bourgeoisie moins ce que l’on a appelé la noblesse républicaine, a augmenté seulement
d’un quart sa force productive. Le nombre des individus ayant quadruplé, la bourgeoisie actuelle peut être regardée comme de deux bons tiers inférieure à celle du siècle dernier au point de vue des services scientifiques rendus à l’humanité.
Ce serait une décadence rapide si la bourgeoisie actuelle descendait de l’ancienne, mais elle représente surtout les sujets enrichis des classes inférieures, et nous savons par l’exemple des Montpelliérains l’étendue des progrès faits par les éléments brachycéphales dans leur mouvement social ascensionnel.
Moyennes. — La méthode des moyennes, si employée en anthropologie générale, a moins d’importance dans les recherches qui nous occupent. Elle n’est guère employée que pour utiliser des séries trop petites pour permettre des sériations concluantes, ou pour comparer des résultats généraux. Les moyennes que l’on compare ne sont pas d’ordinaire autre chose que les indices moyens, tels que nous avons vu plus haut la manière de les calculer. Ces moyennes ont une éloquence plus concise que les sériations, mais par la synthèse comme par l’analyse on arrive aux mêmes résultats.
Voici les indices céphaliques moyens des séries étudiées plus haut :
Moutpelliéruins vivants 81.60
— du xviue siècle 77.77
— cimetière commun. . . 78.31
— aristocratie 74.70
Seigneurs de Londres 76.00
Paysans 82.17
Hérédité. — L’hérédité est une de ces forces modernes dont tout le monde parle, mais que peu de personnes comprennent. Ses lois qui dominent tout, qui sont partout et presque tout
dans le monde biologique, ces lois échappent si bien par la complexité de leur action qu’elles sont encore fréquemment méconnues. Il semble à beaucoup de gens que l’hérédité soit une puissance fantasque, intervenant par-ci par-là, et se manifestant par des tours paradoxaux. De là à la nier, il n’y a qu’un pas facile à franchir pour les esprits légers.
Non seulement la masse indifférente des hommes réputés instruits révoque en doute l’existence générale de l’hérédité et regarde comme des coups de hasard les répétitions les plus évidentes de telles et telles anomalies d’organisation, mais parmi les médecins, les zootechniciens et les horticulteurs, il règne beaucoup d’incertitude sur le mode et la limite d’action de l’hérédité.
L’étude des résultats les plus récents de la biologie est de nature à faire disparaître à peu près toute difficulté de l’esprit des derniers. Quant aux premiers, il serait téméraire d’espérer leur ouvrir à tous les yeux. Il y a des hommes très intelligents, doués même d’un grand talent, dans l’esprit desquels il est impossible de faire entrer l’idée d’ordre dans le monde. Ce sont des survivants brillants d’un type intellectuel qui a dominé dans l’antiquité classique, mais qui ne peut point se plier à la discipline rigoureuse de la science, à la précision minutieuse des procédés, à l’évaluation constante des phénomènes en chiffres, et à l’indifférence stoïque en face de l’écroulement des théories.
L’étendue de l’hérédité est pourtant aussi universelle et sa force aussi irrésistible que celles de la pesanteur. Quand elle p;irait subir des exceptions, l’hérédité n’est pas plus en défaut que la pesanteur quand le ballon s’élève dans l’air et le liège à la surface de l’eau. Le ballon s’élève par l’effet de la pesanteur plus grande et de la fluidité de l’air qui vient se placer en dessous et qui le soulève. De même le liège soulevé par
1 ’eau n’en est pas moins pesant; il est seulement moins lourd que le milieu dans lequel il est plongé. Le mouvement d’élév ation qu’il subit est une conséquence de la pesanteur, et celui qui prendrait texte de ce phénomène pour argumenter contre la généralité de l’attraction terrestre montrerait un singulier défaut de jugement et d’observation. J’ai entendu cependant un vieux jurisconsulte invoquer cette dérogation apparente pour déprécier les lois naturelles et leur opposer le caractère plus absolu des lois humaines, émanées de la pensée législatrice. Tl n’est pas plus raisonnable de procéder de la même façon à l’égard de l’hérédité, mais le défaut de jugement blesse moins parce que l’observation est plus difficile, ou tout au moins d’une facilité moins enfantine que celle de la pesanteur. Pour constater l’une il faut se donner la peine de voir, tandis que pour constater l’autre il suffit de négliger un instant l’équilibre.
Dans la recherche des manifestations de l’hérédité, il ne faut pas envisager toujours l’individu dans son entier. C’est une méthode trop commode, mais décevante. Il est indispensable de le considérer comme une société d’unités biologiques douées d’une vie propre, subissant chacune pour son compte l’influence héréditaire. Ces unités sont d’ailleurs d’un ordre infiniment petit. Dans l’état actuel de la science, la cellule a perdu sa place d’unité absolue. On sait qu’elle est tout un monde. 11 faut d’ores et déjà aller jusqu’à la plastidule, l’unité indéterminée de l’ordre le plus inférieur, sans se croire obligé d’adopter avec ce terme commode la théorie plastidulaire formulée par Haeckel.
Mécanisme de l’hérédité. — « En biologie, l’hérédité directe a pour cause la nature même du phénomène de la reproduction, qui se réduit en dernière analyse à une division
suivie de reconstitution. Les Allemands donnent ainsi de la reproduction une définition excellente, malgré sa forme un peu alambiquée, quand ils la définissent : un phénomène d’accroissement de l’organisme au delà de la sphère de son individualité, et qui se laisse ramener à la séparation d’une partie du corps qui se transforme en un individu semblable à l'individu producteur. Cette définition, seule admise aujourd’hui, est à retenir parce qu’elle renferme deux données directement applicables aux sciences sociales : 1° Le produit est la continuation physique du producteur ; 2° ce caractère ne lui fait pas perdre son individualité. Nous définirons, nous, le produit : une partie isolée et reconstituée des reproducteurs ».
Si je reproduis ces lignes d’un travail déjà ancien {Revue générale du droit, 1885, p. 218) c’est pour montrer qu’avant AVeismann, dont le célèbre mémoire {Die Continuitaet des Keimplasmas, Iena, 1895) n’avait pas encore paru, le fait de la continuité de la personne matérielle était déjà si bien acquis que je pouvais asseoir sur cette base une théorie de la continuité de la personne juridique. Certes il était un peu puéril d’essayer de légitimer par cette démonstration des fictions aussi arbitraires que la continuité de la personne et l’hérédité des biens, mais, mal débarrassé de l’éducation de l’Ecole je prenais encore au sérieux les jeux d’esprit de la scolastique juridique; je m’efforçais seulement de couler quelque chose de solide dans les formes vides et vagues et de donner au droit une base concrète. La tentative dura peu, ce fut de ma part le dernier essai de conciliation avant de divorcer avec la métaphysique sous toutes ses formes. Dans le monde juridique elle produisit une impression singulière : on ne comprenait pas encore assez le besoin de ramener le droit à des apparences moins factices. Elle m’a valu l’étonnement indigné de deux éminents jurisconsultes de l’ancienne Ecole, qui ont été mes mai-
très, F un ù. Poitiers, F autre h Paris, et qui avaient apparemment lon:lé sur mon orthodoxie de meilleures espérances /De Vareilles, Principes fondamentaux du droit, Paris, Cotillon, 1889, p. 179 ; Beudant, Le droit individuel contre l’Etat, Paris, Rousseau, 1891, p. 224). Dans le monde biologique, cette profanation de la science ne m’a pas été pardonnée davantage : le jour évidemment n’est pas encore venu où ces diverses branches de la connaissance humaine entreront en contact intime.
La théorie de l’hérédité biologique, exposée dans ce malencontreux mémoire à l’appui de l’hérédité juridique, conserve sa valeur malgré les années. Des découvertes incessantes ont permis de pénétrer plus avant dans la connaissance des phénomènes de la fécondation, le rôle des anses a été reconnu depuis, la démonstration de la non-héré iité des caractères acquis a donné une valeur plus grande à l’isolement prématuré des éléments sexuels, mais la théorie que je vais «.xposer n’est en somme que celle de mon mémoire de 1885, de mon travail sur Y Hérédité dans la Rev. d’Anthropologie de 1885 (p. 512), de mon cours sur l’hérédité de 1887-1888, de mon mémoire sur La théorie plastidulaire et les lois mécaniques de l'hérédité (Bull, de la Soc. des Sciences naturelles de Montpellier, 1888, janvier, p. 4) ei de mon travail sur Les lois de l’hérédité (Lyon, 1890). Cette théorie, basée sur celles de Naegeli et de Strassburger, diffère peu de la nouvelle théorie par laquelle Weismann a remplacé sa première doctrine trop intransigeante, et représente assez exactement l’opinion commune de l’heure actuelle.
Le phénomène de l’hérédité est essentiellement expliqué par ce fait que, dans la reproduction sexuelle, — la seule dont j’aie à m’occuper ici, — le produit est le résultat de la fusion de (leux parcelles des producteurs. L’élément mâle ou spermatozoïde est composé d’un noyau et d’une petite quantité de
protoplasme, l’élément femelle est composé de même, mais la quantité de protoplasme dont il dispose est beaucoup plus considérable. Le spermatozoïde n’est pas une cellule, mais une fraction de cellule, résultant de la division répétée d’une cellule normale nommée spermatogonie. L’œuf est une véritable cellule, mais qui a besoin de se décompléter avant la fécondation.
Les spermatogonies proviennent par prolifération normale d’autres cellules de môme nature, qui toutes se rattachent à un petit groupe de cellules isolées et spécialisées à cet effet dès les premiers temps de l’évolution embryonnaire du mâle. Cet isolement est plus ou moins hâtif suivant les espèces, mais date surtout de l’époque antérieure à la différenciation des cellules embryonnaires. Ce groupe de cellules constitue une réserve de matériaux constituée aussi près que possible de l’origine du nouvel organisme, et emmagasinant une partie du capital héréditaire transmis.
Les ovules proviennent également de semblables amas cellulaires, mis en réserve dès l’origine du sujet féminin.
Si l’on prend un œuf à son premier stade évolutif, il ne diffère en rien d’essentiel d’une cellule normale. De môme, il subit à un certain moment un travail karyokinétique, ou de division, mais le résultat est différent. Tandis que la cellule normale se divise en deux cellules semblables, le dédoublement de l’ovule n’aboutit qu’à l’élimination d’une très petite partie de lui-mème, et se répète deux fois.
La cellule normale consiste essentiellement en une masse, d’ordinaire microscopique, de protoplasme, dans laquelle ou distingue un noyau. Ce noyau contient lui-môme une matière granuleuse, nommée chromatine à cause de sa coloration plus foncée, qui s’organise en un filament quand la cellule tend à se diviser. Le filament se rompt en un nombre pair de bâton-
nets, identiques dans les cellules de toute nature composant l’organisme des êtres d’une même espèce. Ces bâtonnets {chromosomes) se courbent en anses ou en U, disposés face à face dans un même plan, comme les danseurs d’un quadrille. C’est ce qu’on appelle la plaque chromatique. Celte plaque se dédouble, par clivage de chaque anse, et les groupes de chromosomes s’éloignent l’un de l’autre. Les bâtonnets se ressoudent, la masse nucléaire s’étrangle entre les deux groupes, puis la séparation se fait, et au lieu d’un noyau, il y en a deux, dont les chromosomes ne vont pas tarder à se résoudre en granulations. La cellule s’étrangle à son tour et se coupe entre les deux noyaux, lise l'ormeainsi, par dédoublements successifs, deux cellules et ces petites cellules à peine achevées sont déjà presque aussi grandes que la cellule primitive, car elles se nourrissent par imbibition pendant la période de division même. C’est par ce processus que se construit l’édifice de l’organisme pendant la période embryonnaire et celle de la croissance, et que se réparent les brèches durant les périodes ultérieures de la vie, par proliférations successives.
L’œuf commence par se diviser ainsi, mais en deux parties très inégales, le véritable œuf gardant presque tout le protoplasma ; le globule polaire , produit d’expulsion, en entraîne fort peu. Aussitôt le globule polaire détaché, le noyau de l’œuf, au lieu de retourner à l’état normal, ou de dédoubler ses chromosomes pour se préparer à une nouvelle prolifération, se divise simplement, et l’une des parties est expulsée avec un peu de protoplasme. C’est un second globule polaire, qui emporte seulement un demi-noyau, la moitié d’un nombre réglementaire de chromosomes : deux si le nombre, dans l’espèce, est normalement de quatre. Le noyau de la cellule ne contient lui non plus que deux chromosomes, et il ne reconstituera pas par dédoublement le nombre voulu, il attendra qu’un spermatozoïde vienne le compléter.
Le spermatozoïde ne comporte aussi qu’un demi-noyau, à deux chromosomes au lieu de quatre, à huit chromosomes au lieu de seize, suivant l’espèce. C’est que le spermatocyte dont il dérive a subi également deux divisions successives, la dernière prématurée. Il y a symétrie parfaite, sauf que les quatre spermatozoïdes du même spermatocyte paraissent avoir une valeur égale, tandis que les globules polaires, le premier qui se dédouble d’ordinaire en deux éléments à demi-noyaux, et le second, sont ou paraissent perdus.
Ces phénomènes n’ont été découverts que dans ces dernières années, et il est certain que l’analyse des détails ira beaucoup plus loin. En 1885 on ne connaissait, et depuis dix ans seulement, que le processus de la combinaison des noyaux, et l’on entrevoyait à peine la possibilité d’analyser les structures de ceux-ci.
Quand les deux éléments sexuels se trouvent mis en présence, le spermatozoïde s’introduit dans l’ovule, le demi-noyau mâle marche à la rencontre du demi-noyau femelle, et il n’y a plus qu’un noyau complet dans une cellule complète, la fécondation est opérée. Les anses ne se fusionnent pas, mais au contraire le phénomène normal de division de la cellule commence aussi têt: les chromosomes se placent dans un même plan, la plaque ainsi formée se dédouble, un double noyau se trouve ainsi constitué, puis une double cellule, et la prolifération continue indéfiniment, la nutrition rendant incessamment à chaque cellule ce qu’elle perd par sa division. Ainsi une cellule quelconque du sujet adulte contiendra toujours moitié chromosomes paternels, moitié chromosomes maternels.
landis qu une partie descellules prolifère ainsi indéfiniment, et construit le corps, quelques cellules s’isolent comme il a été dit plus haut et forment la réserve destinée à la constitution
des ovules et des spermatozoïdes à venir. Il se fait donc ainsi une séparation entre éléments destinés à la différenciation et à la mort, — individu, et éléments qui ne se différencient pas et sont appelés à l'immortalité matérielle par génération, — cellules sexuelles incluses dans l’individu.
Les rapports entre parents en ligne directe ne sont donc pas des rapports de cause à effet comme certains biologistes le pensaient encore il y a vingt ans, mais constituent une continuité matérielle.
L’individu est ainsi une construction latérale, une tige poussée sur le rhizome invisible et immortel de l’espèce. C’est ce que j’exprimais dans mon mémoire de 1885 en ces termes: « Tous les descendants d’un même individu peuvent être considérés comme des démembrements successifs d’un même tout, avec des alliages étrangers de plus en plus prépondérants ».
Cela explique très bien l’hérédité des caractères spécifiques et de race, mais que dire des caractères acquis ?
On n’avait guère songé, avant 1885, à distinguer entre l’hérédité des caractères normaux et colle des caractères acquis, et ces derniers bénéficiaient dans l’opinion de la certitude établie que les premiers s’héritaient.
Dans un mémoire célèbre, publié quelques mois après le mien (Die Continuilaet des Keimp/asmas, Iena, 1885), Weismann expose avec une grande force les raisons qui devaient faire rejeter toute espèce d’hérédité des caractères acquis. La première était que la cause même de l’hérédité, la transmission de substance mise en réserve avant la formation du corps, ne permettait pas d’admettre que les modifications subies depuis par ce corps fussent susceptibles de passer aux descendants. Ceux-ci dérivent, en effet, du plasma germinatif et non du plasma somatique, des cellules de réserve, et non do cellules du corps. La seconde était une série d’explications très
logiques des principaux cas admis d’hérédité des caractères acquis, sans recourir à l’hypothèse d’une semblable hérédité.
Dès cette époque, tout le monde était d’accord pour expliquer l’hérédité par la transmission des particules matérielles contenues dans le spermatozoïde et dans l’œuf, et même pour admettre la théorie de la continuité du plasma, mais chacun apportait à sa manière de comprendre la continuité des correctifs différents, et Weismann fut loin d’ètre écouté comme il le méritait. Je dois reconnaître pour ma part, que j’ai lu seulement son mémoire après la cessation de mes recherches sur l’hérédité, qui prirent fin en 1889.
La doctrine que j’ai développée en trois leçons à mon cours de 1886-1887, et pendant toute l’année 1887-1888 consistait en une tentative de conciliation entre deux choses également certaines à mes yeux : le fondement de l’hérédité dans la continuité matérielle, et la transmissibilité des caractères acquis, ou de certains caractères acquis.
Je considérais comme héréditaires les conséquences de l’action : 1° du milieu sur l’ovule, le spermatozoïde et l’embryon à ses premières phases ; 2° du même sur les cellules reproductrices pendant la vie entière ; 3° des virus et vaccins agissant sur l’organisme et les cellules reproductrices à la fois ; 4° des leucomaïncs et autres sécrétions cellulaires de l’organisme sur les cellules reproductrices ; j’admettais enfin : 5° une faculté possible chez les cellules reproductrices jd’enregistrer certaines modifications somatiques dans des cas exceptionnels.
La première proposition est si naturelle que Weismann même l’avait admise, comme il admit d’ailleurs également la seconde dans ses publications ultérieures ; la troisième me paraissait nécessaire pour expliquer certains phénomènes d’hérédité pathologique ; la quatrième ('tait une adaptation aux nouvelles données scientifiques de la Pangenèsc de Darwin ; la
cinquième était subordonnée à une vérification de la réalité des faits.
La plupart des biologistes ont cherché à concilier par des moyens analogues la théorie delà continuité etcelledelatransmissibilité des caractères acquis. La plupart sont arrivés à un très grand scepticisme quant aux caractères d’origine traumatique ou tous autres compris dans la cinquième proposition ; je crois pour ma part qu’il faut laisser la porto entr’ouverte, mais on verra plus loin sous quelles réserves. Weismann de son côté a l'ait des concessions capitales dans la magistrale exposition de la théorie de l’hérédité que renferme son dernier livre (Das Keimplasma, iena, 1892). En somme la discussion ne roule plus que sur des détails et on peut considérer comme un fait désormais acquis la connaissance du mécanisme de l’hérédité.
J’aurai l’occasion, dans les chapitres suivants, de revenir sur la question des caractères acquis. Pour le reste, je renverrai mes lecteurs aux plus récents ouvrages d’embryologie, spécialement à V Embryologie générale de Roule (Paris, Reinwald, 1893). La Revue philosophique a publié aussi deux mémoires excellents de spécialistes bien connus, M. Delage ( La nouvelle théorie de l'hérédité de Weismann , 1893, t. I, p. 561) et Kohler [Pourquoi ressemblons-nous à nos parents, 1893, t. I, p. 337); ces deux mémoires sont ce que je connais de plus clair sur la question du mécanisme de l’hérédité.
Lois de l’hérédité. — Uans une monographie spéciale ( Les Lois de 1 hérédité, Lyon, 1890), qui résume mes dernières leçons de 1887, j’ai formulé ainsi les six lois majeures de la fonction héréditaire :
1° L’hérédité est exercée par chaque plastidule de l’ascendant sur chaque plaslidule du descendant ;
2° Chaque plastidule exerce et subit l’hérédité pour son propre compte ;
3° La puissance héréditaire varie de plastidule à plastidule, et dans le temps chez la môme plastidule ;
4° L’hérédité s’exerce à l’infini;
o° La somme d’hérédité supportée par chaque individu se rapporte théoriquement par quart : au père, à la mère, aux ancêtres paternels, aux ancêtres maternels (loi de Galton) ;
6° Le polygone des forces suffit à représenter théoriquement toutes les combinaisons possibles de transmission héréditaire.
Ces lois sont la simple expression synthétique des faits observés, et indépendantes de toute théorie particulière de l’hérédité.
lre Loi. — La puissance héréditaire n’agit pas en masse, de l’humérus ou du foie de l’ascendant à l’humérus ou au foie du descendant. Elle s’exerce de chaque plastidule de l’humérus ou de tout autre organe à chaque plastidule du cerveau, de tous les muscles, de toutes les artères, de tous les os, y compris l’humérus. Seulement, son action retentit d’une manière différente sur les parties homologues et sur les parties hétérologues. De même, en effet, que toute action exercée sur le nerf optique se traduit par une perception lumineuse et sur le nerf auditif par une perception acoustique, de même aussi chaque plastidule ne saurait être modifiée, sous l’influence d’une force héréditaire, que conformément à sa nature.
Nous pénétrons ainsi ce paradoxe curieux de la psychologie morbide en vertu duquel un faible d’esprit peut donner le jour soit à un dément, soit à un homme de génie. Aux tableaux nosographiques montrant l’enchaînement de la goutte, de l’asthme et du diabète, hérédité unique frappant des organes divers, font pendant les tableaux dressés par les aliénistes
et les ponérologistes. La ponérologie, que ses adeptes désignent assez peu correctement sous la rubrique d’anthropologie criminelle, nous fait voir l’enchevêtrement continuel dans les familles de dégénérés malfaisants d’une infinité de malformations intellectuelles et morales : folie, alcoolisme, débauche génitale, penchant au vol et au meurtre.
Cette formule aide aussi à comprendre le phénomène si singulier de l’hérédité latente. Elle éclaire le mode de production des cas d’atavisme où toute la force ancestrale existant dans les diverses plastidules d’un géniteur en trop faible quantité pour être appréciable, parait se transporter ou se condenser dans un groupe défini de plastidules, dans une région limitée du corps où elle acquiert l’énergie voulue pour se révéler.
Cela vient de ce que, réfugiée et concentrée sur ce point de résistance minima, la force infinitésimale disséminée dans chaque plastidule du parent a trouvé le terrain libre.
La formule de cette loi n’est pas une simple expression des phénomènes eu ce qui concerne la transmission des caractères acquis, si celle-ci existe, et en tout cas des modifications résultant de la production de toxines chez les auteurs ; elle est en môme temps l’énoncé de la cause de transmission, l’action exercée sur le plasma germinatif étant répercutée sur les générations suivantes. Dans le cas de caractères qui ne sont pas nouveaux, elle n’est que l'expression des phénomènes visibles, la cause est que la force héréditaire résidant dans le plasma sc manifeste sur des points différents aux générations différentes, suivant que tombe le locus minoris resistentiæ. Cette observation s’applique aux lois suivantes, qui sont également énonciatives, et non explicatives.
2e Loi. — Elle donne la raison des localisations héréditaires. Dans les races les plus pures et avec des progéniteurs offrant
un minimum de différenciation, les effets de la loi sont déjà faciles à constater pour un œil attentif. Le produit est une mosaïque, un mélange, jamais une combinaison. Nous verrons plus loin que l’équilibration parfaite, dans une même plastidule, des influences du père et de la mère n’aurait même pas pour conséquence la neutralisation absolue de la plastidule, attendu que les atavismes interviendraient alors et occuperaient tout le champ libre.
Un exemple très simple montrera la gradation du morcellement. Avec un lapinde pure race noire et une lapine de pure race blanche, on obtient d’abord des animaux pies, à grandes plaques d’un blanc pur et d’un noir pur. Les produits de la première génération donneront des lapins plus finement tachetés, et de proche en proche on arrive au lapin gris d’apparence homogène. Or si l’on coupe les poils et si l’on examine chacun à la loupe, on constate surtout la présence de poils tout noirs et de poils tout blancs, une minorité de poils bicolores, et quelques poils uniformément grisâtres. En somme, la plupart des cellules piligènes sont restées fidèles à l’hérédité unilatérale, seulement la dissémination s’est accentuée en partant d’une localisation par grandes masses pour aboutir à une sorte de pulvérisation.
Il s’est passé, par le fait, une chose analogue à ce que nous voyons quand nous cherchons à mêler de la poudre de charbon et du plâtre. Au début, on ne découvre que de larges zones claires coupées par d’autres larges zones obscures, mais à la longue le pulvérin fond ses deux tons extrêmes en une teinte mixte cendrée, et il faut avoir recours à un instrument grossissant pour détruire l’illusion, c’est-à-dire reconnaître que 1 on a toujours devant soi des parcelles parfaitement noires et des parcelles parfaitement blanches.
La seconde loi trouve ses applications les plus importantes
dans le cas d’hybridation et de métissage ; la variation désordonnée, la disjonction des caractères, l’affolement, l’incohérence mises en relief par les travaux de Naudin, de Gaertner, de Darwin et de beaucoup d’autres sont les résultats nécessaires de l’autonomie héréditaire des unités biologiques. L’extinction spontanée des suites hybrides est une autre application de la loi. J’ai montré dans mes études sur Y Hérédité dans la science politique, (R. d’Anth., 1888, 187) et sur les Lois de V hérédité (p. 27) que beaucoup d’unions stériles en apparence sont en réalité suivies de fécondations qui n’aboutissent point. Loin d’ôtre mystérieuse, l’infertilité des divers croisements ou de leurs produits définitifs est pour ainsi dire la plus naturelle des choses. Si l’on songe que l’édifice organique se construit par une prolifération de cellules et que la postérité de chacune tend à une spécialisation progressive, on comprendra qu’il suffit d’une différence très minime dans la vitesse d’évolution de tels ou tels éléments voisins pour que le mouvement d’ensemble soit empêché. A ce point, l’embryon périt.
3e Loi. — La variabilité de la puissance héréditaire est un fait des plus certains, mais jusqu’ici des moins éclaircis. Cette variation est soumise à des lois, il n’en faut pas douter, mais nous les soupçonnons à peine. C’est dans celte direction que les spécialistes trouveront le plus de découvertes à faire. Au point de vue du présent travail, nous n’avons pas à nous occuper de cette loi.
4e Loi. — La persistance de l’hérédité à l’infini se manifeste par les phénomènes bien connus de l’atavisme. L’atavisme est la réapparition de caractères totaux ou partiels d’un ancêtre plus ou moins éloigné, caractères qui n’ont pas été apparents chez les intermédiaires. Ainsi l’apparition d’un sujet
blond dans une famille brune, celle des barres bleues chez les pigeons les plus éloignés du type primitif de la Columba livia, celle de doigts latéraux chez le cheval. Il ne faut pas cependant regarder toutes les variations comme des cas d’atavisme, comme certaines personnes le font trop souvent.
L’intensité des souvenirs ancestraux les plus éloignés est établie par un phénomène bien connu, qui laisse derrière lui ces divers exemples au point de les faire considérer comme tout simples. 11 n’est pas possible, en effet, d’interpréter l’embryogénie autrement que comme une récapitulation de la phylogénie, c’est-à-dire de l’évolution ancestrale, abrégée d’ailleurs et qui comporte de grandes déviations acquises chez certains groupes. C’est naturellement l’influence la plus récente qui finit par avoir le dernier mot, de sorte que le produit définitif de l’œuf humain n’est pas un ver, non plus un stégocéphale, mais un homme. Toutefois les influences antérieures primordiales ne s’en font pas moins sentir, puisque avant d’avoir son organisation de primate, de mammifère, de vertébré, de ver, chacun de nous a été pendant quelques heures ou quelques minutes une simple bulle à deux feuillets, que dis-je! une simple cellule à noyau incomplet! Ce caractère récapitulatif de l’évolution embryonnaire est quelquefois déguisé dans certains détails par les adaptations propres à un groupe zoologiquc déterminé, mais il est d’une évidence saisissante quant à l’ensemble. Devant des faits aussi prodigieux et aussi établis, nous ne devons pas nous étonner qu’à dix ou vingt générations de distance reparaissent des caractères longtemps perdus dont l’apparition nous renseigne sur un passé oublié.
5'- Loi. — La division de l’influence héréditaire entre les ancêtres dans les branches paternelle et maternelle se fait par
une infinité de dichotomies successives. J’ai publié autrefois, dans ma Théorie biologique du droit de succession (p. 36), le tableau de la quantité d hérédité existant entre deux générations données. 11 résulte de ce barême que si l’influence du père a une valeur moyenne de 1/4 et celle de la mère également, celle d’un ancêtre au 20e degré tombe au-dessous de 1/1.000,000.
Nous comprenons ainsi facilement la rareté et le peu d’étendue des manifestations ataviques très éloignées. 11 faut pour qu’elles se produisent sur une large échelle, que l’influence atavique l’emporte dans une cellule dès un état peu avancé de l’évolution embryonnaire et que cette cellule doive produire une partie importante et assez indépendante de l’organisme. Ce cas n’est guère possible que si les influences plus rapprochées se neutralisent réciproquement ou si quelque circonstance les supprime. On connaît l’exemple célèbre du prépuce des Juifs, que l’on retranche à chaque génération depuis des milliers d’années, et qui se reproduit toujours. Les esprits superficiels, dont j’ai eu déjà occasion de parler, ont même pris texte de ce fait pour argumenter contre l’hérédité, qui ne se décide pas à faire des Juifs sans prépuce. La raison du phénomène est pourtant bien simple, même sans discuter la transmissibilité du traumatisme : le père du petit Juif n’eserce aucune action héréditaire, la mère exerce, et pour cause, une influence tout aussi nulle. L’atavisme reste et suffit à maintenir la conformation des lointains ancêtres. L’opération répétée pendant mille générations ne saurait rien y changer, et ce cas bien connu est une des preuves les plus évidentes delà ténacité de l’atavisme que l’on puisse citer aux personnes étrangères à la biologie.
6e Loi. — Celle loi est surtout une formule géométrique per-
mettant de calculer le sens et la portée probable de l’hérédité pour un caractère donné chez un individu dont on connaît d’une manière suffisante les auteurs à plusieurs générations. Le schéma a en outre l’avantage de permettre de comprendre une infinité de cas paradoxaux, par exemple celui dont je viens de parler. La convergence, l’opposition des forces héréditaires, la neutralisation ou l’absence d’une ou de plusieurs expliquent avec facilité toutes les exceptions que parait comporter l’action de l’hérédité, et qui sont seulement des applications mai interprétées. Le lecteur pourra, en faisant lui-même une série de figures, se rendre par ses yeux un compte facile de tous ces cas particuliers. Ces expressions graphiques se résument algébriquement dans la formule suivante qui donne toutes les combinaisons possibles, et dans laquelle a, (3, y représentent les angles formés par les lignes représentatives des forces :
R2 (résultante) = 4
+ 2 cos « + 2 cos p -p 2 cos 7
-{- 2 cos (a -{- P) + 2 cos (p -f 7)
+ 2 cos (a + p + 7)
La sixième loi est un peu plus qu’une expression géométrique. Il ne faut pas oublier qu’en définitive toutes ces questions d’hérédité se réduisent à des questions de stéréochimie et de mécanique chimique. Les différences du protoplasme, matière d’une prodigieuse complexité, comportant une infinité de formules stéréoehimiques, consistent dans la présence dans la molécule d’un nombre différent de groupes d’atomes, diversement orientés, et dont les atomes eux-mêmes comportent des groupements différents. La résultante dynamique des plasmas d’origine différente est donc celle d’un véritable groupement de forces.
Sélection. — Les lois de l’hérédité sont les mêmes dans toute
l’étendue du monde organique. C’est une des découvertes les plus inattendues et les plus suggestives de la biologie que l’identité des phénomènes de la reproduction dans toute l’échelle animale et chez les plantes, depuis l’homme jusqu’aux végétaux les plus rudimentaires. Entre ces phénomènes et ceux de l’hérédité, il existe une corrélation continue, ou plutôt le point de vue seul change, et les faits constituent un ensemble unique. C’est pourquoi tout ce que nous pouvons constater en matière d’hérédité chez une plante ôu chez un animal quelconque a presque autant de certitude de se réaliser chez l’homme, et l’évolution spécifique de celui-ci est dominée par les sélections comme celle de toutes les espèces du monde organique.
La sélection, comme son nom l’indique, est un triage. Quand dans une portée de jeunes chiens on en choisit un ou deux, on fait de la sélection. On laisse vivre et multiplier les plus beaux, les plus robustes, on supprime les autres. On fait de la sélection systématique, si dans le but d’avoir des moutons mieux en laine on réserve à chaque génération les individus les plus favorisés, livrant à la boucherie les sujets pourvus d’une toison^ moins belle.
La nature fait comme les éleveurs, elle supprime dans chaque espèce un grand nombre d’individus par des causes diverses, et ce sont les plus aptes qui ont le plus de chance de résister aux hasards malheureux et de perpétuer l’espèce. Les perdrix font chaque année, et pendant plusieurs années, plusieurs petits. L’espèce décuplerait en deux ou trois ans si les individus faibles, imprudents, n’étaient pas exterminés par les chasseurs et les animaux de proie, ou détruits par 1 hiver et la maladie. Il ne survit que les plus robustes, les plus sauvages, et le nombre ne varie d’une manière appréciable que si les moyens de destruction viennent eux-mèmes à changer. L’équilibre se rétablit encore assez vite. Quand on introduit
dans un canton des fusils à plus longue portée, les individus exceptionnellement farouches échappent d abord seuls, et le gibier parait diminuer, mais la postérité de ces sujets farouches multiplie peu à peu, et à mesure que la sauvagerie devient plus fermement héréditaire, le nombre des individus qui survivent et multiplient va en augmentant. C’est ainsi que dans certains pays nouveaux les oiseaux se laissaient d’abord prendre à la main par l’homme, et que le fusil le plus perfectionné ne parvient pas à les détruire aujourd’hui.
Le nombre des individus détruits est infiniment grand par rapport à celui des individus conservés. Chez les poissons c’est par milliers et souvent par millions que se compte la ponte annuelle d’une seule femelle. Le maintien de l’équilibre numérique nous montre que de ce chiffre énorme d’œufs et d’alevins survit un seul couple de reproducteurs. Chez les vertébrés supérieurs la lutte pour l’existence est moins dure; certaines espèces, le rat par exemple, ne se maintiennent cependant que par leur grande fécondité. Un couple donne une centaine de petits au moins, s’il n’intervient aucune catastrophe prématurée: il n’en sursit guère que deux ou trois.
Il est évident que cette grande destruction d’individus est réglée par les circonstances du milieu, et que les mieux adaptés ont le plus de chances d’être au nombre des survivants. Les caractères d’adaptation se conservent par hérédité et s’accentuent par sélection, les moins doués succombant à chaque génération. C’est par là que Darwin a expliqué la transformation des espèces, les individus affectés pour une cause quelconque de variations avantageuses tendant à laisser une postérité plus nombreuse et à supplanter les autres.
Il est clair d’ailleurs que ces variations avantageuses pour 1 individu peuvent ne pas toujours constituer un progrès zoologique: une déchéance, une régression peuvent au contraire
rendre la vie plus commode et plus sure. Les crustacés parasites en sont un exemple célèbre. Leur organisation est tellement rudimentaire qu’on les prendrait pour des êtres très inférieurs si leur origine n’était pas révélée par l’embryogénie.
L’homme est soumis comme les autres êtres à la sélection. Elle a cessé depuis longtemps d’être aussi simple pour lui que pour les êtres inférieurs. Son intelligence, son industrie le mettent hors de pair dans la lutte avec la plupart des animaux. La lutte de l’homme contre l’homme par la guerre n’a pas cessé, mais elle a pris un caractère social, et de l’état de société en général est née pour l’homme une série de causes de sélection sociale. Cette sélection, qui est le privilège de notre espèce, est le facteur fondamental de son évolution historique.