CHAPITRE SECOND
Phénomènes de la vie des peuples. — C’est la sélection qui, modifiant sans cesse la composition des peuples, fait émerger des couches nouvelles et prépare au sein des masses mêmes les phénomènes déterminants de la vie et de la mort, de la croissance et du déclin des nations. Cette proposition est la thèse fondamentale de la sociologie darwinienne, le credo de l’école sélectionniste. La démonstration viendra plus tard, comme explication des lois que je vais exposer : ceci est en quelque sorte l’introduction de cela.
Les nations naissent, vivent et meurent comme des animaux ou des plantes. Un peuple, une société sont comme des organismes le siège d’un incessant tourbillon vital. Sans cesse les éléments qui les composent disparaissent et se renouvellent. Dans l’organisme, les cellules se reproduisent, disparaissent et sont remplacées, dans chaque cellule les matériaux chimiques sont renouvelés sans cesse. Dans les organismes sociaux les phénomènes sont encore plus complexes, mais du même
ordre. Les individus qui les composent n’ont pas une entière unité dans le temps. Pierre, Paul, tiraillés par des hérédités contraires ou convergentes, penchent tantôt à droite, tantôt à gauche, et souvent leur vie les rattache, au physique et au moral, à plusieurs ancêtres tour à tour. Dans l’ensemble les éliminations sont incessantes. Des familles, des races, des groupes de métis reproduisent moins qu’ils n’ont de décès. A côté, le phénomène inverse. Au bout d’un certain nombre de siècles, il n’y a qu’une fraction dont les représentants subsistent, mais ils ont pris toute la place : la majorité n’a pas de postérité.
On comprend ainsi qu’un peuple, toujours composé d’éléments divers et antagonistes, puisse, tout en conservant le même nom, la même position géographique, la même civilisation, différer de la façon la plus profonde par la race et les caractères à deux époques éloignées de son histoire, faire preuve d’un autre génie et se comporter d’une manière tout opposée.
Transformation incessante par sélection interstitielle. — Dans toute société des réactions continues s’opèrent entre l’ensemble et les individus, comme entre les individus eux-mêmes. Toute modification qui se produit chez l’un d’eux a sa portée sociale, grande ou infime. Si elle constitue pour l’individu une cause directe de succès ou d’infériorité, la sélection entre en jeu, et si petite que soit la modifi cation, elle devient un facteur de l’évolution sociale. Pour changer l’intelligence d’un peuple ou le caractère national, il suffit qu’à une époque un certain type d’esprit ait commencé à se produire, et qu’il ait été depuis une cause d’avantage dans la lutte pour- l’existence.
La sélection qui s’exerce entre les hommes vivant en société fonctionne d’une manière continue. A chaque époque il y a une manière d’être qui est la bonne, et qui assure à l’individu
plus de chances de vie et de postérité. L’hérédité se charge de perpétuer l’image des vainqueurs et leurs descendants prennent toute la place qu’auraient occupée ceux des vaincus disparus dans la lutte.
Les chiffres, sans lesquels on reste toujours dans le vague, nous donneront une idée de la puissance des petites causes agissant pendant longtemps. Supposons deux groupes d’égale puissance numérique. Une cause infiniment faible assure à l’un des groupes une très légère supériorité de naissances, par exemple 3.4 par couple au lieu de 3.3. Ammon ( Natuerliclie Auslese bcim Menschen, 3) va nous apprendre ce qui en résultera si la cause continue longtemps d’agir. « Supposant que le rapport de la natalité est seulement de 3.3 à 3.4 soit 1:4.03, on calcule le temps nécessaire pour que l’effectif d’une race devienne double de l’autre, à l’aide de la formule suivante :
« Au bout de 23 générations et demie, soit environ 770 ans, l’effectif de la race favorisée est double de celui de l’autre... Cette si petite différence de 1/33 dans la fécondité a suffi pour faire passer le rapport à 1:3. En 1548 ans il deviendrait 1 :4... Des deux races autrefois égales, l’une formerait 80 pour cent, et l’autre 20 pour cent de la population. »
Il est rare de rencontrer des sélections aussi paresseuses. Leur action est d’ordinaire plus active et se manifesterait bien vite par des effets évidents sans les compensations que produisent les lorces multiples a la fois en jeu. Supposons une cause agissant seule, qui donne à un groupe une natalité de 3 et de 4 a 1 autre, le rapport primitil passe en une génération de 1:1 a 3.4, devient a la troisième 9:10. A la quatrième, le groupe favorisé forme 70 pour 100 du tout, l’autre 30. Il faudrait seule-
ment un siècle pour créer cette inégalité, et au bout de 300 ans le groupe défavorisé serait tombé à 7 0/0.
Ces chiffres sont à retenir si l’on veut comprendre la puissance des diverses sélections. La sélection, tant que la natalité l’emporte sur la mortalité, ne diminue que le pourcentage relatif sans faire diminuer le nombre absolu de représentants. Si la sélection abaisse la natalité d’un des éléments en lutte au-dessous de sa mortalité, ce qui arrive souvent, ce groupe tend à s’éteindre. Or la plupart des causes de sélection procèdent par une augmentation de mortalité coïncidant avec une diminution de natalité. Ainsi les sélections militaires et religieuses, la sélection urbaine si bien étudiée par Ara mon.
Supposons dans une population dont la natalité annuelle est de 4 0/0 deux classes dont l’une, supportant seule les chances de guerre, ait une mortalité de 5 0/0 et l’autre de 3 0/0. En moins de cent ans, la première sera éteinte, et même plus vite, car la natalité diminuerait d’une manière absolue avec le nombre des reproducteurs. Pendant ce temps le reste de la population aurait augmenté proportionnellement à la durée de l’expérience. Ce cas est celui de la plupart des Etats antiques, où la classe libre portait seule les armes et faisait de longues guerres à de courts intervalles.
Schéma de l’évolution d’un peuple. — Le schéma de l’évolution d’un peuple, jusqu’à ces derniers siècles, était le suivant. On peut môme le considérer comme général en faisant la réserve d’une complication plus grande dans les événements de l’époque actuelle.
Supposez que dans un pays barbare ou occupé par un peuple déchu, de race inférieure, s’établisse une poignée de conquérants d’une race intelligente et hardie. Vainqueurs et vaincus ne font au bout d’un temps qu’un seul peuple chez qui les
uns commandent et les autres travaillent. Il s’est produit comme une sorte de fécondation dans laquelle le conquérant a joué le rôle d’élément mâle.
Si rien ne vient troubler l’évolution normale, il est évident que ce peuple arrivera bientôt à un degré élevé de prospérité. Les conquérants par la supériorité de leur intelligence, de leur audace, de leur courage, les sujets par le nombre de leurs bras travaillent en commun au développement de la civilisation, et cette association de la puissance cérébrale et de la force musculaire donne des résultats que chacun des éléments n’aurait pu produire isolé.
Mais de même que dans une pile il y a un élément zinc, et un autre, et que le zinc s’use bientôt, de même dans cette société à deux termes l’élément actif ne tarde pas à s’affaiblir. Les croisements d’abord, que la nature humaine ne permet pas d’éviter, altèrent la race des conquérants. Goutte à goutte le sang de la race supérieure s’en va dans dans la classe inférieure, et le sang servile s’infiltre dans les familles des vainqueurs. Les uns n’ont plus les hautes qualités des ancêtres dont ils ne descendent qu’en partie ; leurs aptitudes sont devenues plus complexes, plus troubles; déjà leur supériorité ne s’impose pas avec le même degré d’évidence. Malheur à l’aristocratie dont on ne peut dire : Incessu patuit Dea ! Chez les autres on commence à rencontrer des individus dont la race incertaine se réclamerait plutôt des conquérants, et qui souffrent d’être relégués dans la classe asservie. Partout le niveau moyen se relève, en apparence du moins, car la masse sans cesse accrue des métis réunit plus volontiers les appétits et les vices que les qualités des ancêtres. L’uniformité de culture dans une société plus égalitaire dissimule chez la race moins douée l’infériorité native, car dans la plupart dos circonstan-
ces de la vie, 1 individu frotté d’instruction rivalise avec celui qui doit à la naissance une supériorité d’aptitudes.
Le simple jeu des lois de l’hérédité suffit ainsi à produire la décadence des peuples mélangés. Ce phénomène, reconnu dès l’antiquité, a été décrit avec un talent et un sens philosophique très remarquable par Gobineau (Essai sur l'inégalité des races humaines, Paris, 1854, 4 vol. in-8°). Gobineau est certainement un des plus clairvoyants esprits de ce siècle et le seul qui soit arrivé à une exacte conception de la philosophie de l’histoire. Son livre, plein d’éclairs de génie, date de quarante ans, mais il est encore bien en avance sur les idées aujourd’hui courantes. On y trouve, exprimés en traits vigoureux, le principe de la diversité et de l’inégalité des races au point de vue psychique, celui de l’association des caractères physiques et psychiques chez les individus de race pure et de la dissociation chez les métis, celui des stratifications ethniques et enfin l’idée très juste, inspiratrice de l’ouvrage, que la décadence et la chute des peuples sont dus à l’épuisement des éléments supérieurs.
Mais le phénomène est compliqué par le jeu simultané de la sélection, dont Gobineau n’avait point idée. D’une manière fort active celle-ci intervient sous d’innombrables formes pour éliminer la race des vainqueurs et bientôt même les métis. Il est rare que deux races éloignées ou même voisines donnent des métis fixés et stables. En horticulture et en zootechnie on cite des exemples de succès, que nous verrons plus loin, mais ce succès est dû à l’emploi artificiel de la ségrégation et de la sélection. Dans l’espèce humaine, les unions sont faites au hasard, et les chances de succès réduites au minimum.
Résultat paradoxal, l’élément inférieur se reconstitue peu à peu, et chaque étape vers la pureté marque un retour vers la barbarie. Contraire en apparence à la loi de Darwin, ce plié-
nomène en est l’application rigoureuse. Les individus supérieurs en soi sont relativement inférieurs quand ils ont moins de chances de succès ou de postérité, en raison du milieu social dans lequel ils luttent pour la vie. Nous verrons ailleurs que la supériorité individuelle est une cause, non seulement d’infériorité effective dans la natalité, mais d’élimination directe dans des milieux insuffisants, et que le mécanisme de la décadence est la sélection régressive éliminant des éléments supérieurs. Les économistes disent que la monnaie la plus faible chasse l’autre-; dans le conflit des classes et des races, la plus inférieure chasse l’autre.
Nos Antilles, où l’élément blanc a presque disparu, Haïti où les mulâtres mêmes ont succombé, laissant la place à la barbarie africaine, sont des exemples connus. On sait moins ce qui se passe autour de nous, ouïes brachycéphales ont presque fini d’éliminer le sang européen. De siècle en siècle, l’indice céphalique monte en Europe, depuis le commencement des temps modernes. La race aux qualités serviles a presque détruit les populations indigènes, et les lies Britanniques nous montrent presque seules le type physique et le caractère fortement trempé des premiers habitants de l’Europe. Les brachycéphales éliminent les races supérieures par la vertu de leur propre infériorité, exactement comme les nègres des Antilles. Ce phénomène paradoxal s’explique par l’épuisement des réservoirs qui épanchaient dans l’antiquité de nouveaux flots aryens sur les populations en décadence, et par la déviation de ces flots vers le nouveau continent. En Europe, le génie aryen, pour parler le langage des laïques, cède la place au génie touranien.
Ce qui se passe autour de nous est donc plus compliqué : le schéma de l’évolution des peuples est en défaut en ce sens que le drame, indéfiniment recommencé, ne peut plus recom-
mencer. Les premiers rôles sont morts pour de bon, et la dernière scène entre comparses se prolonge sans que le rideau se baisse jamais.
Gobineau avait indiqué nettement le voisinage de cette phase finale. La reconstitution du potentiel social étant subordonnée à l’entrée en scène de nouveaux éléments de lace aryenne, — nous dirions maintenant européenne, — la fin de notre monde était proche, puisque le croisement avait compromis les destinées des peuples les plus blonds. Les'efïorts de l’école sélectionniste ont porté depuis trois ou quatre ans sur l’étude des phénomènes de sélection interstitielle qui prennent une importance capitale en présence de cette situation sans issue. De ces recherches, en particulier de celles d’Àmmon et des miennes, ressortent des données toutes nouvelles qui confirment et viennent compléter le schéma de Gobineau.
La race facteur fondamental de l’histoire. — Il est évident que les destinées d’un peuple sont en étroite corrélation avec la qualité pire ou meilleure des éléments qui le composent et qui le dirigent. S’il est riche en éléments énergiques et intelligents, les événements les plus désastreux n’ont sur lui qu’une influence passagère et limitée. Les mêmes circonstances peuvent produire un arrêt de développement, une décadence rapide ou l’effondrement final, si l’intelligence fait défaut, si l’indécision paralyse l’action ou si le découragement règne. Ce qui fait la supériorité historique d’une race, c’est moins l’intelligence que le caractère. La supériorité des énergiques ne dure pas sans le secours de l’intelligence, mais l’intelligence seule ne fait que d’excellents subordonnés : tout s’écroule quand le commandement disparait.
Les historiens ont une tendance à ne pas tenir compte des variations de la population. Ils raisonnent comme si un peuple
était le môme de sa première à sa dernière heure, avec leur maigre correctif de la dégénérescence. Il n’en est pas ainsi. A certaines heures un peuple possède, et à la place voulue, les éléments ethniques qui lui permettent de faire ou de supporter certaines choses. Un siècle plus lot il ne les avait pas, un siècle plus tard il ne les aura plus. C’est le moment de saisir la fortune, si elle passe.
On ne saurait trop insister, en présence des préjugés de notre temps, sur les effets pratiques de ces continuels changements de composition dans les couches sociales, et surtout dans celles qui exercent une action immédiate sur les événements politiques. Le degré de vitalité, le sens pratique, l’idéal politique, l’énergie dans l’application varient d’une manière incessante chez un peuple suivant que le pouvoir est entre les mains d’éléments ethniques différents. A certains moments un peuple tire parti des circonstances les plus ingrates, à une autre heure de son histoire il se laisse abattre par de faibles causes. A certaines époques ses tendances le portent dans un sens, et plus tard dans un autre. Etudiez la composition de ce peuple à ses divers moments, et surtout celle des classes au pouvoir, presque toujours l’analyse ethnique donnera la raison de ce changement.
A coup sùr, les données authropologiques n’expliquent pas toute l’histoire, mais le facteur race l’emporte encore de beaucoup sur les facteurs géographiques et historiques comme importance dans l’évolution. C’est lui l’élément essentiel et parfois suffisant, les autres ne sont que des auxiliaires. La race est la cause intrinsèque, pour parler métaphysique, tout le reste est cause extrinsèque et souvent contingente. Je vais le montrer par quelques exemples. Je ne m’occupe d’ailleurs pour le moment que do mettre en relief cette prépondérance de la race; plus tard, je démontrerai que ces changements de
composition sont dus à une évolution par sélection et non à la transmutation des masses.
Prépondérance de la race sur la position géographique.
Les historiens ne manquent jamais d’expliquer par la position géographique la puissance des Phéniciens, celle des Portugais et des Hollandais, celle des Anglais, etc. Assurément, ces peuples commerçants ont été admirablement servis par la mer, mais que de peuples tout aussi bien placés n’ont jamais pu s’élever à de tels rôles?
La Phénicie, plaquée le long de montagnes arides, ne pouvait être prospère que par le commerce. Elle est devenue une puissance maritime incomparable. Le long de l’Arabie, il y aurait eu place pour une semblable puissance qui eut Fait le commerce entre la Chaldée, l’Inde et l’Egypte. Elle n’a pas existé, faute d’une race pourvue du génie nécessaire. Pour être plus exact, rappelons que les Phéniciens ont débuté sur les bords du Golfe Persique, et qu’ils étaient en voie de devenir ces courtiers de l’Océan Indien quand ils furent chassés et obligés de se réfugier sur la côte de Syrie. Ainsi la position n’a pas suffi à faire naître une autre puissance maritime dans la région arabique, et les Phéniciens ont créé deux puissances de ce genre dans leurs patries successives. Comme la première, la seconde était si peu nécessaire par nature qu’elle a cessé quand se fut appauvrie la race phénicienne. Le rôle échut à Carthage, où s’était réfugiée l’aristocratie tyrienne chassée par la révolte du peuple. Le génie phénicien, sur le Golfe Persique, en Syrie, en Afrique, a créé trois civilisations identiques d’une durée totale de trois mille ans au moins, et l’extermination de la race par les Romains a seule pu mettre un terme à son œuvre. Encore faut-il ajouter que le rôle actuel des Juifs estdù à la présence d’un peu de sang chananéen dans leurs veines.
De même pour les Portugais. Leur rôle a été très brillant et très court. La position géographique explique son commencement, mais elle était la même à la fin. Les événements historiques n’expliquent pas d’une manière plus nécessaire ce déclin subit et complet. Le motif véritable de cette décadence, c’est qu’un si petit Etat ne pouvait indéfiniment dépenser l’élite de sa race sans l'épuiser, et que l’introduction des esclaves nègres avait altéré le sang de toutes les classes. C’est l’oligandrie qui a fait la fin du Portugal comme autrefois celle de la Phénicie, et plus tard celle de la Hollande : j’entends l’épuisement des eugéniques, car dans les destinées d’un peuple les masses ne comptent guère.
La position de l’Angleterre est vraiment merveilleuse. L’Angleterre est la station nécessaire entre l’ancien monde et le nouveau, la sentinelle avancée de l’Europe. Est-ce pour cela qu’elle est maîtresse de l’Inde et de l’Australie? Il y a un pays, le Japon, dont la situation dans l’Extrême-Orient est identique, et qui a autant de ports et davantage de côtes. Le Japon n’a pas, n’a jamais eu de colonies. De tout temps sa population trop dense a étouffé dans ses îles, sans chercher à se répandre au dehors; si elle le fait aujourd’hui, c’est par pithécisme, et pour imiter en tout les Occidentaux. Les Japonais, bons commerçants, bons marins, n’ont jamais aspiré à. l’empire des mers. Pourtant, quelle prodigieuse puissance coloniale et maritime ce peuple intelligent, belliqueux et civilisé aurait pu fonder si tel eût été le sens de son génie! L’Angleterre n’avoisine que des mers immenses. Au Japon confinent la [Malaisie avec ses richesses, la Chine plus riche encore. — Supposez I Angleterre gouvernée par une race du même esprit que les Japonais, je ne crois pas qu’elle eût jamais joué le rôle auquel 1 a appelée sa fortune. La face du monde moderne serait toute changée. Si la supposition semble excessive, mettez à la même
place des Corses ou des Sardes. La Corse et la Sardaigne ont une position merveilleuse aussi. Elles ne sont rien, n’ont rien été, et l’Angleterre peuplée de Corses ou de Sardes n’aurait rien été non plus.
Supposez même seulement qu’un fléau sans nom détruise en un jour tout ce que la population du Royaume-Uni contient d’éléments Normands, Anglo-Saxons ou Danois. Il est probable que l’effondrement serait immédiat et définitif : cependant ce qui resterait du peuple anglais serait encore nombreux et d’une valeur supérieure à celle des Japonais ou des Sardes. C’est ce qui arrivera d’une manière nécessaire le jour où l’Angleterre aura usé ses réserves d’eugénisme. Elle s’arrêtera comme une machine qui manque d’eau, ou comme une balle dont la force d’impulsion est épuisée. Ce résultat serait plus vite acquis si de nombreux brachycéphales parvenaient à s’implanter dans les Iles Britanniques.
Prépondérance sur les facteurs historiques. — Les événements historiques n’ont pas une vertu plus magique que la situation sur un point favorisé du globe. Il a suffi de l’arrivée en Grèce d’une poignée d’hommes doués de facultés hors ligne pour développer la plus brillante civilisation qui ait illustré l’antiquité. CeLte race s’est épuisée en peu de temps. La Grèce qui avait résisté à la puissance gigantesque des Perses s’est traînée aux genoux des Macédoniens, puis des Romains, puis des Turcs. Il y a une Grèce encore aujourd’hui, le sol et la position n’ont pas changé. On y parle grec, mais l’indice céphalique est monté de 76 à 81. Le type de race est donc tout autre, et le langage n’imposant pas la pensée, la Grèce produit bien des commerçants, des banquiers, des marins, des avocats et surtout des politiciens, mais elle ne fournit plus de grands hommes. Dans le mouvement de ce siècle elle n’a pas joué un
plus grand rôle que la moindre peuplade barbare, et ne saurait citer un nom connu, même d’homme médiocre. Si les Grecs de la grande époque pouvaient soudain revivre, en moins de cent ans le foyer de la civilisation serait revenu autour de l’Acropole.
Le petit peuple romain s’est développé dans un cadre médiocre. S’il eut pris son essor au fond du golfe de Naples, on u’aurait pas manqué d’invoquer la prédestination géographique à la domination du monde méditerranéen. Des rives fangeuses du Tibre, il n’en a pas moins étendu sa puissance à l’infini.
Les péripéties historiques de ses premiers temps étaient de nature à tuer tout peuple naissant. Qu’il ait pu survivre aux dangers des trois ou quatre premiers siècles de l’histoire officielle, sans remonter plus haut, c’est déjà presque un paradoxe. Jusqu’après la défaite d’Annibal, Rome n’a jamais passé un demi-siècle sans courir les plus grandes chances de périr. Le génie romain était tellementsùr de lui-même que le champ sur lequel campait Annibal aux portes de Rome trouva un acheteur.
S’il fût resté des hommes de cette trempe quelques siècles plus tard, et s’ils avaient légué leur sang avec leur nom aux Romains de l’Empire, il est probable que la grande poussée des barbares n’aurait laissé aucune trace importante dans l’histoire. Les Germains ne trouvèrent devant eux que des résidus d’Espagnols, de Gaulois, d’Italiens, d’Orienlaux et d Africains allublés du nom romain, mais usés par la sélection régressive, hors d’état d’occuper leurs territoires, et trop heureux de peupler les terres désertes avec des tribus dont la vaillance servirait à défendre le bien commun. La descendance des héros était éteinLe dans le monde Gréco-Romain quand les Barbares vinrent, et ceux-ci portaient dans leurs veines le
sang aryen des Grecs d’Homère et des Romains de Tite Live. Les hôtes de l’Empire et leurs frères des frontières devinrent vite les maitres de ce monde sans virilité. 11 n’y eut, à proprement parler, ni guerre, ni invasion, ni conquête. L’énorme colosse administratif s’écroula devant ces bandes hardies et brutales, et la supériorité de la volonté, du courage, la force du cerveau et du bras aryen s’imposèrent aux fonctionnaires romains et aux foules longuement sélectionnées dans le sens de l’obéissance.
L’Empire d’Orient finit plus mal encore. Ses vainqueurs furent des brachycéphales, les Turcs. On ne cite point d’autre exemple d’une pareille chute.
La race dans la politique intérieure. — Les fluctuations de la politique intérieure ne sont pas moins soumises à celles de la composition anthropologique du peuple.
La plèbe qui grouillait dans la Rome des guerres civiles sortait des bas-fonds sociaux de tous les peuples d’alentour, elle comptait plus de fils d’affranchis que de descendants des Quirites. Le jour où de l’aristocratie aryenne le pouvoir passa au peuple, et à ce peuple, c’en fut fait de la liberté romaine et de la dignité du nom romain.
L’Angleterre a traversé des phases d’évolution fort distinctes. A chacune correspond la domination d’une race particulière. L’arrivée au pouvoir de Cromwell marque celle d’un élément dolichocéphale brun dont les portraits du temps ont fourni à Galton le type ethnique. Le mouvement maritime et colonial est l’œuvre d’un autre élément ethnique, qui l’emporte aujourd’hui et déborde sur le monde, l’Anglo-Saxon ou Anglo- Scandinavc, le meilleur représentant du type et du génie aryens, si j’ose employer pour désigner la race dolicho-blonde
ce nom fautif et suranné, mais gravé dans nos mémoires par l’éducation classique.
Les uns ont apporté dans la direction des affaires le môme mysticisme farouche que l’Inquisition espagnole, les autres ont repris, sur une échelle gigantesque, l’œuvre de conquête et de colonisation des barbares. C’est un élément ethnique analogue, l’élément normand, qui avait autrefois réussi à soumettre la France presque entière à la couronne d’Angle-. terre, mais il s’était épuisé dans la lutte.
Chez nous les vicissitudes des races commandent de même celles de la politique intérieure. Le jour où l’aristocratie gauloise, européenne de race, eut été détruite par César, et les tribus les plus voisines du même type dolicho-blond anéanties en masse, la plèbe formée de métis, de brachycéphales divers etd’ZL contractus fut docile à la domination romaine. L’infusion nouvelle du sang européen due à la colonisation barbare, — ce terme est plus exact que celui de conquête, — apporte pour un temps des ferments nouveaux d’énergie. La race épique reprend le cours de ses exploits. Après les croisades qui l’épuisent une nouvelle orientation politique se dessine. Sous des influences multiples, la race docile des brachycéphales s’accroît avec rapidité. xVprès la Révolution (pii fait passer le pouvoir à la bourgeoisie, dont l’indice moyen avoisine celui de la population entière, la direction de la politique intérieure est de nouveau toute changée, et fait place peu à peu à l’anarchie parfaite. Celle-ci triomphe enfin de nos jours par l’avénement des nouvelles couches sociales, dont la brachycéphalie est plus avancée.
C est une grosse sottise de dire, pour expliquer la décadence actuelle d une population qui n’éprouve même plus le besoin de se perpétuer, qu’elle est vieille. Toute l’Iminanité est du meme âge. Il n’est pas plus exact de dire que le peuple suc-
combe sous la civilisation. La plupart de nos bourgeois ont tout au rplus deux ou trois générations de culture, et quelle culture!. Quant au peuple, ses auteurs directs ont vécu à un niveau intellectuel où l’usure ne les a pas atteints, et le travail cérébral de nos ouvriers et de nos paysans n’est guère supérieur à celui de leurs ancêtres. La vérité est que la sélection a fini d’éliminer les éléments ethniques qui avaient du caractère, et qu’il reste seulement des gens intelligents en France !
Les qualités obscures ou serviles sont celles qui assurent le mieux la perpétuité d’une race. Le secret du progrès des brachycéphales n’est pas ailleurs. Ces qualités toutefois ne la rendent pas apte à se régir.
L’instinct de servir est si ancré dans la psychologie du brachycéphale qu’il le pousse, aussitôt libre, à chercher un maître qui lui garantisse la sécurité. In servitutem riiunt. Jamais un peuple de race anglo-saxonne n’aurait les allures étranges des Français de notre temps, qui vivent en tremblant dans l’attente d’un sauveur. Le phénomène sociologique le plus curieux n’est cependant pas là. Il ne reste plus en France d’éléments susceptibles de reconstituer une caste aristocratique fondée sur la réunion de la fortune et de l’intelligence, et capable de se reproduire. Celte aristocratie cependant se constitue sous nos yeux. Elle est formée d’étrangers comme toujours, et comme toujours d’étrangers venus d’au delà du Rhin, les Juifs sans cesse plus nombreux dans le monde scientifique et littéraire, dans l’administration et la magistrature, les Juifs qui se substituent rapidement à la bourgeoisie brachycéphale, et joueront bientôt le rôle dirigeant de l’ancienne aristocratie dolichocéphale. Ils se saisissent en quelque sorte en vertu de l’adage « nul serf sans seigneur », de par la supériorité de leur intelligence et de leur activité.
Lois de l’évolution des peuples. — De tous ces exemples nous voyous se dégager de grandes lois qui président à l’évolution des nations, de leur naissance à leur mort, avec la même fatalité qui régit la vie d’un être organisé dont aucune catastrophe inéluctable ne vient modifier l’existence.
La naissance d’un peuple historique exige la présence dans un milieu social d’éléments ethniques supérieurs capables de diriger et d’entraîner les masses. Ces éléments, dans l’antiquité et au Moyen-Age, de nos jours aussi chez les peuples étrangers à notre civilisation, sont en règle fournis par un peuple conquérant, mais ils pourraient provenir d’une immigration pacifique, et même, en théorie, d’une sélection interne favorable dont on ne connaît pas encore d’exemple historique.
La période de développement est celle où ces éléments supérieurs se multiplient, prennent la direction des affaires et leur impriment le cachet de leur génie personnel. L’est, en d’autres termes, la période de spécialisation des races, ou plutôt d’emploi des races suivant leur spécialité native : gouvernement, guerre, travail.
La période du plus grand éclat est celle de l'apogée des eugéniques.
La période de décadence suit de près l’affaiblissement des éléments supérieurs, et s’accuse par le partage du pouvoir avec les éléments inférieurs.
La fin arrive par l’épuisement complet du capital d’eugénisme, mais dans cet état une nation peut encore se survivre, tant qu’un choc extérieur ne vient pas renverser l’édifice vermoulu. Ce choc n’attendait pas toujours l’extrême décadence dans les sociétés anciennes, mais les sociétés modernes sont mieux à 1 abri des barbares et peuvent pourrir plus longtemps en paix.
Ltudiée ù 1 aide des données de l’anthropologie, si irnpar-
faites qu’elles soient encore, l'histoire des divers peuples se réduit donc à celle de leurs éléments eugéniques. Cette expression, créée par Gallon, s’applique à tous les éléments héréditairement supérieurs. Une famille eugénique est celle où la supériorité est héréditaire, non que tous les hommes soient des grands hommes, mais en ce sens qu’elle produit habituellement des hommes au-dessus de la moyenne de leur temps et de leur nation. Réciproquement des hommes d’élite peuvent naître de familles non eugéniques, par l’effet de circonstances particulières, comme un rapide coureur dans une race de chevaux/le trait. Il n'y a pas de race eugénique en soi, mais seulement des races plus ou moins fécondes en familles eugéniques, et la supériorité de ces dernières est écrasante, car cent familles eugéniques fourniront plus d’hommes supérieurs que tout un peuple sans eugénisme.
C’est donc bien à tort que Colajanni, ( Sociologia criminale, t. II, p. 206, 265) me reproche amèrement d’avoir lié la supériorité sociale à une question de race, de donner à la race aryenne, européenne ou dolicho-blonde un brevet exclusif de supériorité. Cette question de l’eugénisme et de la valeur relative des races est trop grave pour être traitée incidemment, et j’y reviendrai. Quelques mots seulement sur des laits de pure observation.
La puissance de caractère parait sous la dépendance de la longueur du crâne et du cerveau. Quand le crâne n’atteint pas 0.19, un peu plus ou un peu moins, suivant la taille des sujets et l’épaisseur des tissus, la race manque d’énergie. C est le cas d.es brachycéphales, caractérisés par l’insuffisance de 1 individualité et de l’initiative. kLa puissance intellectuelle parait liée au contraire à la largeur du cerveau antérieur. Certains dolichocéphales dont l’indice céphalique est trop faible ne paraissent pis susceptibles de s’élever au-dessus de la barbarie.
Je ne connais pas une population supérieure dont l’indice soit au-dessous de 74. Un intervalle d une dizaine d unités séparé cette limite d’intelligence suffisante et d’énergie maxima de celle où l’énergie est insuffisante.
La race européenne, H. Europæus, race aryenne des littérateurs, se trouve juste à la limite optima. De là sa supériorité intrinsèque, mais relative. Elle a subi aussi d’heureuses sélections pendant l’évolution qui a fixé son type. De là vient l’eugénisme plus fréquent des Aryens, la supériorité des peuples dans l’évolution desquels leur race a joué un rôle. Il ne résulte en rien de cela qu’un eugénique ou un homme supérieur doive toujours être grand, dolichocéphale et blond.
L’eugénisme peut se produire et se produit nécessairement partout et toujours, l’intensité de ses effets et la valeur des sujets varient seules. Il n’y a pas dans une race d’égalité mentale ou physique des individus, il n’y en a pas plus qu’entre les races elles-mêmes. C’est une chimère de Jean- Jacques d’avoir regardé les hommes comme virtuellement égaux et différenciés seulement par les conventions sociales et l’éducation. On croirait à peine qu’il y a eu des gens sensés pour ajouter foi à ce fatal paradoxe, si l’on ne constatait la sincérité de ses derniers partisans. Il suffit cependant de déposer ses préjugés pour voir que l’organisation des individus est inégale par essence, et que tout le vernis donné par l’éducation ne parvient pas à effacer les marques de l’inégalité naturelle.
Les lois de l’hérédité, qui s’appliquent aux caractères psychiques comme aux caractères physiques, tendent sans cesse à perpétuer cette inégalité chez les descendants. Que les circonstances consolident dans quelques familles ces heureuses qualités par l’union d’individus bien doués, et l’eugénisme se produit. L’inégalité n’ert plus entre individus, mais entre
familles, et jusqu’à mésalliance elle est héréditaire. Il existe une telle aristocratie naturelle jusque chez les peuples les plus inférieurs. Chez les nègres on rencontre des familles d'une organisation intellectuelle plus relevée. Ce sont les eugéniques de leur race, mais ils arrivent tout juste au niveau des Européens médiocres.
L’eugénisme doit s’entendre, en effet, par rapport à la race à laquelle les individus appartiennent. 11 est, si l’on veut, le point de départ d’une sous-race mieux douée, qu’une sélection continuée pourrait différencier et élever de plus en plus, mais qu'un seul mélange imprudent compromet, appelée d’ailleurs à disparaître promptement par l’effet des restrictions de natalité auxquelles expose toujours la supériorité sociale. Eugénisme et sélection sont donc aussi étroitement corrélatifs par essence qu’indépendants de la supériorité ou de l’infériorité de la race au sein de laquelle ils se produisent.