SCÈNE VI
LES MEMES — U^^ HARCLAIR
Mme HARCLAIR {entrant, la lettre à la main)
Voici la lettre. {Les regardant tous deux) Oh ! HAHCLAIR {prenant la lettre et la jetant à Ferruel) Est-elle pour moi ou pour toi ?
Mme HARCLAIR [effrayée) Paul !
HARCLAIR [à sa femme)
C'est toi qui va répondre.
FERRUEL Voyons...
HARCLAIR
Va-t-en! Toi, tu mens trop bien. C'est elle qui me dira. Je n'ai plus rien à ménager. Je dois, je veux savoir s'il me reste un enfant, si je ne suis pas un imbécile, inquiet pour celui d'un autre. Je veux savoir! {A sa femme qui, tombée sur un fauteuil, se cache la tête dans les mains) Tu ne dis rien?
FERRUEL
Que veux-tu qu'elle te dise ? Tu ne la croiras pas.
HARCLAIR
Je la croirai. {A sa femme) Réponds : Daniel est bien mon fils ?
C'est ton fils... c'est ton fils...
HARCLAIR
Tu n'oses pas me regarder. Tu mens. Je veux voir tes yeux. Ecoute. Je ne pourrais plus vivre avec ce doute... Tu es superstitieuse, Louise; tu
n'oseras pas mentir. Tu vas me jurer sur la tête de Daniel, de Daniel en péril, tu vas me jurer qu'il est mon enfant...
\îme HARCLAIR {dans UTi gémissement) Oh ! pas cela... pas cela...
FERRUEL C'est odieux!
HARCLAIR
Tu n'oses pas jurer. Ah ! tu n'oses pas!... Tu n'oses pas!... C'est son lilsi lui, à lui! Et j'avais peur, et je tremblais ! Oh ! je souhaite!...
Min«^ HARCLAIR (dressée, se jetant vers lui]
Tais-toi ! Oh ! tais-toi ! {Sourdement) Il est peutêtre, il est peut-être... à toi. [S'affaissant de nouveau) Je ne sais pas... Je ne sais pas...
HARCLAIR
Peut-être... Peut-être... {Se tournant vers Fer ruel) Va-t-en. {Menaçant) Mais va-t-en!
FERRUEL Mais elle? Ta ne la...
HARCLAIR
Ne crains rien... C'est la mère de Jean.
[Ferruel sort,)