SCÈNE V
Mme HARCLAIR — FERRUEL
j^me ffarclair s'assied à côté d* un chiffonnier et travaille.
FERRUEL {entrant) Bonjour, Louise. . .
Mine HARCLAIR
Ferruel!... Ne m'appelez pas ainsi... Si l'on entendait!...
FERRUEL Pardon. Je ne parviens pas à me déshabituer.
Mme HARCLAIR
Voilà près de cinq ans, pourtant, que je vous demande...
FERRUEL
Près de cinq ans, oui. Mais l'habitude avait été longue.
Mme HARCLAIR Trop longue.
FERRUEL Quand nous avons résolu la coupure...
Mine HARCLAIR
Il fallait.
FERRUEL
Il fallait. Mais il aurait mieux valu, alors, la faire complète. J'aurais dû ne pas revenir ici.
Mme HARCLAIR
Sans doute, c'eût été plus simple et plus facile, pour nous. Mais lui ?
FERRUEL Lui. C'est vrai. Lui !
M"ie HARCLAIR
Qu'aurait-il pensé? A quoi aurait-il attribué cette défection d'un ami de quarante années ?
FERRUEL
Oui, un ami, un vieil ami. C'est un peu dur, tout de même. Depuis que nous avons résolu, depuis que nous nous sommes ressaisis, comme vous dites, je me rappelle toujours cela : un ami de quarante années! Je sens quelque chose comme un reproche aggravé par votre contrition. Heureusement, je n'ai jamais cru beaucoup à moimême.
M"^e HARCLAIR
J'ai des remords. Vous pas?
FERRUEL
Cela complique la vie. Et puis, ce n'est pas juste : les remords viennent quand ils devraient s'en aller, quand il n'y a plus la compensation de leur cause.
Mme HARCLAIR
Ne raillez pas.
FERRUEL
Gomment voulez-vous que je ne raille pas, quand je me considère, moi, l'ami, de quarante années ? ( Un silence gêné,)
FERRUEL Paul n'est pas là ?
Mme HARCLAIR
Il est à l'Université. Son cours...
FERRUEL Son cours d'optimisme....
Mme HARCLAIR
Il ne peut tarder.
FERRUEL
Son cours de confiance. Jadis, c'était pendant qu'il le donnait... jadis, quand nous ne connaissions pas encore le remords.
Mme HARCLAIR
Ferruel!...
FERRUEL
Mais aujourd'hui nous le connaissons, nous le connaissons...
M«^e HARCLAIR
Je VOUS en prie. {Nouveau silence.)
FERRUEL Et Daniel ? Comment va-t-il?
Mn>e HARCLAIR
Voici Paul.