‹ Les sens cnez les animaux inférieursChapitre 26 sur 78 · PLEXUS NERVEUX DES NEMERTES · texte numérisé non relu

PLEXUS NERVEUX DES NEMERTES

aux rapports intimes que les pieds de ces cellules ont avec le système nerveux, nous comprendrons comment ces animaux peuvent percevoir très facilement les impressions périphériques.

Hubrecht, dans ses travaux sur les Nemertes, insiste sur la disposition des nerfs périphériques chez certains de ces êtres. La description qu'il donne du système nerveux des Schizonemertes nous intéresse particulièrement. Chez ces Vers, le système nerveux se compose d'une véritable gaine de fibres et de cellules disposées à la basede la couche épidermique. Ces éléments sont ainsi en contact presque immédiat avec le milieu extérieur dont ils ne sont séparés que par Tépithélium ectodermique. Les rapports de la couche épithéliale externe et du système nerveux sont donc identiques à ceux qui, chez les Actinies, existent entre les prolongements basilaires des cellules ectodermiques et les plexus nerveux décrits par Hertwig et autres. Cette situation du système nerveux nous indique un état inférieur sur lequel Hubrecht insiste avec raison. Elle nous semble propre à expliquer la sensibilité générale fort développée que possèdent ces Vers.

Les Nemertes ne sont pourvus d'aucun organe appendiculaire, de rien par conséquent qui puisse passer pour un organe du toucher actif. Les fossettes ciliées qui existent de chaque côté de la tête peuvent être considérées comme servant au goût ou à l'olfaction, mais elles ne réalisent pas les conditions de structure nécessaires à l'exercice du tact. L'organe protactile désigné sous le nom de trompe doit être aussi regardé comme un organe de défense et non comme un appareil tactile.

On voit, par les lignes précédentes, que, chez tous les Vers plats, le sens du toucher paraît s exercer avec des intensités, il est vrai, un peu différentes suivant les régions, par toute la surface du corps et que chez eux les cellules à cils vibratiles sont certainement capables de percevoir les contacts.

Némathelminthes. — Les Vers de cette classe appartiennent presque tous à des formes parasites, aussi sontils fort mal pourvus en organes des sens. L'existence d'une cuticule plus ou moins épaisse, quelquefois même chitinisée s'oppose également à la perception facile des contacts. On a cependant signalé dans quelques genres et en particulier chez les Gordius, l'existence d'un plexus nerveux sous-jacent à la couche cellulaire dite hypoderme qui pousserait même, d'après Villot qui a étudié attentivement ces êtres, des prolongements délicats dans l'épaisseur de la cuticule. Les Ascaris possèdent en outre des organes tactiles spéciaux formés par des papilles situées au voisinage de l'ouverture buccale ou de l'orifice anal. Ces papilles, dans l'intérieur desquelles Leuckart a aperçu dans certains cas un mince filet nerveux, affectent des aspects variés et sont surtout nombreuses chez les formes errantes ; leurs situations et leurs formes sont utiles à la détermination des espèces et des genres.

Bryozoaires. — On ne connaît pas d'organes des sens spéciaux chez les Bryozoaires. Cependant tous les naturalistes qui ont eu l'occasion d'observer des colonies de ces animaux ont été frappés de la rapidité avec laquelle tous les individus d'une même association se contractent au moindre contact ou sous l'influence de l'excitation la

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plus légère provenant d'ucie modification du milieu ambiant. II est facile de voir que les appendices décrits sous le nom de tentacules sont certainement les organes qui sont chargés de percevoir ces sensations. Mais on ne possède pas des connaissances suffisantes sur la structure de ces petits appendices. Peut-être aussi que certains individus de ces colonies, tels que les Vibraculaires, ont un rôle plus actif que les autres.

Rotateurs. — Ces petits animaux dont les aflFmités sont multiples, présentent, par leurs organes des sens, un état bien supérieur à celui que nous venons de constater chez les Bryozoaires. Il suffit d'examiner une seule fois ces êtres microscopiques pour être frappé de leur exquise sensibilité. A la moindre alerte on les voit contracter leurs lobes ciliés ; ce n'est que lorsque le repos est devenu complet qu'ils se hasardent à montrer leurs élégantes couronnes. Ces appendices, garnis de cils vibratiles, et qui sont situés autour de l'ouverture buccale ont sans doute des rôles multiples ; ils servent d'abord à la préhension des aliments et ils peuvent sans doute aussi apprécier les qualités utiles ou nuisibles des corps qui entrent en contact avec eux ; on doit donc les considérer comme de véritables organes des sens à fonctions mixtes. On a signalé encore, à la surface du corps de ces petits animaux, des éminences munies de poils avec renflements ganglionnaires qui seraient ainsi comparables aux formations de même nature que nous allons bientôt décrire chez les Arthropodes, et représenteraient chez ces êtres de véritables organes du toucher.

Géphyriens. — On divise habituellement cette classe en deux groupes. Le premier renferme les Priapuliens et

les Siponculiens ; le second constituant Tordre des Géphyriens armés comprend plusieurs types intéressants parmi lesquels nous devons surtout citer : VÉcbiure, le Thalassema et la Bonellie.

Les Siponculiens possèdent quelques appendices qu'il est permis de placer parmi des organes sensitifs peutêtre tactiles; de plus la peau du Sipunculus nudus renferme queliques petits organes qui jouent un rôle important dans la perception des contacts et par conséquent dans la sensibilité tactile générale.

Cari Vogt et YungS décrivent un organe, qu'ils désignent sous le nom de houppe sensitive, qui est situé sur le cerveau et plongé au milieu du liquide de la cavité générale. Cette houppe sensitive est caractérisée par la présence de nombreuses cupules vibratiles placées sur des prolongements digitiformes qui baignent dans la cavité générale. La situation de cet organe vibratile ne nous autorise pas, croyons-nous, à le classer parmi les organes des sens si on comprend cette dénomination sous sa signification habituelle, c'est-à-dire d'appareil chargé de percevoir les changements du milieu ambiant.

Les Siponcles enfin possèdent à l'extrémité de la trompe et autour de l'ouverture buccale une couronne de tentacules qui, par leur situation et leur structure, peuvent être considérés comme des appendices sensitifs. On n'a pas réussi encore à décrire, dans l'épaisseur de la couche épithéliale, des éléments affectés spécialement à cette fonction, mais la nature de cette assise cellulaire qui est tout entière constituée par des cellules

* Cari Vogt et Yung, Traité d'anatomie comparée.

TROMPE DE LA BONELLIE 8l

à cils vibratiles permet de considérer ces organes comme étant beaucoup plus sensibles que le reste de la surface des téguments qui est protégé par une couche cuticulaire souvent fort épaisse.

Le corps de ces animaux est cependant loin d'être dépourvu de sensibilité et plusieurs auteurs, entre autres Keferstein, Teuscher et Andrœ, y ont décrit des organes qu'ils considèrent comme étant à la fois glandulaires et nerveux. Ces organes sont constitués par une deux ou plusieurs cellules granuleuses qui dérivent de la couche épithéliale dite hypodermique et s'enfoncent plus ou moins profondément dans la cuticule. Ces éléments par tous leurs caractères méritent le nom de cellules glandulaires qu'on leur a donné, mais quelquefois ils restent plus petits, rappellent davantage les autres éléments de l'ectoderme; souvent on voitun filet nerveux émerger des couches sous-jacentes et pénétrer clans un de ces petits organes, où il va manifestement se terminer; aussi conçoit-on que dans ce cas on soit autorisé à attribuer à ces appendices des fonctions sensitives : malheureusement on ne connaît pas d'une manière, exacte les rapports de ces extrémités nerveuses avec les cellules au milieu desquelles elles vont se perdre. Mais le fait de l'existence d'un filet nerveux terminal et la minceur de la cuticule à leur niveau suffit pour nous autoriser à voir en eux sinon, des organes du toucher actif, mais au moins des régions des téguments douées d'une plus grande sensibilité.

Trompe des Géphyriens armés, — Les Géphy riens armés se présentent à un examen superficiel avec des téguments bien différents de ceux de leurs voisins les

E. JouROAN, Les Sens. 6

Siponculiens. Au lieu d'une écorce dure et verruqueuse, nous trouvons ici une peau molle délicate et couverte de mucus. Ces animaux paraissent ainsi complètement dépourvus de moyens de protection, aussi sont-ils logés dans quelque cavité telle qu'un tube de Serpule ou quelque autre anfractuosité comme celles qui se rencontrent si fréquemment dans les fonds coralligènes. Ils ne communiquent plus avec l'extérieur, lorsqu'ils sont ainsi abrités dans leurs cachettes, que par un lobe céphalique transformé en un véritable appendice qui sert à la fois à la préhension des aliments et à l'exercice du sens du toucher et sans doute du goût. La structure de cet organe, qui mérite bien le nom de trompe, nous intéresse donc particulièrement et elle est aujourd'hui bien connue surtout grâce aux recherches attentives de M. Rietsch.

La trompe de la Bonellie est surtout digne d'intérêt ; il suffit de garder quelques individus de cette espèce pendant peu de jours dans un récipient plein d'eau de mer pour être convaincu de l'importance de cet appen dice.

Le corps de la Bonellie qui a une forme ovoïde se prolonge à une de ses extrémités en un long appendice grêle, aplati, creusé même en gouttière à sa face inférieure et dont les dimensions peuvent varier dans des proportions énormes (fig. 7). Tous les observateurs qui ont pu voir des Bonellies ont été frappés par ces changements. Aussi est-il fort difficile de pouvoir attribuer avec certitude à cet organe des dimensions exactes. Dans un cas et à un certain moment, la trompe peut mesurer 20 centimètres, se replier sur elle-même et

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